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PHILO PREMIERE Par Joseph Llapasset

Propédeutique à l'année de philosophie

ÉCHANGER

_________________________________

De moi à toi et de toi à moi.

= Au fondement de l'action d'échanger, il y a la réciprocité: l'action s'exerce d'un premier terme (moi) à un second (toi) et réciproquement du second (toi) au premier (moi).
Dans l'acte d'échanger, deux personnes se livrent mutuellement des objets considérés comme équivalents. Chacun donne et reçoit des choses équivalentes, même si deux choses, à strictement parler ne peuvent être équivalentes que si elles sont identiques et dans le même état de conservation. A condition bien entendu que l'une n'ait pas une valeur sentimentale qui la rende irremplaçable et sans prix.
Par exemple, cet objet ordinaire qui m'a été donné par un cher disparu.

Bien entendu les choses échangées doivent être différentes: à quoi cela servirait-il de donner un chose pour que tu me donnes la même chose.

Échanger, instituer un commerce intégral.

= La société dans laquelle nous vivons est tissée par des échanges au point que le lien social devient la figure d'un commerce intégral, sans aucune restriction: au point que la réciprocité commande les relations.
Qu'on y réfléchisse: l'acte d'échanger se retrouve à l'origine du commerce, de la pensée, des contrats, des religions, des relations amoureuses , de la science...

Celui qui échange entre ainsi dans un processus universel qui le tourne vers tous, qui l'ouvre à tous. Ce mouvement d'ouverture crée et consolide le lien social dans la mesure où par les échanges, chacun en s'insérant dans une société préfère la réciprocité à la guerre, le dialogue à la violence.

Échanger, s'humaniser.

= En effet:

  • - Échanger revient à faire acte d'intelligence: l'intelligence ajuste les moyens à une fin. Je donne ce que j'ai en trop, ce dont je n'ai pas besoin contre ce dont j'ai besoin, ce que tu as en trop, ce dont tu n'as pas besoin. Chacun est gagnant. Toi et moi, nous nous assurons un plus avec ce qui est en trop et ne nous sert pas. Chacun pense y gagner plus que ce qu'il ne donne et donne en échange ce dont il n'a pas besoin.
     

  • - Échanger revient à s'orienter vers le Droit, faire acte de justice. Le premier salaire, on l'a gagné, en donnant un travail bien fait en échange. Chacun se trouve quitte et ne doit rien à l'autre. L'acte est juste parce que l'on considère qu'il y a une équivalence de valeur entre ce qu'il donne et ce qu'il reçoit. Il est certain que cette justice dépend de l'équivalence et donc de la possibilité d'évaluer ce qui est échangé. Par exemple, je peux toujours considérer que mon travail vivant vaut plus que ce que je reçois  en échange: il y a alors injustice," je suis exploité".
     

  • - Échanger revient à exercer sa liberté.
    D'abord parce que, échanger c'est reconnaître, accepter librement la dignité de celui avec qui on échange et, ce faisant, se reconnaître comme être libre de donner, de renoncer à ce qu'il possède, de s'en libérer.
    De plus la division du travail qui est une figure de l'échange, permet, par exemple de partir en vacances en se reposant sur le travail d'autrui.


Il faut bien distinguer l'argent donné et l'argent gagné: derrière l'argent donné, il y a toujours une contrainte explicite ou implicite, même si on nous dit: "tu en feras ce que tu voudras." Peut-être, mais il ne nous est pas donné pour qu'on le jette dans une poubelle. Au contraire, avec le premier salaire reçu en échange d'un travail bien fait, on reçoit du même coup le droit d'en faire ce que l'on veut puisque l'échange juste permet de ne rien devoir à celui qui verse le salaire.

Les problèmes posés par l'échange.

= Il n'en reste pas moins vrai que l'échange pose bien des problèmes autres que celui d'évaluer la valeur d'un travail. En effet, la conséquence de la réciprocité débouche sur des impasses sociales et relationnelles. Si j'aime ceux qui m'aiment, si je donne à ceux qui me donnent, si j'aide ceux qui m'aident, je participe à la construction d'une humanité inhumaine dont la sagesse ne sera jamais qu'un calcul de la raison. Dans une telle société, celui qui parle d'amour ou de partage passe pour un fou.

= Dans la société des échanges, celui qui n'a rien ne reçoit rien: il n'existe pas: exister c'est être pour quelqu'un. Il ne peut même pas exercer les libertés fondamentales, par exemple celle de se déplacer puisqu'il ne peut pas échanger contre une somme d'argent, la possibilité de se déplacer.

On peut affirmer que l'échange est une condition de l'humanisation mais que, réduit à la seule réciprocité, il en est le principal obstacle.

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