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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS 

La sensibilité

La promesse de la sensibilité ? L’immanence: une vie. 

par Jean Louis Blaquier jealier @ wanadoo.fr

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1/Avant Propos./ “Le plus profond, c’est la peau.” Paul Valéry

L’enquête philosophie ne méprise pas l’air du temps, impuissante à le changer, elle l’explore, le hume, le goûte -ou pas-   mais elle ne peut y céder. La “sensibilité”, aujourd’hui n’est pas qu’une simple notion, “molle” et impénétrable. Code des attitudes ou trait nouveau d’une époque aussi froide que cruelle, la question de la sensibilité oscille fondamentalement entre Charybde, la Vie, au sens de l’enfance païenne ou chrétienne de la métaphysique et Scylla, la liberté, au sens de la philosophie moderne. Ainsi, méconnue en son ancrage dans le sous-sol en mouvement de l’histoire de la philosophie, mille flatteries ou séductions l’accompagnent alors qu’elle vogue autour de grands continents noirs, intimes mais inquiétants: la peau, le corps, le féminin, l’irrationnel, la folie, la mort, l’enfance.  Cette notion diffuse, recyclée par l’idéologie de l’humanitaire à tout-va,  largement dominante en nos ères médiatiques du bonheur gestionnaire et publicitaire laisse une présidence illusoire à la Raison ou à l’Entendement. La” sensible inclinaison” des Classiques oriente en fait le centre de tri des affects épinglant au passage bien des sujets perdus dans le Malaise de la civilisation  (Freud). De redoutables mots d’ordre à la botte d’un naïf principe d’impulsion en résultent: à chacun son vécu, son feeling, son expérience intérieure! “Narcissisme de la petite différence” gronderait Lacan! Couronnée sans condition par les empiristes au point de mettre en doute toute possibilité de constitution d’un savoir scientifique, la faculté de la sensibilité fut réceptionnée par Kant la libérant par avance des sortilèges hédonistes du Modernisme.
   Le scientisme insistant sur l’attraction lascive, cosmétique d’un corps médical, parfait, hygiénique, harmonieux, le sujet se croit réconcilié avec sa division, délivré du poids ancien de la chair, par l’attraction mystique vers le Divin et ses avatars infantiles: culte obsessionnel du cool, du “sympa,” de l’agréable, du convivial et pourquoi pas, du Surnaturel!  A l’heure où les sectes pavillonnent dans ces parages, bien des signes célèbrent les noces éphémères de la sensibilité avec tant de “Retour à” la nature, à la nostalgie de la Transcendance ou de l’Origine, lieux sans nom  d’un Dieu introuvable et refuge de toutes les causes perdues.
- Retour du sacré le plus profane (astrologie) y compris dans les domaines les plus techniques ou aridement utilitaires (la Bourse, le recrutement d’entreprises, les marges dites “douces” ou “alternatives” du médical visant une vie “pure” ici-bas et, avec en prime une éternelle jouvence!..)
- Retour de l’amour du censeur religieux en ses formes caricaturalement intégristes (Algérie, Iran...) effacement progressif en Occident du christianisme pontifical au profit d’un syncrétisme spirituel aussi
généreux que confus. (cf. Le succès des “stages” bouddhistes pour les couches sociales dites les plus actives, ce qu’on appelle les Décideurs!)
- Retour à la bonne Nature (en ses versions “bio” ou néo-ruralistes...) qui, de la “sensibilité” humanitaire à la sensiblerie d’une chirurgie romanticiste jalonne un culte effréné du jeunisme où aliments et médicaments tendent à se confondre... Notons qu’il y a toujours une place, un parking aménagés pour une presse à “sensations” ou dite de “coeur,” laquelle annonce le lissage culturel des populations selon des programmes médiatiques qui, désormais, à l’échelle mondiale des satellites, configure électroniquement une subjectivité planétaire.

