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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS

SPINOZA

" L'Éthique

A la recherche du bonheur, de la liberté et de la béatitude 

6 - La connaissance du premier genre. (par Joseph Llapasset)
Éthique, Deuxième partie, XV, Scolie II

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Pour une libération radicale, l'Éthique propose un itinéraire qui permet de passer de l'erreur (connaissance du premier genre par ouï-dire et par expérience non réfléchie) à la vérité (croyance vraie, connaissance du deuxième genre, et connaissance intuitive claire et distincte, connaissance du troisième genre).

La connaissance du premier genre désigne d'abord la connaissance par ouï-dire, ensuite la connaissance que nous avons par quelques expériences sensibles où la réflexion était absente.
Ce genre de connaissance, d'où le doute et donc l'esprit sont exclus où l'imagination anthropomorphique se donne libre cours est souvent sujette à l'erreur. C'est le lieu de la conjecture et de l'incertitude.
Dans la pratique, elle accompagne: -les passions non réfléchies et par là aveugles à elles mêmes; -le fanatisme de celui qui ne sait pas douter de ses convictions, qui s'enferme dans son temple d'illusions que nourrit l'imagination.
Il faut comprendre que l'anthropomorphisme a pour source cette connaissance du premier genre qui ne fait pas de distinction entre le simplement subjectif et l'objectif, qui croit fermement que les qualités subjectives sont dans  les choses réelles: par exemple ,Dieu, pour ce qui les concerne, n'est qu'une suite d'idées délirantes: un Dieu produit par l'imagination, avec des formes humaines, qui surveille le comportement des hommes (comme un gardien de prison) , qui éprouve un manque ... La nature est finaliste, vitaliste: la projection de la finalité ,celle qui est manifestée par le comportement des hommes: la foi est par l'ouïe, c'est à dire par ouï-dire. Par exemple, la contingence est le produit de l'ignorance: la contingence n'est pas dans les choses!

On comprend que l'homme qui en reste à la connaissance du premier genre, comme l'homme enchaîné dans la caverne de Platon, soit habité par la peur; et comme on comprend cela ! N'a-t-il pas donné la puissance infinie à un être imaginaire qui a tous les défauts de l'homme: il désire, il éprouve un manque et si on ne lui donne pas ce qu'il veut, il se met en colère ... Il est rancunier.... Il est jaloux.

Ainsi l'homme livré aux passions non réfléchies a son désir exacerbé par l'imagination, est enchaîné à ce qui n'est pas lui, à des choses qui ne sont pas objectivement bonnes, mais qui lui paraissent bonnes parce qu'il les désire. Comme il les croit bonnes en elles-mêmes, il veut les posséder, il poursuit l'avoir, le principal obstacle devant celui qui cherche le bonheur. Cette passion pour l'avoir, pour la possession qui enchaîne, a de bien cruelles conséquences dont Rousseau s'inspire dans Le discours sur l'origine de l'inégalité, début de la deuxième partie.
La guerre de tous contre tous; on se déchire pour ce qui n'a pas de valeur en soi et on en veut toujours plus; l'insécurité, la peur de mourir, la servitude, tout cela parce que la connaissance du premier genre en confondant le subjectif et l'objectif, en prenant le subjectif pour la vérité fait miroiter aux yeux des hommes un avoir qui n'existe pas, qui n'est que le produit de l'ignorance et de l'imagination.

La connaissance du premier genre est le lieu de l'erreur, de la servitude, du malheur.

"Les hommes supposent communément que toutes les choses de la nature agissent, comme eux mêmes, en vue d'une fin et vont jusqu'à tenir pour certain que Dieu lui même dirige tout vers une certaine fin; ils disent, en effet, que Dieu a tout fait en vue de l'homme et qu'il a fait l'homme pour que l'homme lui rendit un culte... cette doctrine détruit la perfection de Dieu; car, si Dieu agit pour une fin, il appète (il cherche à atteindre) nécessairement quelque chose de quoi il est privé" Ethique , I, Proposition XXXVI.

Rappelons que l'Éthique a été publiée peu après la mort de Spinoza grâce à un don ... anonyme.

 

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