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M. M. CARRILHO 

RATIONALITÉS

 

 

(Coll. "Optiques, Hatier)

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Le titre lui-même, par son pluriel, est un engagement pragmatique, pour ne pas dire un engagement contre ce que l'auteur appelle l'essentialisme, qui prétendrait fonder des principes et des normes "anhistoriques", et un engagement pour un néopragmatisme toujours prêt à qualifier du terme "vérités" tout ce qui produit des effets prévus, réduisant la philosophie à une méthode expérimentale mal éclairée pour qui le succès demeure un critère de vérité.

L'auteur voudrait enfermer le lecteur dans une alternative, au risque de confondre le contraire et le contradictoire, en déterminant la philosophie ou-bien comme un savoir spécifique et méthodique ou-bien comme une notation commode (cf. le moi selon Gide), désignant des parcours dont la diversité, de problèmes et de méthodes, devrait décourager tout effort d'unification. Comme la première voie n'a probablement jamais existé, il est bien évident que, selon l'auteur, la deuxième correspond à la vérité d'un discours sur ce qu'est réellement la philosophie. Une telle démarche -outre qu'elle relève de la réfutation de Apel (dire: "il n'y a rien de définitivement vrai, tout est sujet à examen critique" est une contradiction puisqu'on prétend dire quelque chose de définitivement vrai sur la vérité)- exclut, à tort, d'autres voies dont celle ouverte par Platon dans La République et celle signalée par Alquié dans Signification de la philosophie, par exemple.

Les pages 60 et 61 ne laisseront personne indifférent: parler d'un primat de la démocratie sur la philosophie n'est-ce pas se donner la démocratie par génération spontanée en ignorant l'origine philosophique de la démocratie, la double universalité de la loi, la volonté générale enracinée dans la philosophie de Malebranche et de Rousseau? Sans ces "penseurs profonds" que serait l'idée de démocratie?
Au demeurant, ces remarques n'enlèvent rien à l'intérêt de cet essai qui en 76 pages présente un remarquable tableau synthétique d'un aspect de la philosophie contemporaine animée d'une tension pour remplir le vide produit par l'oubli du sujet et de la parole: la voie est celle de l'intersubjectivité, bientôt chargée de l'intercompréhension et déchargée du "tribunal de la raison", de l'universalité conçue comme un pouvoir tyrannique de mise en ordre et nivellement des discours.
On lira et relira ce grand texte surtout pour la richesse de son contenu, pour son esprit de synthèse, sa connaissance sûre de certains mouvements contemporains, ses raccourcis, et sa concision qui ne se fait jamais au détriment de la clarté.
On admirera la dernière page qui est une reprise de l'ironie socratique: depuis bien longtemps Socrate préserve des "embolies philosophiques", que l'auteur se rassure...
On pensera, on "pèsera" car l'enjeu du débat n'est autre que l'idée d'humanité. Pour ce faire on relira l'individu d'Alain Renaut, ce rappel au sujet, le chapitre III de Phénoménologie matérielle (Michel Henry) et le Naturel philosophe (Monique Dixsaut).
On pourra enfin se demander ce que le néopragmatisme doit à l'éclectisme de Victor Cousin.

A recommander à tous ceux qui veulent s'initier à un aspect essentiel de la philosophie contemporaine!

Aperçu de Joseph Llapasset  

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