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C'est à quel sujet ? 

Un référentiel des catégories de la subjectivation 

par Philippe Oliviero - Université René Descartes - Paris V

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-Les sept catégories de la subjectivation temps de la question 

  • Logos 1. Étiologie

Nous avons identifié sept causes de la subjectivité :

- Le substantialisme est la subjectivation déter­minée par les matériaux génidentitaires de l' hérédité biologique, dont la représentation oscille entre l'universalisme d'une communauté de matériaux (chez Homo sapions sapiens) jusqu'aux divers degrés du différentialisme biologique en fonction des groupes d'appartenance (famille, nation, ethnie, religion, etc.). 
La subjectivité est déterminée par la matérialité biophysique à ses différents niveaux d'organisation (atomes, molécules, cellules, organes et tissus, etc.). Dans ce biologisme héréditariste, le déterminisme de la subjectivité est supporté par diverses substances qui, selon les temps et les lieux. peuvent être sang, lait maternel, cerveau, coeur, couleur de la peau, os, groupe san­guin; chromosomes et gènes, acides aminés, les « marqueurs du soi » du système immunologique d'histocompatibilité (HLA: Human Leucocyt Antigen) (29). Jusqu'au XVIII è siècle de manière savante, aujourd'hui encore de manière populaire, les théories des complexions humorales, ces des­criptions médicales de la subjectivité fondées sur la théorie aristotélicienne qualitative des élé­ments, permettaient d'anticiper et d'expliquer conduites et maladies (le sanguin, le flegmatique, etc.). «Sa physionomie annonçait son âme ». écrivait Voltaire. Les modèles de neuro-anatomie fonctionnelle de John C. Eccles décrivant l'évolution de la conscience du point de vue phylogénétique, ou celui du neurologue Antonio R. Damasio décrivant les bases matérielles du « Sentiment même de soi » sont des tentatives savantes. en partie substantialistes, de fondation de la subjectivité (30). 
Dans sa phénoménologie de l'imaginaire des éléments. Gaston Bachelard estimait que la matière elle-même, sans causalité, pouvait être subjectivante: «N'y a-t-il pas une individualité en profondeur qui fait que la matière, en ses plus petites parcelles, est toujours une totalité?» (31).

- Pour le fonctionnalisme, la matérialité des composants étant nécessaire mais insuffisante, la sub­jectivité est l'effectivité des fonctions biologique, (corticale, cardiaque, respiratoire, locomotion, etc... ou psychologiques (intelligence. émotions, communication, etc.). Organicisme et fonctionnalisme (s'opposent à la fois sur la fonction subjectivante de la matière et sur la nature de la désubjectivation qui définit la mort, un cœur artificiel remplaçant un cœur naturel défaillant ne modifiant en rien la subjectivité pour le second. Dans l'opposition «centralisme versus polycentrisme» le sujet et assimilé à certains organes ou fonctions privilégié, (souvent cœur ou cerveau) ou à tous, la cessation du fonctionnement du cœur (cardiocentrisme) ou du cerveau (céphalocentrisme) signant la désubjectivation du corps et le moment de la mort. Dans le polycentrisme, seule la cessation de toutes les fonctions signe la mort du sujet. On constate Lille opposition similaire entre «intégralisme versus systémisrne», la désubjectivation étant effective soit lors de la destruction de l'intégralité des organes et tissus ou de leurs fonctions, soit lors de la destruction d'un sous-système biologique essentiel (par exemple le système nerveux).

- Dans la causalité par la relation (environnementalisme, culturalisme, historicisme, ) la subjecti­vité est un effet de l'épigenèse, inscrite dans les temps et espaces contingents des contextes socio­historiques, des relations écologiques et sociales avec les groupes d'affiliations (parents, famille, voisinage, etc.). Elle est souvent ramenée à celle du langage, structure symbolique par excellence de la pensée référentielle, déterminant les représentations des sujets.

- Dans la causalité personnaliste (ipséiste ou monadologique), la subjectivité est cause d'elle même, elle se construit ou se déploie de manière autonome dans une liberté plénière.

- L'interactionnisme (hérédité/individu/société) allie en proportions diverses les trois causalités pré­cédentes, héréditarisme biologique, déterminisme social -historique et autonomie du sujet.

- La causalité stochastique se caractérise par l'absence de cause attribuable à la subjectivité, jetée dans l'existence comme fruit du hasard et des mul­tiples contingences et arbitraires de son existence (de la conception à la disparition, tout est hasard).

- Dans la causalité métaphysique ou religieuse, le sujet est le projet d'une divinité (Dieu, dieux, astres, etc.), ou d'une rétribution automatique des actes des vies anthumes, comme le suggère le concept de karma hindouiste ou bouddhiste (32).

 

(29) Jean Bernard, Marcel Bressis et Claude Debru. Soi et non-soi. Des biologistes, médecins. philosophes et théologiens s'interrogent, Paris. Seuil. 1990.
(30) John C. Eccles, Evolution du cerveau et création de la conscience. À la recherche (le la vraie nature de l'homme, Paris, Fay ard. 1989 et Antonio R. Damasio, Le Sentiment même de soi. Corps, émotion, conscience, Paris, Odile Jacob, 1999. 
(31) Gaston Bachelard, L'Eau et les rêves, Essai sur l'imagination de la matière, Paris, José Corti, 1942 , p. 3.
(32) Guy Bugault, L'Gicle pense-1-elle ?, Paris, PUE 1994, p. 145

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