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Auteurs

Arthur Rimbaud (1854-1891)

Les Illuminations. 
III-  Tout bazarder! Délirer à son aise!
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... Et après?
Si nous en exceptons le Bateau Ivre, qui manifestait déjà une liberté d'esprit et une richesse d'invention stupéfiantes, l'ensemble de la production poétique de Rimbaud, d'ailleurs peu abondante, n'était pas, jusqu'aux Illuminations, particulièrement anticonformiste. On pense, en la lisant, à du Lamartine, ou à des Parnassiens. 

  Ici, en revanche, disparaissent toutes les règles, celles du style, de la cohérence, de la bienséance, du "bon goût"...  Libérés par l'exemple de cet iconoclaste, nous prendrons nous aussi, pour seuls critères, au cours de notre lecture, nos réactions personnelles. Ainsi, sans nous laisser intimider par l'avis très autorisé de Verlaine, nous nous permettrons d'ajouter notre propre vision au sens d"enluminures" qu'il donne au titre du recueil.

"Les Illuminations" sont, pour nous, tout un flamboiement, celui du 14 juillet, surtout, avec ses lampions, ses pétards, ses feux d'artifice. C'est quelque chose d'éblouissant, d'agressif, de dangereux, peut-être. Sur un autre plan, ce sont de brusques déchirures vers ailleurs, des fulgurances d'intelligence ou de folie, des révélations quasi inexprimables de sentiments outre-humains ou de visions d'un au-delà...

Voilà les promesses que nous pressentons dans ce titre. Notre propos, nous l'avons annoncé dès le début, est de voir comment un jeune s'y prend pour exprimer sa révolte. Nous avons approché cette révolte en parcourant la Saison en Enfer, et nous retrouverons ici les mêmes attitudes: contestation des données traditionnelles, refus de la réalité, fuite par le rêve. Pour les exprimer, Rimbaud recourt aux mêmes moyens : morale débridée, logique déstructurée, fantasmagorie.

Malgré ces éclats, il doit s'avouer qu'il ne domine pas la situation. En effet, son pessimisme et ses vues négatives ne portent pas seulement sur un monde qu'il déteste, mais sur son impossibilité à en percer le mystère, à inventer mieux, ou à en sortir.

Par ailleurs, il n'est pas le gros dur que peut-être il souhaiterait être. Souvent, affleurent un souvenir d'enfance, un désir de fraîcheur, un goût pour quelque habitude à demi oubliée... Et, qu'il le veuille ou non, il reste imprégné de culture biblique et de classicisme. Nous allons donc boire ensemble ce breuvage amer, où se dilue parfois une exquise goutte de miel. Sans nous hâter de tout lire d'une traite, nous tenterons un bref commentaire de chacune des pièces du recueil, en la reliant autant que possible aux thèmes principaux de l'ouvrage, que nous proposons ici:

Dans une ambiance générale assez sombre, de sang, de deuil, de violence, de rouge et de noir, les thèmes dominants (devrais-je dire obsessionnels?) seront:

1 Contestation des valeurs occidentales, en particulier chrétiennes. Rimbaud affiche son mépris pour toutes les formes de la vie sociale, affirme sa sensualité insatiable, tourne en ridicule ce qui l'entoure. En contre-partie, il développe un narcissisme outrecuidant, puérilité très excusable à vingt ans.

2 Refus de la réalité présente. Puisqu'elle lui déplaît, il la supprime, en niant qu'elle existe, ou en détruisant tout par un nouveau Déluge

3 Fuite du réel. L'auteur se réfugie dans le rêve, il invente un monde surréaliste fait de morceaux hétéroclites, juxtaposés comme dans un kaléidoscope, où le plus raffiné côtoie le plus grossier.

4 Désespoir. Il ne suffit pas d'un déluge pour éradiquer les faiblesses humaines. Les plus belles élucubrations ne délivrent ni de soi, ni des autres. Lui faut-il se résigner à l'insupportable?

5 Attendrissements. Rimbaud aurait-il gardé son âme d'enfant? Par moments, surgit une nostalgie des temps d'innocence, une scène familière, une ravissante échappée campagnarde.

Rimbaud n'avait pas mis son travail en ordre, et beaucoup de titres sont restés manquants. Par facilité, je me tiendrai à la succession des oeuvres choisie dans mon édition, et j'indiquerai, pour chaque morceau, outre sa désignation plus ou moins approximative, la page qui correspond au Livre de Poche, 9636.

   Aller à la page suivante  Interpréter l'insaisissable.  Quelle témérité! 

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