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Entretien avec Edgar Morin  

L'homme et l'univers, du biologique au cosmique

Et la mystique dans tout cela? 

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(Page Index - page 1 - page 2 - page 3 - page 4 - page 5 - page 6 - page 7 - page 8 )

La mystique est peut-être une expérience de cet ordre - là?

La mystique est une expérience à la fois de perte et d'accomplissement de soi. Au fond, il y a deux états mystiques celui qui naît du vide, de la pacification, une sorte de mystique zen où l'on se perd et où l'on oublie son moi dans une sorte de plongée cosmique ; l'autre état mystique est, au contraire, celui de la surexcitation, de l'intensité, de la fusion presque érotique comme chez Thérèse d'Avila. Ces deux états mystiques sont très importants. L'extase par exemple est une chose fondamentale pour l'être humain et on peut y arriver par l'érotisme, la mystique, la transe musicale, etc.

Certains mystiques disent qu'ils éprouvent une sur-vie, une vie supérieure. C'est pour eux un état d'accès à une vie différente, une autre vie.

Oui, on peut penser cela, mais est-ce que le mot vie a alors le même sens ? Je ne sais pas. C'est un état limite de notre être auquel nous aspirons, mais je ne pense pas que, par-là même, cela nous révèle quelque chose.

Dans la première édition de L'Homme et la mort (19), l'amortalité est envisagée comme quelque chose de possible. Deux biologistes, Frédéric Revah et André Klarsfeld (20), reprennent aujourd'hui cette question.

Oui, d'ailleurs j'ai rencontré un collègue de Klarsfeld, Amelsen, qui m'a dit qu'effectivement j'avais bien vu à l'époque dans ma première version que j'ai ensuite contestée (21)...

Comment un esprit fini, limité comme le nôtre, peut-il avoir une conception de l'infini? Question déjà posée par Descartes ou Emmanuel Lévinas. Peut-on dire que c 'est simplement l'angoisse de la mort qui donne l'idée d'une transcendance, d'un au-delà ou d'une survie ? Et si c'était une réminiscence au sens où l'entend Platon ? Peut-on simplement dire, en risquant le réductionnisme psychologique, que l'idée d'une amortalité, d'une immortalité ou d'une survie n 'est qu 'une projection de l'angoisse?

Je crois que cette métaphysique d'une vie au-delà de nos vies ne vient pas seulement de la mort, elle vient aussi du mystère de l'existence. Méditer sur l'existence donne, par opposition à l'idée de finitude, la presque idée de l'infini. Mais nous supportons mal cette idée de finitude. C'est elle pourtant qu'il faudrait finalement supporter.

Edgar Morin, Sociologue - Directeur de Recherche émérite au CNRS.

 

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(19) Edgar Morin, L'Homme et la mort, Paris, Buchet/Chastel, 1951. Réédition, Paris, Seuil, 1970, p. 311: " Pour résumer, la biologie a découvert que la mort n'était pas une nécessité de la vie organique. Les êtres vivants, à leur origine, dans leur Structure élémentaire ne sont nullement heideggeriens. La seule mort qui soit naturelle est la mort accidentelle ".
(20) Voir l'article d'André Klarsfeld et Frédéric Revah publié dans ce numéro de Prétentaine : "Des limites naturelles à la vie 7 A quoi bon l'éternité 7".
(21) Edgar Morin, " La science de la mort elle mythe morinien d'amortalité " in L'Homme et la mort, op. cit., pp. 307 et suivantes.

Propos recueillis par Jean-Marie Brohm, Géraldine Noailly et Magali Uhl. Entretien réalisé à Paris, le 27 septembre 2001. Revue Prétentaine - Parution sur le site PHILAGORA

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