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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS par J. Llapasset

La recherche du bonheur

  • Sénèque : (4 av. J-C à 65 après J-C)
     

    Sénèque: sur La brièveté de la vie - sur La vie heureuse
    Sénèque: De brevitate vitae - De vita beata

Perspectives sur les deux oeuvres de Sénèque au programme

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La liberté n'est invincible qu'autant quelle ne connaît rien de plus précieux qu'elle: il serait donc catastrophique de mettre sur le même plan,au même niveau, la liberté et le plaisir.
Il est donc, en  théorie, impossible d'associer le plaisir et la vertu car cela reviendrait, en mettant sur le même plan la liberté et le plaisir de contaminer la pureté de l'une par la fragilité de l'autre: De la recherche du plaisir, en effet, on ne peut attendre que de l'inquiétude, des alarmes, des soupçons et une extrême dépendance par rapport au hasard de la fortune et des circonstances: incontestablement tout cela accompagne l'avoir dont on attend la satisfaction des besoins et le plaisir qui accompagne cette satisfaction.

Associer la vertu au plaisir reviendrait à fonder la vertu sur des sables mouvants, sur la mobilité du désir, sur  son inconstance qui tient à ce qu'il est attaché au devenir du corps.
Le souverain bien ne peut donc être que dans la vertu qui consiste à exercer sa liberté en obéissant à la divinité comme aux institutions qui en émanent, ce qui revient à supporter ce qui arrive sans se plaindre, à faire toujours contre mauvaise fortune bon coeur.
Il s'agit de suivre Dieu (= le divin) sans se laisser entraîner: obéir à Dieu comme dans un royaume on obéit à son roi, supporter avec patience ce qui n'est pas en notre pouvoir d'éviter.
Comme c'est la vertu qui élève progressivement vers la liberté et le souverain bien, c'est dans la vertu qu'est placé le vrai bonheur, d'où la première phrase du texte. 

(J'ai choisi la traduction de Bréhier dans "La pléiade" car la comparaison avec votre traduction de François Rosso pourra vous éclairer sur le sens du texte latin) .

Le bonheur véritable est donc placé dans la vertu. Que nous conseillera- t-elle? De ne pas prendre pour un bien ou pour un mal ce qui n'est fait ni par vertu ni par méchanceté, puis de rester inébranlable en face du mal et à la suite du bien pour, autant que cela nous est permis, reproduire l'image de Dieu. Que te promet-on en échange de cette entreprise? De grandes choses, et égales à celles que possède la divinité: tu ne subiras pas de contrainte, tu ne manqueras de rien, tu seras libre et en sécurité; nul dommage ne t'atteindra; tu ne tenteras rien en vain et tu ne trouveras point d'obstacle; tout ira à ton gré; rien n'arrivera qui te contrarie, qui soit contre ton opinion et ta volonté. « Quoi donc? La vertu suffit pour vivre heureux? » -Cette vertu parfaite et divine pourquoi ne suffirait-elle pas, pourquoi même ne contiendrait-elle point davantage? Que peut-il manquer en effet à celui qui s'est placé en dehors de tout désir? En quoi a-t-il besoin des choses extérieures celui qui a rassemblé en lui-même tout ce qu'il possède? 

Mais l'homme qui se dirige vers la vertu, même s'il a fait de grands progrès, ne peut pourtant se passer de la complaisance de la fortune, car il est encore dans la lutte au milieu des hommes tant qu'il n'a pas encore dénoué ce nœud et tranché toute chaîne mortelle. En quoi alors diffère-t-il des autres? Ceux-ci sont liés étroitement, serrés, et même enchaînés; celui qui s'est avancé vers les régions supérieures et s'est élevé plus haut traîne une chaîne plus lâche, il n'est point encore libre, pourtant il est déjà tenu pour libre.

Sénèque, De la vie heureuse, XVI. Traduction Bréhier.