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La psychanalyse

Un psychanalyste, Jacques Lacan, par Philippe Julien 

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LIRE FREUD LUI-MÊME

A partir des années trente, la psychanalyse en son ensei­gnement oral et écrit s’est complexifiée en des rajouts indéfinis, opacifiée en des concepts flous, et diversifiée en des tac­tiques de lutte contre les "résistances" attribuées à l’analysant techniques dont la dernière née serait la meilleure. La psychanalyse se ravalait peu à peu au rang d’un chapitre de la psychologie générale ou d’une suggestion psychothérapi­que. Un bilinguisme s’accentuait entre une théorie scolasti­que et une pratique empirique.

Le premier geste de Lacan fut de coup de balai, pour retrouver la droite ligne de la découverte de Freud par une lecture de ses textes en leur inédit et leur surprise. Ne suffit-il pas de les lire pour s’apercevoir qu’il ne s’agit que de lan­gage dans ce que Freud découvre de l’inconscient ? Ce que la théorie épingle de termes comme résistance, transfert, iden­tification, castration, etc., ressortit d’un discours marqué d’une véritable stylistique. En effet, la description même de Freud est au service d’effets de structure qui ne relèvent que du langage. C’est de là que les textes de Freud prennent consistance — celle même de la psychanalyse. La mettre en évidence n’est pas chercher à avoir raison contre d’autres lectures, mais permettre de se faire un jugement, textes en main, en se soumettant aux exigences de la communicabilité scientifique.

L’important est d’en voir l’enjeu que les formations de l’inconscient sont du déchiffrable ; ces formations — symptômes, rêves, actes manqués, mots d’esprit sont un chiffrage à déchiffrer, qui inscrit un ratage, un dérapage, une bévue. De quoi donc ? De ce qui concerne le sexe. Il y a du fiasco en tant qu’il y a du sexuel dans tout acte humain. Ou, à dire autrement entre homme et femme, çà ne marche pas ce que Lacan formule en cet énoncé « Il n’y a pas de rapport sexuel. »

Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de relations sexuelles, génitalement parlant, Dieu merci ! En effet, la fonction de la reproduction, qui ne l’admettrait au plan biologique ? L’objection est autre il n’y a rien dans le psychisme qui puisse représenter la différence sexuelle, rien en lui par quoi chacun puisse se situer soit comme homme, soit comme femme.

Serait-ce l’opposition activité-passivité? Elle ne coïncide nullement avec l’opposition masculin-féminin. Serait-ce que chacun est la <o moitié >s de l’autre, de sorte que de deux ils fassent un ? Mais, il n’y a rien qui permette de dire en quoi chacun serait le complément qui manque à l’autre.

Bref, entre eux deux il n’y a pas de rapport qui puisse se déduire de la sexualité même, un rapport au sens mathéma­tique du terme, tel que F = X—>Y. Pour l’écrire, il faudrait pouvoir définir un ensemble X représentant la jouissance de tous les hommes, et un ensemble Y représentant la jouis­sance de toutes les femmes, puis la relation qui relie chaque élément de X à l’élément associé de Y.

Or, cette écriture est impossible. Il n’y a pas de matura­tion «instinctuelle», pas de finalité immanente à la sexua­lité et inscrite en elle, qui permettrait à chacun des deux sexes de trouver en l’autre son objet et son but. C’est le règne de la vicissitude, de l’aventure Schicksal, dit Freud.

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