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Ortega y Gasset philosophe de l’Histoire

par Charles Cascalès, agrégé de philosophie,
auteur de ‘L’humanisme d’Ortega y Gasset’, PUF,1957

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II Le fondement de la connaissance historique

C'est dans un prologue à la traduction espagnole des Leçons sur la philosophie de l'Histoire de Hegel qu'Ortega aborde explicitement le thème de la science historique et du devenir historique (19 2 8). La science de l'histoire, qu'il dénomme alors historiologie, doit à ses yeux se définir en se séparant à la fois de l'histoire des historiens et de l'histoire des philosophes.


A) L'Historiologie

a) L'histoire des historiens. L'histoire n'a pas ses classiques : la lecture de tous les historiens laisse dans la plus grande insatisfaction. Un penseur n'est pas classique par les solutions qu'il apporte aux problèmes abordés et qui sont destinées à être dépassées, un jour ou l'autre. Mais ce sont les problèmes qui sont éternels et celui-là seul peut aspirer à la gloire de la postérité qui s'est réellement mesuré avec eux. Et c'est cette plongée jusqu'aux racines mêmes de la réalité qui caractérise les penseurs classiques. Nous pouvons donc présumer que les historiens n'ont jamais essayé de comprendre l'histoire. Après Léopold Ranke (1795-1886), tous les historiens sont allés répétant que la mission de l'histoire est seulement de dire comment les choses se sont effectivement passées. La science historique se réduirait, dans ces conditions, à la critique des faits et des documents.

Ce fut là précisément l'erreur de tout le siècle passé de confondre l'histoire avec la critique historique. L'historiologie est mue, au contraire, par la conviction que l'histoire, comme toute science empirique, doit être avant tout une construction et non un "agrégat de faits ", pour reprendre l'expression avec laquelle Hegel déjà stigmatisait les historiens de son temps.

"Toute science de la réalité - et l'Histoire en est une - se compose de ces quatre éléments :

  •  a) Un noyau a priori, l'analytique du genre de réalité dont on tente l'investigation -la matière en physique, l' "historique" en Histoire.
     b) Un système d'hypothèses reliant ce noyau a priori aux faits observables.
     c) Une zone d '"inductions" dirigées par ces hypothèses.
     d) Une vaste périphérie rigoureusement empirique -description des faits purs ou données.

La proportion dans laquelle ces divers éléments ou instruments interviennent dans la science dépend de sa physiologie particulière, et celle-ci, à son tour, de la texture ontologique propre à chaque forme générale de la réalité".

L'histoire, si elle veut se constituer comme science, se trouve donc devant la nécessité de dépasser ses méthodes : les méthodes historiques ne servent qu'à apporter des faits à l'histoire proprement dite. Les données recueillies par la philologie, la linguistique ou la statistique sont des indices de la réalité qui intéresse l'historien. À chaque instant, cette réalité se trouve constituée par un nombre de facteurs variables et un noyau d'éléments invariables, c'est-à-dire absolument ou relativement constants. Ces constantes sont la structure radicale de la réalité historique : ce sont elles qui amènent l'archiviste ou le philologue à rechercher telles ou telles données déterminées qui sont nécessaires à la reconstitution de telle ou telle époque concrète. La détermination de ce noyau catégorique, de l'essentiel historique est l'objectif premier de la science historique.

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