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Auteurs

Arthur Rimbaud (1854-1891)

Les Illuminations. 

Pour conclure ...  

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Mouvement (p. 149).
Une navigation hasardeuse, au milieu des plus grands périls de la mer et du déluge, sur un bateau chargé d'aventuriers cosmopolites, n'empêche pas l'amour de s'affirmer.
"Un couple de jeunesse s'isole sur l'arche - est-ce ancienne sauvagerie qu'on pardonne? - et chante, et se poste".
Ce retour à la simplicité primitive nous repose des complications précédentes.

Génie (p. 150).
L'éditeur a choisi cette profession de foi, pour terminer la révolte en apothéose.
"Il est l'affection et le présent, puisqu'il a fait la maison ouverte à l'hiver écumeux et à la rumeur de l'été, lui qui a purifié les boissons et les aliments, lui qui est le charme des lieux fuyants et le délice surhumain des stations".
Ces affirmations demandent un certain effort de compréhension, mais elles sonnent bien!
Dans cet hymne à l'amour universel, nous retrouvons les rêves de libération et d'épanouissement de Rimbaud.
Il se démarque de la tradition chrétienne, en remplaçant la figure du Christ par un génie, qui a, en gros, les mêmes caractères, et qu'il célèbre dans des termes rhabillés de rationnel et de métaphysique (gageure délicate).
"Il est l'amour, mesure parfaite et réinventée, raison merveilleuses et imprévue de l'éternité".
Il rejette la morale traditionnelle, en piétinant allégrement les règles d'oubli de soi, d'humilité et de partage que dut lui seriner sa mère:
"O, lui et nous! L'orgueil, plus bienveillant que les charités perdues".
Avec ses belles envolées, notre poète aurait pu faire un excellent tribun.
"Sachons, cette nuit d'hiver, de cap en cap, du pôle tumultueux au château, de la foule à la plage, de regard en regard, forces et sentiments las, le héler et le voir et le renvoyer, et sous les marées, et au haut des déserts de neige, suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour".
Le souffle et la conviction de cette exhortation (assez confuse sur sa fin) nous découvrent encore une facette de son talent prodigieusement varié.

Pour Conclure.
Nous touchons au terme de notre survol. J'emploie ce terme pour vous rappeler que mon but était de vous donner une vue d'ensemble des Illuminations, par de courts aperçus sur chaque texte.
Il manque à ce travail les observations concernant la vie de Rimbaud, les rapprochements d'idées ou de termes entre ses oeuvres et les remarques stylistiques. Vous les trouverez en abondance dans vos différentes éditions. Ne manquez pas de les lire.
Nous avons pu voir comment un jeune exprime sa révolte. !
Elle se fonde sur le refus de tout ce que lui impose le présent: des superstitions, des limites à ses aspirations, des violences, une constante hypocrisie.
Rimbaud exprime ce refus par le mépris, la dérision et par la négation de cette réalité dérangeante.
Il s'en protège par la fuite, dans la réinvention d'un monde à sa convenance, la fantasmagorie, et, parfois, le retour à la simplicité de la campagne.

Il cherche pour se délivrer, les solutions les plus variées, les plus extrêmes, il y montre une imagination et une prescience tout à fait surprenantes, mais il aboutit invariablement à un constat d'échec, au désespoir, ou à une résignation forcée.
Il compense, en se vengeant par l'image d'une destruction radicale, souvent donnée par le Déluge, et en substituant à l'oppression qu'il subit sa propre domination, c'est à dire en exprimant sans retenue son narcissisme.
Il compense aussi en brisant la langue (cette belle langue française qu'il aimait), en désintégrant sa pensée, en abusant des images cruelles répugnantes ou odieuses, à la façon, oserais-je dire, d'un enfant qui remâche des mots orduriers, ou qui saccage un beau livre à grands traits rageurs.
Car, malgré ces éclats provocateurs, il reste un enfant, sensible et nostalgique, il l'avoue (à son insu?) dans plus d'un joli mouvement.
Par les sujets de sa révolte et par sa façon de les dire
, Rimbaud se montre incroyablement novateur. Il devance d'un bon siècle ses contemporains.

Aurait-il été plus à l'aise à notre époque?

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