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La psychanalyse

Un psychanalyste, Jacques Lacan, par Philippe Julien 

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QU’EST-CE QUE LA PATERNITE?

L’enjeu est celui de la transmission du phallus son opéra­tion est de structure dite oedipienne. Lire cette structure consiste à donner aux places inscrites la priorité sur les per­sonnages qui les occupent, possiblement ou non. Or, ce qu’a mis en évidence Lacan comme épigone de Freud, c’est qu’il n’y a pas moyen de situer dans la structure la fonction pater­nelle sans la distinguer selon trois dimensions symbolique, imaginaire, réelle.

La dimension symbolique est à poser en priorité pour la naissance du désir chez l’enfant; car on n e voit pas, à lire naïvement le mythe d’Œdipe, en vertu de quelle spontanéité instinctuelle et préétablie l’enfant aurait en sa mère l’objet primordial et privilégié de son désir serait-il de nature monogame ? Ni non plus, pourquoi il devrait en changer pour son père ? Et pour quel profit ?.

Partons donc d’ailleurs non de l’enfant, mais de cet ail­leurs qu’est l’Autre défini comme lieu des signifiants, struc­ture symbolique, dans laquelle l’enfant est pris dès avant sa naissance biologique. Or, en ce champ de l’Autre prend place la Mère. Que veut-elle ? La question de l’enfant est la voie par laquelle naît son désir, en tant que celui-ci ne peut s’engendrer que du désir de l’Autre. Désir inconnu de quoi en l’Autre y a-t-il manque en effet ? Quel est le signifiant de son désir ?

Ce n’est pas le lieu ici, en ces quelques pages, de décrire les différents moments de l’Œdipe, selon lesquels la loi du désir se transmet et détermine la différenciation sexuelle côté homme et côté femme. Plus important est de souligner briè­vement l’apport de Lacan concernant la paternité.

Dans la dimension symbolique, il y a de l’Un-père en tant que nommé, selon ce que la religion nous a appris à invo­quer comme le «Nom-du-Père». Ceci, pour marquer le caractère transbiologique de la paternité le père ne s’identi­fie pas avec le géniteur; il n’y a de père qu’en tant que reconnu comme tel, «adopté», par la Mère pour l’enfant. Ainsi, le récit d’Œdipe, enfant "adopté", rejoint celui d’Abraham et de Sarah disqualifiés biologiquement par­lant leur boiterie ne fait que mieux ressortir que le sens de la paternité demeure caché; ce sens, nul ne peut le dire. Ceci est décisif ; en effet, le signifiant phallique qui pourrait le dire est manquant irréductiblement (originairement et à jamais refoulé, urverdrängt, dit Freud!). En effet, il est le seul signifiant à pouvoir se signifier lui-même, le seul à pou­voir être posé sans être différent de lui-même. Il est donc comme tel indicible, étant le nom qui abolirait toutes les autres nominations. 

Il ne donne valeur à celles-ci que pour autant qu’il est exclu de leur ordre symbolique. N’est-il pas frappant que la théologie chrétienne a parlé pendant des siècles si abondamment du Fils ? Mais quant au Père, elle a rencontré un impossible au dire. Cet impossible, elle le recouvre à certains moments par une ontologie de l’amour, où être et amour se conjoignent; elle substitue ainsi un «Je suis celui qui est» au « e suis ce que je suis» de la réponse paternelle » faite à Moïse.

Bref, le Père comme Nom suffit pur nom à la place vide du signifiant phallique. Il introduit la loi du signifiant, selon laquelle aucun énoncé ne peut se porter garant de la vérité sans un acte d’énonciation qui le soutienne et en appelle à votre crédit et à votre foi. Entendez ici la parole de la Mère quant au signifiant de son désir. Fils ou fille, elle vous y assujettit, sous peine d’errer sous la loi affolante du caprice.

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