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Rubrique philo-fac http://www.philagora.net/philo-fac/
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PHILO RECHERCHE - FAC
De l'intersubjectivité
et d'Internet.
Pistes de
réflexion, pour ceux qui aiment chercher, pour les philosophes internautes d'aujourd'hui
et de demain, et pour ceux qui aiment faire des objections. Par
Joseph Llapasset:
"Écrits et
paroles, ou pour une intersubjectivité synchronique vivante".
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Avec Platon, une porte s'ouvre et se ferme aussitôt, car la parole
en disparaissant, se délie de l'écrit qu'elle ne peut plus animer et qu'elle abandonne
au hasard des rencontres, comme l'âme laisse le cadavre à la décomposition. Le dernier
terme atteint, l'oeuvre se fige dans le passé et ce dernier effort pour atteindre le
réel s'arrête en chemin sans que l'auteur ait pu éviter cette déchéance en composant
l'écrit de telle manière qu'il puisse se défendre contre ce qui l'attend.
Si la parole s'évanouit, l'écrit qui reste présentable est donc lui aussi
à la merci de l'accueil qui lui sera fait par ceux qu'il faut bien appeler avec Nietzsche
les coloristes du monde.
Est-ce irrémédiable? Il semble que oui. Car, si
l'auteur, sachant que la trace sera interprétée, a la compétence de produire un objet
en vue de cette interprétation, alors l'oeuvre ne sera plus ce qu'elle devait être: dans
l'intériorité de l'auteur une scission se produit, il se sépare de son oeuvre, y
renonce en partie. Si l'auteur manque de cette compétence son oeuvre sera, à la lettre,
pervertie. Ainsi, que l'auteur puisse maîtriser les interprétations ou qu'il ne le
puisse pas, dans les deux cas l'écrit, sans la parole vivante de l'intercommunication, ne
peut propager l'individualité de l'auteur puisque dans tous les cas avec la disparition
de l'opération en acte l'individualité disparaît.(Sur la question: Hegel. Phénoménologie
de l'esprit tome 1 page 258-260 et 266-268)
L'écrit participe donc à une sorte de malédiction
propre à toute action: celui qui tente de maîtriser le résultat, écrit autre chose que
ce qu'il veut et celui qui ne cherche pas à le maîtriser se met à la merci de toutes
les déformations. L'écrit résulte donc davantage des actions que des intentions:
l'oeuvre n'est donc pas un facteur d'intersubjectivité. Voila pourquoi, coupé de la
balance intérieure de la subjectivité de l'individu qui l'a produit, l'écrit ne peut
être le support d'une discussion, d'un dialogue. Seule la parole qui répondrait en temps
réel aux interprétations de l'auditeur pourrait assurer la vie de l'écrit qui, coupé
de la parole, nécessairement devient chose dans le monde, à la merci de quelque
chose d'autre.
Ignorer cela revient à se condamner non seulement au
perspectivisme mais à un combat fratricide d'interprétations, auquel on croit échapper
en se réfugiant dans les côteries des petits cénacles. Car l'opération en acte ne peut
bien entendu jamais être convoquée pour soumettre les interprétations à la seule
épreuve qu'elles méritent. Pourtant ces débats avec des morts ne surprennent personne.
Cela ne surprend personne parce que l'on confond
intersubjectivité vivante et lecture d'un écrit et que la transmission d'un écrit ayant
longtemps été diachronique la possibilité même d'un débat réel semblait exclue. La
philosophie, de ce fait, était donc toujours en retard d'un débat parce que la
discussion ne pouvait avoir lieu que dans le petit cercle de familiers et non dans
l'actualité. On se trouvait donc ou bien dans une discussion avec un disparu, ou bien dans
un dialogue restreint à quelques admirateurs. Chacun pouvait alors rester sourd à tout
ce qui ne lui semblait pas être leur chemin, dans un solipsisme qu'aucune altérité
vivante ne venait secouer: il leur suffisait d'avoir du talent dans leur petit cénacle
d'admiration réciproque.
