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La psychanalyse

L'antiphilosophie de J. Lacan, par J-L Blaquier

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La psychanalyse émerge dans la culture comme science de l'Autre.

- L'empire de la cyberculture dont l'Autre du centre n'existe pas est une condition de la cyberdémocratie

- L'antiphilosophie n'est-il pas un terme quelconque mais un singulier oxymore inaperçu ?

La psychanalyse n'est pas simplement contre la philosophie. Elle émerge dans la culture comme science de l'Autre et depuis l'invention du philosopher, lequel procède de la science de l'Etre. Il est aisé de démontrer que l'antiphilosophie lacanienne accuse d'un même geste réception et récuse les concepts les plus fondamentaux du discours philosophique : l'être, le sujet, la vérité, l'Autre, la parole, la Loi, la jouissance.

- L'Autre est-il l'avers, le revers du destin non philosophique de l'Etre, son horizon tragique et a-théologique ?

L'antiphilosophie fut-elle pour Lacan un opérateur discursif, sorte de " fil rouge " afin d'ouvrir l'extension du discours analytique à l'ensemble de la culture en ses modes de " plus de jouir ". Plus de jouir de plus en plus techniques et universels. 
Si la religion est bien selon le diagnostic freudien " névrose universelle ", la dernière version du monothéisme - Islam - serait hantée par un trait pervers concernant en part égale la part sombre de l'Occident et son Autre déterritorialisé, nord américain : le couplage du sadisme et du masochisme, soit l'accusation portée par le sujet à l'Autre. On peut remarquer la rémanence secrète du manichéisme dans l'outillage de nos représentations causales, toutes orientées par un discours substantiel unique : tantôt la Lutte des classes, tantôt le Capitalisme, tantôt le Matérialisme, tantôt le Dieu révélé sont au poste de commande de la vérité UNE.

L'effectivité de cet opérateur est quelquefois rasoir d'Occam invisible, parfois pratique du " coup de marteau ". Symptôme ou sinthome, le discours religieux est aussi la part débile que Lacan note à propos de la Chose philosophique : l'engluement du penser dans l'imaginaire du corps. Inversement, outre la triade Réel, Symbolique, Imaginaire, le second grand apport de Lacan à la philosophie pourrait bien concerner un savoir matérialiste, " motérialiste " à propos de l'antique interrogation stoïcienne du statut de l'incorporel, au centre du langage. Le signe, l'écriture comme signifiant mort, la parole comme signifiant vivant accompagne la fragmentation du parlêtre autour du vide et du plein pulsionnel.

Ce terme " antiphilosophie " n'est pas un terme, un terminal, mais un reste, une restance de la question de la vérité de l'être, question autant médiatrice, unificatrice que nomade, rhizomatique, duelle. Aussi cet hapax lacanien suppose-t-il un champ, une fonction, une relation critique de distance du discours analytique avec le discours philosophique. Cet espace zérologique que trace le complexe philosophique-analytique peut et doit suppléer le vieux tandem usé de l'obligation d'explication de la philosophie avec la religion : la théologie.

L' " antipathie " des discours dans le champ clinique ouvre à un espace Tiers, laïque, une " communauté innommable " qui reste " à venir ", tant la " guerre " des idées, des pratiques problématise l'objet, la fin et la finalité du dispositif analytique : " désétatiser le sujet ". La logique du transfert dans la clinique est ipso facto " désétatisation " du sujet en ce que même l'Autre n'est pas le Tiers légal, pivot généalogique des sociétés : le droit civil par exemple. De même que le discours analytique suppose la condition politique dont le seul nom est la démocratie, de même l'empire de la cyberculture dont l'Autre du centre n'existe pas est une condition de la cyberdémocratie : elle suppose l'acquisition progressive de la nouvelle dissociation de l'État et de la société civile, de la Nation. Un des effets politiques du discours analytique est de produire un sujet apte ou disponible à cette éventualité démocratique à venir. Est-ce un hasard si la question de l'École, ce legs universel de la Révolution socratique et française, est la base en crise constante et sans doute nécessaire du mouvement analytique ?


Héraclite, Socrate, Rabelais, Sade, Blanchot, Bataille, Duras, Joyce, Sollers, autant de noms ouvrant un espace illustrant de ce que fut pour Lacan, de façon circonstancielle ou sur un mode structural, l'antiphilosophie. L'antiphilosophie, véritable dispositif de guerre contre l'idéalisme, véritable champ d'une " éthique de l'écriture " selon l'expression de P. Lacoue-Labarthe. Cette mise à zéro du cogito cartésien dont le moment radical du doute coïncide avec le point d'Archimède du discours de la science : le sujet dans la science est réduit à un point, une fonction : il est zérologique. " Je pense là où je ne suis pas, je suis là où je ne pense pas " pointe Lacan comme l'envers exact du Cogito cartésien. 

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