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C'est à quel sujet ? 

Un référentiel des catégories de la subjectivation 

par Philippe Oliviero - Université René Descartes - Paris V

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- Les sept catégories de la subjectivation temps de la question 

  •  Logos II. Sémiologie - La subjectivité rencontre un corps vivant...

La subjectivité rencontre un corps vivant fonc­tionnant comme système, avec entrées, conserva­tions plus ou moins longues, et sorties de multiples sortes de matériaux et d'informations. À la connexité formelle et matérielle qui assure la fermeture de l'organisme, s'adjoint l'ouverture de l'économie de couplages, de communications et d'échanges de matières et d'informations entre l'organisme vivant et son milieu. Toutes les occasions de communication de matériaux corporels questionnent la subjectivité à propos de son essence, de sa perma­nence et de sa durabilité, de son identité matérielle, substantielle (cf, facteur Hermès). Cela concerne les productions corporelles naturellement ou arti­ficiellement détachables, comme les excrétions, sécrétions, phanères, exuviae, embryons, foetus. morceaux d'organes et de tissus issus d'opérations chirurgicales ou d'accidents, cadavres, organes, cellules somatiques ou germinales et tissus cédés dans le cadre de la communication biologique pour les thérapies substitutives, sécrétions sexuelles et corporelles, gamètes communiqués lors de relations sexuelles, et tous les autres matériaux corporels se communiquant dans le cadre des échanges sociaux non-verbaux, comme la sueur, les échanges gazeux de l'haleine et de la respiration, etc. Ces substances sont catégorisables et hiérarchisables en fonction de la nature de leur subjectivation (36). Alimentation, excrétion, sexualité, thérapies sont soumises à d'importants rites de socialisation des subjectivités, en tant que moments de l' ouverture du sujet incarné vivant vers autrui.

La connexité topologique dépend enfin du niveau d'agrandissement qui détermine la profondeur de la connaissance et donc la possibilité d'appropriation des matériaux (atomes, cellules, organes et tissus, fonctions, corps propre). La notion même de forme de reconnaissance de ce qui est «humain» ou «sujet» est dépendante d'un observateur, de ses catégories de perception, liées elles-mêmes à la pensée catégorielle, et du grain pris en compte dans la réalité observée, en raison des morphologies différentes du vivant présentes aux différents niveaux d'agrandissement des observations, qui sont un des paramètres de la définition de l'information dans la théorie du même nom (37). La perception des phénomènes change en fonction de l'évolution des moyens

techniques mis en œuvre et de la définition des indices à prélever, dans la mesure même où les techniques d'imagerie biomédicale et de repré­sentation des connaissances (construction d'indices mathématiques des formes biologiques) modifient en profondeur la nature des formes perçues natu­rellement. Ce passage de la perception de formes phénoménologiques à des formes nouménologiques nécessite un long apprentissage culturel, scientifique et perceptif, comme par exemple per­cevoir une activité neuro-fonctionnelle d'un sujet humain dans une image IRM de coupes corticales (neuro-imagerie), une activité cognitive dans une mesure de débit sanguin cérébral (DSC), la présence d'une subjectivité dans une image échographique d'un embryon ou dans l'image d'un caryotype.

- La sémiologie indiciaire biologique, épisté­mique ou doxologique, est un paradigme ancien, constamment renouvelé, qui concerne le processus d'attribution de la subjectivité basé sur la défini­tion de traces, d'indices corporels ou psychologiques, permettant d'instituer, à des degrés divers, des différences intersubjectives. On doit à l'histo­rien des mentalités Carlo Ginzburg (38) la défini­tion de ce « paradigme indiciaire de la sémiotique » qu'il rattache à un paradigme protorypique, le para­digme cynégétique, dans lequel sont mis en œuvre les comportements intelligents du chasseur en recherche des traces animales. Il en attribue la théorisation à l'historien de l'Art, Giovanni Morelli, spé­cialiste de la recherche des faux, au romancier père de Sherlock Holmes, Sir Arthur Conan Doyle, et au créateur de la psychanalyse, Sigmund Freud, qui reconnaissait volontiers sa dette envers Morelli. Le paradigme sémiologique consiste à rechercher des traces, qui quoique imperceptibles pour la plupart des gens, seront symptômes chez Freud, indices chez Holmes et signes picturaux chez Morelli. Pour le spécialiste, l'herméneute, ces signes qui sont des écarts, des faits marginaux, deviennent des révélateurs de la subjectivité, de la singularité, de la particularité, de la différence de celui qui les produit, le névrosé ou l'hystérique, l'assassin ou le faussaire. La théorie de l'information et de la communication de Claude Shannon (39) est son aboutissement mathématique, une quantité d'information d'un message étant définie par une fonction probabiliste de sa survenue, correspondant à la quantité de nouveauté, d'imprévisibilité, de rareté que le message émis par un sujet humain contient pour son destinataire.

 

(36) Philippe Oliviéro, «Disponibili[é des matériaux corporels et thérapies substitutives » in Sciences sociales et santé, volume 15, n° 3, juin 1997, pp. 35-67 et,< Intersubjectivité matérielle et disponibilité des matériaux substitutifs» in Robert Carvais et Maryline Sasportes (sous la direction de), La Greffe humaine. (Ii)certitudes éthiques : du don de soi à la tolérance de l'a litre, Paris, PUF, 2000, pp. 537-564.
(37) Murray Gell-Mann, Le Quark et le jaguar. Voyage au coeur du simple et du complexe, Paris, Albin Michel, 1995
 

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