° Rubrique philo-poche 

Cours de  PHILOSOPHIE par J. Llapasset

Philo-poche  

L'art et le beau

 page1 -  page 2 - page 3

Site Philagora, tous droits réservés ©

__________________

- Le beau et la représentation.

  Quand on dit qu'une oeuvre est représentation, ce peut être au sens de reflet d'un modèle naturel donné ou résultat d'une activité originale, d'un style d'une manière de voir. Dans le premier cas la représentation est une simple image, le redoublement d'une apparence: le sensible est présenté une seconde fois (vu, puis reproduit). La représentation devient alors le résultat d'une double déformation, d'un double aveuglement: l'image comme forme sensible d'une chose et la représentation, la peinture de cette chose. La représentation serait alors l'apparence d'une apparence sans que rien ne puisse indiquer en elle le coefficient de déformation qu'elle porte en soi si le modèle ne peut jamais être atteint. Kant écarte cette première acception qui fait de l'œuvre une mauvaise peinture en affirmant que l'art n'est pas la représentation d'une belle chose. Il écarte le problème de la participation au Beau et centre la recherche sur l'origine de la représentation: dire que le beau est la belle représentation d'une chose c'est donner à l'art la caractéristique essentielle d'être une activité créatrice ayant pour fin une "belle représentation". Si l'art est la belle représentation d'une chose il vise la production du beau qui ne peut relever que de l'artiste, d'un style, d'un génie: cela revient à faire varier l'essence même de la représentation: c'est bien moins un effort de reproduction qu'un effort de production, de création. L'art devient de ce fait inséparable de l'œuvre belle. La représentation peut bien désigner alors la figuration consciente de l'extériorité ou de l'intériorité, mais dans les deux cas sa vérité est celle de la subjectivité créatrice.

  Le beau est donc, selon la remarque de Kandinsky, ce qui est beau intérieurement. C'est dire que l'art exprime ce qui s'éprouve soi même hors de toute distance, immédiatement: la belle représentation ne serait donc plus la peinture du visible mais, si l'on peut dire, l'expression de l'invisible, de l'intériorité, de ce qui ne pourra jamais être vu. C'est dire que la subjectivité de l'artiste constitue le "lieu" où se manifeste et s'accomplit la vérité de l'art. Le contenu et la forme de l'oeuvre relève de la subjectivité affranchie du devoir de représenter une nature matérielle morte qui lui préexisterait et lui dicterait le contenu et la forme faisant ainsi disparaître le beau.

  Le beau n'accompagnerait la représentation que grâce à la "manière", au style de l'artiste. La représentation est belle quand elle devient expression: le beau c'est une forme déterminée par un contenu invisible.

C'est reconnaître l'artiste comme capable d'une activité dans laquelle la liberté s'oriente vers la vérité d'un monde nouveau dans lequel il représente sa quête de l'infini, dans lequel il mire son intériorité.  

Le beau n'est donc pas le lieu de la règle mais le lieu des idées, d'une finalité sans fin, irrécupérable par les dogmatismes, comme si l'œuvre belle n'avait d'autre fin qu'elle même, symbole de l'harmonie que seule la liberté partagée peut tisser dans l'humanité.

  Autant dire que l'artiste est le créateur par qui apparaît un monde des possibilités qu'il porte en lui, celui de la vie, de ce qui s'éprouve soi-même et donne forme à la vie en produisant une oeuvre vivante. Il ne copie pas la nature (à quoi bon?), il n'abdique rien parce que le soi ne peut se séparer de soi: il donne la vie en enfantant la beauté, la vie de l'œuvre qui se recueille en elle-même dans sa plénitude comme si l'artiste donnait à voir l'invisible.
   Si l'artiste n'imite pas la nature, il crée un monde où la vie s'éprouve dans la jubilation partagée du créateur et de l'amateur de. Voilà pourquoi l'artiste élargit notre capacité d'admiration, il nous fait comprendre la nature en peuplant ce "cadavre de Dieu", en rassemblant les vivants

  Sans concept, la beauté ne se prouve pas: la beauté n'a de but qu'elle-même et, comme la Vie, comme l'existence, elle est gratuite, c'est un don. Parce qu'elle n'a de but qu'elle même comme la vie elle est immortelle: "comme un rêve de pierre"?

=> Citations (lien ouverture nouvelle fenêtre)

"Le beau est ce qui est représenté, sans concept, comme l'objet d'une satisfaction universelle" Kant Critique du jugement p.46, Vrin
"Le beau se définit comme la manifestation sensible de l'idée." Hegel Esthétique, p.160, Flammarion

"L'art a toujours pour fonction de créer un monde où l'esprit soit chez soi et qui soit à sa mesure" H. Delacroix Psychologie de l'art p.161

"L'art vise à imprimer en nous des sentiments plus qu'à les exprimer" H. Bergson, Essai sur les données immédiates de la conscience p.14
"Le propre de l'art c'est de donner une forme à ce monde de possibilités que nous portons au fond de notre conscience" Lavelle Traité des valeurs II, p.329

Pistes de lecture:
Kant: Critique du jugement (on s'aidera de l'excellent commentaire de Louis Guillermit, lectoguide, Editions Pédagogie Moderne)
Hegel: Esthétique
H. Delacroix: Psychologie de l'art
M. Henry: Voir l'invisible sur Kandinsky
M. Haar: L'oeuvre d'art
.

 page1 -  page 2 - page 3

° Rubrique philo-poche http://www.philagora.net/philo-poche/

2010 ©Philagora tous droits réservés Publicité Recherche d'emploi
Contact Francophonie Revue Pôle Internationnal
Pourquoi ce site? A la découverte des langues régionales J'aime l'art
Hébergement matériel: Serveur Express