Notions de philosophie pour le BAC

Notions de PHILOSOPHIE  Par M-T Lamaty
 
  Pour préparer l'année de philosophie

  La Loi naturelle (page 1)

 

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La notion de loi naturelle soulève un problème aussi passionnant que déconcertant parce qu’il va nous amener:

— d’une part à éprouver nos limites
— et d’autre part à voir naître -de nos limites mêmes- une espérance.

Ainsi notre dignité "d’être humain" résiderait-t-elle dans notre faiblesse et dans le pouvoir, que certains jugerons insensé, de choisir de courir un risque : le risque de dire "oui" - même lorsque cela nous coûte - à ce dont notre raison ignore l’origine: le Bien .

La loi naturelle ou de nature est , dit-on, "écrite au fond du cœur de l’homme" . Elle est définie comme: "des règles de conduite fondées sur la nature même de l’homme et de la société".

  • Le terme de "loi" évoque donc des règles, un ordre, des contraintes.

Cette loi qualifiée de "naturelle" implique la nature et plus particulièrement ici la notion de nature humaine. Si l’homme est un animal faisant partie de la nature , il n’est pas un animal comme les autres. Sa raison lui fournit des "principes". Situé dans le monde de la nature, il est soumis, comme elle, à la nécessité, au déterminisme. Mais par sa raison il accède à un monde moral où il ne s’agit plus simplement de savoir ce qui est, mais ce qui doit être et où règne la liberté.

Comment pourtant concilier la nature, le monde moral c’est-à-dire le monde du devoir-être et la liberté? 

  • Pourquoi, au lieu de suivre nos penchants naturels, nous imposerions-nous une discipline de vie? N’est-ce pas être esclave que d’accepter de nous soumettre , de nous conformer rigoureusement à ce que nous appelons les"principes" fournis par la raison?

D’où vient cette notion "d’obligation morale"?

Pouvons-nous accomplir un acte uniquement s’il nous est commandé
— fusse par notre raison? Non 
— Il faut que la fin nous paraisse bonne .

Mais d’où proviennent nos mobiles moraux? De quoi dépendent-ils? C’est-à-dire qu’elle est leur source et vers quoi nous mènent-ils?

Comment enfin concilier les notions d’obligation, de liberté, de dignité de notre personne?

En un mot quel est le fondement de la loi naturelle, de la morale? Car il faut le constater cette loi existe! "On ne fait pas la morale d’un peuple car elle existe déjà" , écrivait Lévy-Brühl en 1903 dans La Morale et La Science des mœurs .

La morale est une réalité vécue. Nous constatons cette réalité en nous. Kierkegaard écrivait: "L’individu éthique n’a pas le devoir hors de lui mais en lui."

Nous avons conscience que certaines choses nous sont dues, que d’autres nous sont permises ou pas, que nous devrions agir de telle ou telle façon... La morale est une réflexion sur la vie, issue de la vie elle-même (mais devenue en quelque sorte méthodique puisqu’elle détermine des règles). Il existe donc une moralité spontanée. Pouvons-nous nous en tenir là? Cette simplicité n’est qu’apparente . En fait elle cache une réelle complexité.

Que signifie donc "obligation morale"? D’où proviennent nos mobiles moraux?

Holbach (1770) a essayé de l’expliquer. Il considère l’homme comme; "un être qui sent, qui pense, qui a de l’intelligence, qui s’aime lui-même, qui tend à se conserver, qui dans chaque instant de sa durée s’efforce de rendre son existence agréable, qui pour satisfaire plus aisément ses besoins et se procurer des plaisirs, vit en société avec des êtres semblables à lui, et que sa conduite peut rendre favorables ou indisposer contre lui".

Pouvons-nous admettre que ces sentiments universels fondent la morale c’est-à-dire pour Holbach la science de l’homme vivant en société? 
Nos devoirs envers nous-même et envers les autres sont nécessaires, pensent-il, puisqu’ils découlent de notre propre nature d’être raisonnable et social. En d’autres termes nous tendons au bonheur mais pour être heureux nous sommes obligés de compter avec les autres qui vivent et travaillent avec nous, qui nous regardent, nous jugent. (cf Sartre "l’enfer c’est les autres"). Nous sommes engagés vis-à-vis d’eux: il y a échange, obligation morale. Bref: que dois-je faire (sous entendu pour être heureux)? Il ne faut pas chercher bien loin pour le savoir. Il suffit de regarder en nous même où habite la loi morale. Mais pour parvenir à ce bonheur il semble que ce soit bien plus difficile car il faut nous dit Kant, s’en rendre digne. Comment? - en respectant la loi en nous, c’est-à-dire en accomplissant notre devoir. 

