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Une
finalité circulaire pour que la recherche du bonheur
soit aussi bonheur éprouvé, comme bercement du bateau entre le
milieu familial et la mer, avant son arrachement et son essor
vers le grand large.
La
recherche du bonheur est un mouvement d'expansion, non
pas un mouvement de fuite en avant pour chercher un de ces
"plaisirs-en-mouvement" qui disparaît dès
qu'on l'a atteint et creuse un peu plus une soif inextinguible ,
à l'infini, mais pour rechercher une joie éprouvée comme
sentiment d'existence, déploiement de l'amour qui suffit au
bonheur.
Dans cette finalité circulaire ponctuée par le retour du même,
Alexis, le conquérant, se meut dans ce qui le berce entre des
promenades nocturnes et diurnes, entre la famille et la nature,
dans des escapades au cours desquelles il quitte ses racines
pour les retrouver non sans avoir rencontré ce qui le sollicite
à des ruptures d'autant plus fabuleuses que l'imagination donne
des ailes à ses rêves, comme dans ces jeux où
l'enfance se plaît à répéter scrupuleusement des protocoles
qui, en encadrant l'exercice de sa liberté, de son désir, le
rassurent.
Comme le bercement d'un bateau encore au port, la recherche du
bonheur recommence sans cesse dans un flux et un reflux au
cours duquel il s'agit "d'arracher tout ce qui existe
au présent et qui s'enfuit et de le dénommer à jamais."
L'Extase matérielle, Folio, Essais, page 194.
C'est
que le maintenant ne fuit que pour faire place à un autre
maintenant, ce qui offre l'occasion de recommencer ces
promenades qui reviennent au point de départ et ces rendez-vous
avec le gouffre et la mer qui ne peuvent être manqués parce
qu'ils sont fixés sur l'ordre du monde. Que le bonheur soit
offert comme possibilité à qui le recherche dans le flux de
ces "maintenant", qu'ils soit offert à la parole et
au chant qui sauvent la nature en lui donnant cet achèvement
auquel elle aspire, en lui permettant d'aboutir à elle même,
cela ne signifie-t-il pas que l'être appelle une reprise pour
exister pleinement et qu'il appartient à l'homme de donner
cette reprise pour exister pleinement? Que cette reprise soit création
et joie de la création, qu'elle illumine la recherche du
bonheur d'une espérance telle que jaillit dans la recherche même
, le bonheur d'exister, comment en douter?
En
sauvant la nature, en donnant l'existence à ce qui aspire à
l'existence, l'homme se sauve en existant pleinement: c'est
ainsi que le bonheur est atteint par et dans la recherche même:
par le don de l'existence, la recherche du bonheur élève
l'homme au rang d'un vivant bienheureux parce que son bonheur ne
dépend que de lui, est au fond de soi, pour ainsi dire. Mais
comment nier que dans la parole et dans le chant d'Alexis
le conquérant passe aussi un accent d'éternité, une
certitude de nous atteindre par le présent de
narration? |