   Si la sensibilité peut faire vertu, ce n’est certes pas selon le faux divorce de la sensation (“ce qui désigne une réalité” pour Kant) d’avec la représentation (l’ordre de la pensée). Rarement nos comités d’éthique recherchent avec esprit de conséquence la solution philosophique aux défilés déchirants des questions contemporaines: le droit médical au suicide, par exemple, la légitimation de l’euthanasie, la reconnaissance du droit des enfants dans la cité, la parité juridique des femmes et des
hommes... En effet, il y faut la considération de la raison dans le cadre ouvert du sujet de la parole.

   Nos sociétés dites d’”information”, de “communication” semblent faire faire virer à l’inutile toutes inventions conceptuelles, toute attention à la production philosophique perçue -à juste titre-  comme casse-tête. La dure tâche du penser philosophique semble volontiers remplacée par un fun-system   “cool,” “sympa” qui, confondant consommation  et conusumation substitue à l’effort du penser réputé difficile et abstrait, un apprendre ludique dont le plaisir sans désir serait à volonté disponible.  A qui en douterait, bien des festivités aux milles feux du corps, objet de rites hédonistes, l’attendent: sports de glisse, recherche de sensations dans les loisirs de l’extrême (surf sur l’eau, dans les air, saut à l’élastique, naviguer sur le web, avec prochainement, la domestication de nouveaux espaces / temps virtuels, la webcam à haute vitesse est déjà là...). Une nouvelle distribution du corps, des cinq sens  insensible, indifférente à l’Autre, inaugure-t-elle un art de vivre subtilement démocratique du feling dans l’égalité ou de l’inégalité transparente dans le respect convenu des “seuils de tolérance”? Reconnaissons-le, aucune société n’a connu un tel déferlement d’images, une telle sollicitation marchande, spectaculaire et technologique de la sensibilité. Une des plus grande révolution scientifique du siècle, la cybernétique, y participe par ses applications techniques. La fabrication industrielle de fantastiques prothèses faire accroire que les limites corporelles sont révolues alors
que téléphonie, télévision, télé-conférence, multimédias, internet font émerger en temps de plus en plus réel (tel est sans doute le seul danger à penser) de nouveaux liens sociaux, réellement virtuels. Bref, un cybermonde (culture, économie, science, art,  politique...) naît à la fois créatif, inventif et totalement paradoxal. “Cool” et insensible, l’écran digital devient l’emblème rituel de ce nouveau type de sensibilité qui cherche à faire lien social!

   La promesse de bonheur est médusante, perspectives et prospectives souvent inquiétantes: la panoplie des anciennes drogues dures serait-elle à ranger aux accessoires du passé? L’usine des images virtuelles n’est qu’a ses débuts: tout sera de plus en plus visible, audible, connectable et le simulacre de la réalité pourra faire apparaître aux nouveaux drogués, la Réalité comme pur simulacre, miroir exclusif d’elle-même. Nietzsche peut-il gagner son défi contre Platon: inventer le réel par le simulacre, chercher dans la fiction la condition du réel lui-même? Fait remarquable, la résistance éthique de la sensibilité: le pur toucher, le goût par exemple résiste définitivement aux cybermachines les plus complexes: la tactilité reste le corrélat le fin de ce qu’Aristote nommait l’intellect et demain, aucune machine à calculer ne pourra résoudre des problèmes philosophique, éthiques: il n’y a pas plus de machines à penser pour la philosophie qu’il n’y a de
rapport sexuel 1 pour la psychanalyse. Sommes-nous au bord d’une ère culturelle apparemment religieuse alors que l’idéologie-culte du jeunisme pointe l’angoisse montante des générations face aux mutations sociales globales qui sont en cours. Contre la tentation des modes en leurs formes actives ou réactives; l’enquête philosophique se doit d’être intempestive, inactuelle. Ainsi, n’hésitons pas à traiter notre notion dans la radicalité abstraite de sa portée, sans négliger, ses coordonnées concrètes, et pourquoi pas, sensibles ou intensives. Si notre question trouve, comme nous le souhaitons, son point d’orgue éthique, elle sera sensibilité extrême au devenir, éthique de la parole
en résistance à la tyrannie de l’utilitaire (Tocqueville) à l’hypothétique impératif de la “communication”, des pensées communes ou “consensuelles”.

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