Mais l'accès à l'information en temps réel bouleverse
cela et me semble être la chance de la philosophie: l'intersubjectivité vivante, au sens
d'échange entre des personnes qui pourront, si elles le veulent, penser non plus
seulement dans la solitude et la sécurité de la tombée de la nuit mais en plein jour,
de notre fin de siècle, penser avec, voeu cher à Bergson. Ce n'est pas par hasard que le
nom de Bergson vient ici, comme un modèle pour la philosophie du XXI ème siècle. C'est
lui qui, par un effort surhumain, a préfiguré cette réalité qui nous est aujourd'hui
proposée par la technique, en lisant toutes les parutions de l'époque comme un savant
qui s'interdirait de penser seul, coupé de "l'équipe" des autres chercheurs.
"Le sens du bergsonisme", selon la riche formule d'Henri Gouhier ce sont les
dates qui rythment son oeuvre. 1889 Essai ... 7 ans plus tard: Matière et mémoire,
l'oeuvre clé. 11ans plus tard: L'évolution créatrice. 25 ans plus tard: Les
deux sources ...Et pourtant ce lecteur acharné et régulier n'a manqué aucune
occasion de débat: on l'entend discuter jusque dans la Société des Nations et agir en
homme de pensée.
Voila donc un modèle que le talent a voulu oublier et que
l'actualité ne peut que rappeler. Car les philosophes peuvent maintenant accéder aux
productions des autres philosophes leurs contemporains, plonger ainsi dans cette
possibilité d'intersubjectivité vivante que la diffusion de l'écrit rend possible.
Descartes, Leibniz, Rousseau, Bergson et d'autres, nous ont donné l'exemple
de cette intersubjectivité vivante dans un va et vient des écrits aux paroles. Mais que
de lettres, que de temps, nécessitait l'échange entre ceux que l'espace séparait. Au
point que la difficulté donnait bonne conscience à ceux qui appréhendaient la vigueur
des échanges. Que dire des autres de ceux que le discours philosophique n'atteignait pas
ou qui ne cherchaient que l'approbation dans des agrégats que le temps désagrégeait?
Faut-il se plaindre de ce que ces petits ruisselets qui se
perdaient souvent soient devenus de nos jours un ruissellement qui peut atteindre chaque
point du monde et s'adresse en droit à tous. Le phénomène de mondialisation concerne la
philosophie, nul ne peut en douter. On a longtemps pu croire à l'existence d'une
philosophia perennis née d'une activité transcendant l'espace géographique et le temps
de l'histoire parce qu'on était, pour ainsi dire, aveugle aux différences de contexte,
de conditions historiques et qu'on ne voulait pas voir les "courants"
parallèles, empirisme et positivisme, idéalisme et spiritualisme, criticisme et
transcendantalisme, qui se développaient. Chacun pouvait alors être artificiellement
identifié au mouvement d'un "acte philosophique", à la pensée et
l'éclectisme pouvait toujours les réunir dans une totalité sans trop se soucier de
prendre ensemble des mouvements de sens et de directions contraires. L'illusion de
descendre le courant d'un progrès dialectique et l'espoir d'une réconciliation finale
permettaient d'ignorer les différences entre ces divers courants et surtout leur
enracinement dans un contexte social et une histoires particuliers. Comme si l'acte de
philosopher qui est retour sur, réflexion sur un savoir pour le "peser",
n'avait rien à voir avec ce savoir dans lequel il a émergé et n'avait donc pas à faire
au contexte, à l'époque.
Cette illusion était possible car la lenteur de
l'information ne faisait parvenir les oeuvres que bien après leur écriture ce qui les
transformait en oeuvres du passé présentées par l'écrit. Le contexte et l'époque
avaient disparu. Et, comme seul le résultat de l'acte était transmis, on le recevait
sans la réalité à laquelle il s'était affronté. Il était séparé d'elle par l'oubli
de ce que l'oeuvre ne rapporte pas puisque l'auteur suppose le contexte connu des
contemporains. De plus l'oeuvre ne parvenait pas au monde contemporain. Seul un cercle
restreint dans l'espace la recevait et un cercle plus large, éloigné dans le temps.
