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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS 

La sensibilité

La promesse de la sensibilité ? L’immanence: une vie. 

par Jean Louis Blaquier jealier @ wanadoo.fr

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Bilans - Acquis anthropologiques

La sensibilité n’est ni vraie, ni fausse, elle n’engendre ni erreur, ni illusion: elle cerne un topos, un lieu secret de la subjectivité humaine où la diversité sensorielle, perceptive trouve d’autant mieux sa loi, le principe symbolique de son efficace qu’elle ne se substitue jamais, mais au contraire, suppose la faculté de juger. Ainsi, l’ensemble de notre réflexion vise à lui restituer non seulement son intérêt mais sans doute aussi sa plus haute destination nécessaire possible: le lieu le plus intime, le plus extime. L’imaginaire est bien le seul topos  central d’où émerge le nom de l’homme, le sujet. En tant qu’être sensible à la parole, il devient lieu de résistance par l’ouverture aux autres, à l’Autre symbolique. C’est de (se) libérer de l’ordre signifiant, que le sujet saisit l’occasion majeure de faire reculer le magma narcissique des sensations qui définissent aveuglement le corps. Le corps, lieu de présentation de la sensibilité est néanmoins lieu de la Loi permettant à tout sujet d’accéder au principe de sa propre symbolicité: la parole. Nous l’avons dit: tous les empirismes ont salué en la sensibilité le thème incontournable de l’éducation. Selon Condillac, Rousseau, il y aurait une relation essentielle entre l’humain, l’humanité et la sensibilité, et à l’excellence d’un affect central en tout devenir éducatif: la tendresse. Depuis Rousseau, chaque psychologue, chaque psychanalyste sait cela: la médiation, le souci de transformation entre les pulsions et l’intellect, entre les sensations et les idées est le noeud gordien du secret du psychisme et de l’ensemble de ces décisions subjectives, intellectuelles, esthétiques, scientifiques, éthiques.
Chaque artiste -comme quiconque- sait que l’oeuvre d’art -l’existence elle-même- est toujours une “investigation de la sensibilité” (Deleuze):
la peinture est dévoilement de l’invisible, la musique de l’inouï, la danse par le corps dansant vise-t-elle l’immatériel?

L’expérience sartrienne de la Nausée est une reprise contemporaine du vertige d’un Socrate devant l’inépuisable invasion du factice, de l’inauthentique contre quoi la jeunesse de l’esprit spontanément s’insurge. Henri Wallon dans la Vie mentale plaçait la sensibilité au commande de ce que Freud, le praticien de la psychologie de l’enfant devait apprendre du rapport initial de l’infans, à celui qui ne sait encore parler, aux Choses du “monde objectif”.
L’attention portée à cette dimension sensori-motrice de la subjectivité accompagne  la révolution psychanalytique: la puissance psychique de la répétition, de l’inconscient, du corps comme réseau, dispositif pulsionnel, asignifiant, index du Réel qui rassemblent sur le plan psychique l’identification par Kant du sens interne et de l’intuition du temps.

Le négationnisme commencerait-il avec l’oubli de la découverte freudienne? C’est à propos de la folie exterminatrice qu’Anna Arendt décrit longuement au titre de la banalité du Mal  les mille mésaventures du sensible et de l’insensible. La liberté procède toujours d’une extrême sensibilité à la responsabilité pour l’Autre (Lévinas). L’autre en sa radicalité anthropologique, c’est l’Inconscient, en sa radicalité éthique, c’est la Personne, le Visage. L’essentiel sera toujours ceci: l’expérience sensible, la sensibilité passe de la surface empirique dans la dimension du transcendantal tel est le parti pris pour les choses de la vie, les devenirs intensifs mineurs qui se déploient sur le plan d’immanence. Le mystère laïque de la sensibilité n’est pas sans concerner le Corps Sans Organe  d’un Spinoza ou d’un Artaud. Tous les amoureux, les chercheurs, les inventeurs, ceux qui aiment l’être de la vie l’expérimentent concrètement. Désirer conjure le ressentiment, la haine, celle du monde, comme des autres ou de soi.
   Le désir n’attend aucune consolation de l’Autre: il affirme positivement son expression contre le dard des séparations, des ruptures, de la mort, au-delà enfin de toutes transcendances de l’Idée coupée du sensible, par-delà l’illusion hallucinée d’aucun arrière-monde.

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