  • "Afin de savoir ,écrit Kant ,comment tu dois t’y prendre pour participer au bonheur et aussi pour ne pas t’en rendre indigne, c’est dans ta raison seulement que tu trouveras la règle ... ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de l’apprendre par l’enseignement des autres; ta propre raison t’enseigne et t’ordonne exactement ce que tu as à faire", c’est-à-dire ton devoir. "Le devoir c’est la nécessité d’accomplir une action par respect pour la loi."

Que faire alors de nos penchants naturels? Il ne s’agit en aucun cas d’essayer de ne pas en tenir compte (chassez le naturel , il revient au galop!) mais de les canaliser, de choisir, d’exercer en fait notre liberté pratique .

Qu’est-ce en effet que la liberté ?

Si l’on dit qu’être libre "c’est avoir la faculté de commencer spontanément un état sans cause antérieure", il s’agira d’une liberté transcendantale totalement inconditionnée qui n’est pas la nôtre. Notre liberté est pratique c’est-à-dire qu’elle nous permet d’agir en rendant notre volonté autonome, indépendante par rapport à la contrainte des mobiles sensibles, subjectifs.

Réfléchissons : D’une part nous sommes , comme l’explique Sartre , des "êtres-en -situation", c’est-à-dire impliqués dans un monde où tous nos actes sont liés à l’ensemble d’autres actes selon le cours de la nature et d’autre part nous sommes "auteur" de nos actes posés , après un choix personnel , libre , qui nous fait prendre conscience des contraintes et nous place par conséquent au-dessus d’elles. Nous disons ainsi que nous devons accomplir tel acte ou que nous n’aurions pas dû accomplir tel autre acte .

Le terme "devoir" ici n’a pas le même sens que lorsque nous parlons des phénomènes naturels prévisibles, déterminés. (ex : une pluie torrentielle devra inonder ce village car cette catastrophe ne peut pas ne pas se produire en vertu de l’enchaînement causal de tous les phénomènes .)

Ce n’est donc pas du point de vue de notre existence en tant que partie de la nature que nous disons que nous devons accomplir tel acte mais du point de vue de notre existence comme personne, comme être en soi .

 

Ainsi nous affirmons que nos actes ont une autre causalité que celle qui a lieu dans le temps , nous n’avons pas qu’un caractère empirique, nous avons un caractère intelligible qui nous fait affirmer une causalité hors du temps, une causalité inconditionnée, une liberté. (Il s’agit pour nous non pas de liberté mais de libération. Plus nous nous libérons des mobiles sensibles plus nous sommes reliés à cette liberté inconditionnée qui nous fonde).

Par exemple quand un homme ment, on peut déterminer ce qui lui a fait commettre ce mensonge à tel moment, explique Kant. Mais il n’en reste pas moins que nous avons un sentiment de réprobation vis-à-vis de cet acte. Cela implique que nous reconnaissons à sa raison la possibilité d’agir indépendamment de toutes les conditions empiriques qui l’ont poussé à commettre ce mensonge et nous pensons que sa raison aurait pu être déterminée autrement, qu’il aurait dû agir autrement . Nous pensons que sa volonté aurait dû l’amener à un autre choix , dégagé des contraintes extérieures, des mobiles sensibles et passionnels .

Ce qui implique que nous sommes libres d’agir en respectant la loi naturelle en nous, ou de passer outre. Nous sommes soumis à notre propre législation c’est-à-dire que nous sommes autonomes. La morale est fondée sur la liberté.

La loi naturelle ou loi morale est certes bien un commandement comme les lois civiles mais un commandement intérieur qui nous oblige moralement sans nous contraindre matériellement. Il y a liberté dans l’obéissance à la loi morale parce qu’il y a autonomie. C’est moi qui décide d’obéir à la loi morale (tandis qu’aux lois civiles on obéit non par conscience mais par crainte).

 Deux questions se posent alors:

  1. Quand est-on sûr d’être en présence de cette loi naturelle et de la respecter? Pourquoi la loi morale nous oblige-t-elle?

  2. Comment faut-il agir ?

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