Ainsi, l'oeuvre, coupée du contexte paraissait acontextuelle et anhistorique: mirage
produit par le rythme de la transmission.
Cette "dévitalisation canine" des diverses
philosophie a permis de parler comme si la forteresse axiomatique de Spinoza, la quête de
l'immédiat de Rousseau, la phénoménologie relevaient du même acte qui serait l'acte
producteur, essence de la philosophie.
Cette illusion n'est plus possible à partir du moment où
tous ces mouvements diachroniques et rationnels ont été, en quelque sorte,
"interconnectés" avec pour conséquence la mise en lumière de leur diversité
et de leur enracinement dans des contextes d'une époque, par exemple de guerre et
d'après guerre mondiale. Ainsi les philosophies apparaissent comme des phénomènes de
culture marqués par la contingence et la précarité, enracinés dans des cultures
situées spatio-temporellement.
Autre élément d'importance, l'information en temps
réel, ou presque, amène à les comparer, à les confronter ce qui fait apparaître des
différences de problèmes de méthodes, d'argumentations au point que, certains se
demandent si une nouvelle sophistique ne se développe pas alors que d'autres font
remarquer avec pertinence que s'il n'est plus possible de penser seul et d'écrire sans
objections auxquelles il faudra bien répondre cela exclut le retour de la sophistique
mais permet enfin de penser ensemble, de penser avec.
La mondialisation rend donc possibles ces dialogues sans lesquels l'écrit
resterait à la merci des interprétations, sans lesquels chaque courant se prendrait
aisément pour la vérité. L'échange, le conflit, dans l'espoir d'un accord est la
promotion d'une recomposition de l'humanité dans la reconnaissance de différences que
l'inter-connection peut seule remettre à leur place, relativiser, un contraire éclairant
l'autre. L'appropriation de ces différences, souvent irréductibles, comme patrimoine
constitutif de l'humanité, ensemble des hommes libres de penser différemment et de
cheminer vers quelques accords, produira l'enrichissement de l'humanité, comme le fruit
de cette intercommunication expérimentale.
A ceux qui objecteraient que "la" philosophie naît
avec Platon, on répondra que, même en leur accordant tout, la porte ouverte par Platon
se referme tout de suite dans la mesure où, à la dialectique apprendre sans jamais se
dire savant, ce qui revient à dire que le savoir ne peut être qu'incarné dans une
pratique, Aristote, au contraire, substitue la logique formelle indépendante du contenu,
un autre chemin, un autre moyen, une autre "optique". Comment concilier ces deux
mouvements?
Or il est facile de voir que cette distinction entre la
forme et le contenu Platon l'aurait refusée car c'est, à son point de vue, un des
avatars de l'opinion! "L'être qui opine, que son opinion soit juste ou qu'elle ne le
soit, ne perd du moins jamais la réalité de cet acte d'opiner" (Philèbe
37a).
L'opinion non seulement affirme ce qu'elle affirme mais elle affirme aussi l'acte
d'affirmer. En tant qu'elle porte sur un contenu l'opinion peut être droite, adéquation
à la sensation, mais en tant qu'elle porte sur la forme elle est toujours fausse car elle
déborde le savoir: le Sophiste, grâce à cette distinction peut affirmer n'importe quel
contenu puisqu'il est indépendant de la forme, elle même identifiée au savoir, cela lui
économise le parcours dialectique. Aristote et Descartes, en identifiant penser et juger,
s'installent aux antipodes de Platon: l'entendement se réduit à un système de
catégories, genres, espèces, prédicats, ce qui ouvre un chemin vers la critique.
