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La psychanalyse

Un psychanalyste, Jacques Lacan, par Philippe Julien 

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 POUR UNE ETHIQUE

  Mais ces précisions ne trouvent leur place et leur intérêt qu'en fonction de leur enjeu qui est d'ordre essentiellement éthique. Nous avons vu la nécessité de la loi oedipienne en raison de l'absence du rapport sexuel entre homme et femme. Cette nécessité détermine l'éthique même de la psychanalyse. Or, celle-ci ne peut s'identifier à l'éthique traditionnelle, qui ordonne les relations humaines selon un discours sur le bien à accomplir. 

Qu'en est-il de ce discours?


  Qu'il s'agisse de l'amitié selon les Anciens (Aristote ou Cicéron), de l'amour du prochain, ou de la politique moderne de la répartition du maximum de biens pour le plus grand nombre possible, chaque fois le but visé est de se mettre au service du bien et des biens d'autrui et de soi-même, dans sa vie privée et publique. Non pas autrui ou soi-même, puisque l'autre est à mon image je veux pour mon prochain ce que je voudrais pour moi dans la même situation la moitié de son manteau que saint Martin donne à un pauvre est la même que l’autre moitié. Telle est la force de cette éthique.

Son envers, qui n’en a été un jour troublé, lorsqu’il s’est rendu compte que l’autre ne veut pas son propre bien, celui que j’estime ainsi pour lui il se précipite en son contraire. Freud appelle cela pudiquement «réaction thérapeutique négative». Je rencontre la malignité de l’Autre en son alté­rité, au-delà de ce que j’imaginais de lui.., à mon image Moment d’angoisse que suis-je donc pour lui? 
Et voilà qu’à mon tour je me découvre méchant et persécuteur, vou­lant le bien de l’Autre malgré lui ! On voit poindre là, avec la paranoïa humaine et sa courageuse indignation devant le désordre du monde, la limite de cette éthique du discours sur le bien.

En effet, celle-ci n’est pas à oublier, mais à relativiser en ceci le fraternel velle bonum alicui (vouloir le bien d’autrui) est hors-sexe, et laisse en plan le non-rapport sexuel. Mais, au-delà du bon et du méchant en l’Autre comme en moi, il y a du non-représentable, il y a un vide lieu du désir inconnu, d’où peut s’originer une autre éthique, celle de la loi oedipienne du désir. 

Sans celle-ci, l’amour se réduit à un sage partage d’intérêts bien compris ou s’exalte en la passion d’être nécessaire à l’Autre et de ne pas lui man­quer, ceci au nom de son bien et de sa jouissance présente ou future.

Parler de son origine nécessiterait de plus amples dévelop­pements à partir de ce que nous avons présenté sur la paternité et sur la loi. 

Disons brièvement le désir ne naît pas de l’amour et de sa loi ; c’est certes étonnant, attristant et même choquant d’avoir à s’y résoudre, mais l’amour de bienveillance ne mène pas de lui-même au désir. Par contre, le désir ne l’exclut pas si la chance vient nous sourire, cette éthique, en faisant surgir la signification de l’amour, le sauve par sa limite même, qui le rend vivable en sa ten­dresse, sa discrétion et son à-propos.

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