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Cours de  PHILOSOPHIE par J. Llapasset

Philo-poche

 Le pouvoir 

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IV. Savoir puissance "pouvoir"

- Parce qu'elle veut de l'ordre, son ordre et la conservation de son ordre, la puissance pour s'exercer et se légitimer elle-même prend le masque du pouvoir et utilise le savoir pour ses manœuvres. En effet, représenter c'est connaître et connaître permet de mettre de l'ordre par des interrogations, des enquêtes, des mesures, des examens.

Savoir et pouvoir sont de connivences pour se justifier: la puissance se plaît à répéter que si l'action est nécessaire, déterminée, s'il en est ainsi, ce serait une folie que de vouloir faire autrement. Au passage on confond la forme et le contenu. Par exemple puisque la mondialisation est nécessaire, c'est bien entendu ma forme de mondialisation qui est nécessaire. Qui peut aller contre ce qui est? Chaque fois que le savoir imagine une nécessité naturelle, la puissance/pouvoir s'engouffre dans la brèche en suggérant que la raison d'État est une nécessité naturelle qui légitime son action: n'est-ce pas, tout simplement, mettre de l'ordre dans un désordre? Mais, en confondant ce qui est avec ce qui doit être, la puissance perd sa légitimité et se mêle en réalité au désordre qu'elle prétend combattre: l'accumulation des injustices met des adversaires sur le même plan, hors la loi.

Parce qu' il est tyrannique, un tel pouvoir, finit par appeler désordre toute forme de liberté qui le contrarie et confond ses décrets particuliers avec la loi: or les décrets particuliers ont besoin d'un ordre particulier que les lois ne peuvent donner. Alors la puissance demande cet ordre particulier au savoir: le savoir ne manque pas d'ordre parce qu'il apparaît chaque fois que, par des représentations, des relations d'ordre sont imposées ou substituées à la diversité des expériences. Il suffit alors de persuader les prisonniers de la caverne que les "lois de la nature", sont, contrairement aux lois humaines, incontournables et qu'elles leur sont préférables: à la faveur de cette confusion, on impose l'ordre du savoir à l'homme. 
Bien entendu, on a mélangé le savoir et la science, ce qui permet d'oublier que la science, n'étant qu'une suite d'erreurs rectifiées, ne saurait fonder une suite de conduites justifiées en morale. En attendant la prochaine rectification, le savoir donne un empire qui permet d'ordonner tout jusqu'aux demeures des individus et même la manière dont il serait bon qu'ils les occupent sous peine d'être traités de sauvages ou de barbares (voir les "cages à lapins" et les tours anciennes que l'on finit par détruire).

C'est confondre la valeur et l'être, l'ordre que la raison impose à tous pour la recherche du bien commun et un bien commun qui n'est autre que l'expression des préférences d'un ou plusieurs particuliers. C'est la démesure d'un individu qui veut qu'on prenne sa mesure comme mesure rationnelle et raisonnable. C'est oublier que l'ordre que permet d'obtenir le savoir n'est qu'un ordre provisoire et mal ajusté, de ce qui ne peut être alors ajusté que par fourberie, cruauté, violence: cet ordre tient à l'usurpation du pouvoir par un particulier qui l'utilise pour s'affirmer: on reconnaît une telle puissance à sa fourberie et au fait qu'elle se réfère très souvent à des morts qui ne peuvent protester.

Si la puissance nourrit sa folie destructrice d'un pseudo-savoir, on comprendra qu'elle nourrit à son tour un savoir, précisément, celui dont elle a besoin pour s'exercer. Elle appelle à son secours la mesure, l'enquête, l'examen pour représenter en s'éloignant le plus possible de ce qu'elle représente, pour mettre un ordre, qu'elle appelle justice, au nom d'une gestion déclarée nécessaire parce que fondée sur le savoir. A ce compte l'individu n'est plus rien, un zéro devant l'infini d'une puissance usurpée: une sélection impitoyable finit par remplacer le peuple souverain par une nosographie (description qui procède par classification) 

  •  Conclusion

Nous ne sommes pas sortis de la caverne et nous vivons dans un tissu social parcouru par la collusion entre le pouvoir et le savoir, par la croyance en la science, comme si on pouvait classer les individus grâce à une bibliothèque, bien rangée: comme si l'horizon de l'individu n'était pas le Sujet qui, tel Rousseau, ose fermer tous les livres pour devenir lui-même.

La classification finit par rendre exsangue ce terreau, dénervé de tout contenu dans lequel l'individu ne trouve plus le champ de sa vocation de Sujet. C'est un peu la répétition de la fermeture de la dialectique platonicienne par le formalisme des catégories. Et plus personne ne s'étonne de l'existence de formulaires de formulaires ou de taxes sur les taxes.

Et pourtant la fragilité du pouvoir donné par les savoirs devrait nous inciter à l'humilité et à plus de simplicité, à retourner humblement à l'État de Droit, puisque nous incapable de mieux faire. Cela permettra peut-être de donner tort à La Mettrie qui déplorait "Le sort de l'humanité, d'être, pour ainsi dire, en d'aussi mauvaise mains que les siennes!" 

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