Qui osera alors ramener la philosophia perennis à l'acte
de penser quand ces deux géants inaugurent le parcours par deux conceptions de la pensée
aussi différentes, singulières, irréductibles: pour Platon, quand il s'agit de penser,
le retour à Socrate est nécessaire et rien ne peut économiser le parcours, pour
Aristote il s'agit de penser en terme de relation et non de participation. Lorsque
Parménide dit à Socrate:" tu es trop jeune" il s'adresse à tous ceux qui
veulent savoir à l'avance. Traduisons: "tu ne peux le savoir qu'à la condition de
chercher" et procéder topiquement c'est s'enfermer dans le dilemme, avancer en
aveugle de la troisième voie que le dilemme exclut à priori. Si la logique promet
d'économiser le parcours Platon répond que la seule forme de la pensée c'est l'enquête
ce qui signifie que la vérité est un éclairage, non une cohérence formelle. Il faut
donc admettre que la philosophie pourrait dire "mon nom est légion" et que le
terme "philosophie" nous fait croire qu'elle est une alors qu'elle est plusieurs
comme si l'unité pouvait réunir des parties contraires, ce qui est, à la lettre, la
thèse du sophiste: " En moi qui suis un individu unique, il y a une pluralité de
"moi" opposés les uns aux autres" (Philèbe 14c).
Ainsi le nom "plaisir" nous fait croire qu'il
est un alors qu'il est plusieurs. Alors aux tenants de la philosophia
perennis, à
Aristote aux sophistes, on pourra toujours demander: qu'est-ce qui légitime le fait de
les appeler philosophie ces démarches si différentes? Et l'embarras sera grand devant
l'empirisme, le spiritualisme, le relativisme. L'affirmation que Maine de Biran nous
dispense de Kant ou même qu'il est "notre Kant" est-elle plus qu'une boutade?
La huitième hypothèse du Parménide : le sophiste pense en relation:
cherchant des relations entre les diverses vertus il ne peut trouver d'unité. Double
embarras de ceux qui déterminent la philosophie comme une "activité qui vise la
recherche des structures de la connaissance et des modèles de l'action au delà de la
contingence et de la diversité de la vie des hommes".
Pourtant, force est de constater une résistance de bien
des auteurs à intensifier cette intercommunication. Comment la comprendre?
A un premier niveau il peut s'agir de l'habitude penser
selon.
Plus fondamentalement, c'est peut-être que chaque auteur
confond son oeuvre écrite avec la subjectivité qui l'a produite: peut-on nier que
l'oeuvre soit le résultat d'un projet qui n'appartient qu'à eux: le "visé" (
die Meinung). Effectivement le "visé" n'est pas resté pour eux un simple
objectif déterminable de leur subjectivité mais dans l'opération il a reçu un être
conscient déterminé. L'écrit est donc pour eux autre chose qu'une recherche d'un
accord, c'est la détermination de l'infini du sujet qui se retrouve dans son oeuvre
déterminée: si pour être il faut être quelque chose, par l'opération l'individu
accède à la seule véritable réalité. En rester à la simple intentionnalité aurait
été se perdre dans la mouvance de ce qui peut toujours changer.
Cette conception est pourtant la ruine de
l'intersubjectivité" vivante. Car toute question revient à mettre en question, à
questionner non pas sur l'être du contenu de l'écrit mais sur l'être de la
subjectivité de l'auteur que l'écrit est sensé exprimer, comme si l'oeuvre n'était que
la réalisation de la subjectivité qui se présenterait en se déterminant. Autrement dit
toute question qui porte sur l'oeuvre met en question la subjectivité de l'auteur,
parfois ombrageuse. La discussion explicite, inhérente à toute lecture sera, si elle est
communiquée, une agression contre ce à quoi le moi s'est identifié, une mise en demeure
de renoncer à un objectif qui n'appartenait qu'au moi, ce que le moi considérait comme
le plus haut, d'autant plus haut que son effort et sa persévérance l'avait effectivement
réalisé dans une production offerte à tous par l'écrit.
On comprend les réticences que soulèvera la
possibilité d'une "Philagora", d'une intersubjectivité vivante synchronique et
la préférence pour un pseudo dialogue avec les morts qu'on peut toujours interroger ou
réfuter sans qu'ils rendent la pareille aux vivants ou avec les siens dont on connaît
les réponses convenues. Pourtant les obstacles à l'intercommunication s'étant
estompés on peut voir dans une lumière crue de l'actualité quel orgueil risque de faire
manquer à la philosophie, en France, cette chance donnée par la technique.
Quel orgueil? Celui de se comparer à un créateur qui
aurait produit la forme et la matière de l'oeuvre, comme si, dans l'action l'être donné
était totalement détruit, comme si l'écrit était la subjectivité sans écart, comme
si la matérialité était anéantie alors qu'elle n'est que transformée.
Ce n'est donc pas la subjectivité qui se détermine comme
forme et matière de l'écrit mais une forme, l'ordre vient de moi dirait Pascal, conçu
par elle. Ainsi le discours ne portera pas sur la liberté du sujet pour la
contester
mais au contraire fera appel à la liberté pour dépasser une forme vers un accord avec
autrui, ce qui est suivre un mouvement qui ne peut s'arrêter à la pseudo perfection d'un
écrit. Chacun sait bien que le moi ne cesse de mourir et qu'avec lui s'éloigne ce qu'il
a dit et écrit.
L'écrit qui n'est pas sans cesse réécrit n'exprime guère plus
que ce qu'exprime un cadavre. Qu'est-ce qui pourrait inciter à réécrire l'écrit sinon,
l'échange, la communication d'une pluralité de points de vue dans l'intercommunication
synchronique?
Par exemple, une vingtaine d'ouvrages de philosophes contemporains,
qui marquent cette fin de siècle par l'intelligence et l'originalité de leur travail
sont proposés par la collection "Optiques". Chaque livre (autour de 100 pages)
présente donc une pensée vivante en acte, une écriture nourrie certes de racines, et
comment pourrait il en être autrement, mais opérant les ruptures justifiées qu'apporte
à notre temps la pensée de l'écrivain. Chaque texte, dans sa concision et sa richesse,
propose l'unité d'une multiplicité, car il renvoie au parcours dont il est pour ainsi
dire le fruit. Ainsi chacun peut accéder à la subjectivité d'un auteur et en débattre.
D'une part qu'est-ce qui empêche ces philosophes de s'écrire, de se rencontrer ou même
de se poser des questions par E-Mail interposé. Qu'est-ce qui empêcherait les lecteurs
de participer à ces échanges, cette participation étant rendue possible par la
technique.
L'intersubjectivité synchronique,
l'intersubjectivité vivante devient donc possible: le "ruissellement"
de ces pensées diverses doit se mêler sans se confondre pour donner enfin à
l'intersubjectivité philosophique un contenu qui, pourquoi pas serait susceptible d'un
progrès, réalisant le voeux de Bergson.
De cette diversité publiée et discutée on peut espérer que des
convergences émergent et des collaborations s'ébauchent. Chaque écrivain doit donc se
dire qu'il n'a fait par l'écrit que le premier pas vers l'intersubjectivité et que ce
qu'il a établi, ce qu'il ajoute de neuf appelle ce dialogue grâce auquel la fécondité
de l'oeuvre se manifestera avec l'intériorité qu'il défendra ou qu'il enrichira.
Dans le silence, bruissant de paroles mortes et reçues,
mêlé à leur paroles vivantes, qui leur permet d'écrire, les écrivains pourraient croire
qu'à leur recherche suffit simplement la lave pétrifiée du passé. Pourtant, seul le
ruissellement du présent vivant, que leur offre la technique, leur résiste, leur
donne la certitude qu'ils pensent avec des vivants, parce qu'il est un ensemble d'écrits
qui renvoie toujours à des paroles, et qui peut sans cesse vivre se reprendre et se
modifier.
Voilà donc un défi dont l'enjeu est immense. Au terme de
ce chapitre, l'intersubjectivité paraît échapper au dilemme du tiers exclu: ou bien des
paroles qui disparaissent ou bien un écrit défiguré, grâce à un tiers proposé la
"Philagora"
que les autoroutes de l'information rendent désormais accessible à ceux qui préfèrent
la recherche de la vérité au repliement.
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