|
La
voie positive (suite). Le
jardin dans l'île: du bonheur dans la finalité circulaire.
Pas
de solitude donc, tout au plus des moments de solitudes choisis
au coeur d'une beauté qu'il regarde et qui ne le laisse jamais
seul.
A la page 99 dans "Le chercheur d'or", le narrateur écrit:
"Ce jardin touffu comme l'Eden", Eden étant
le terme qui désigne le paradis terrestre. Il ne lui manque
rien, lui semble-t-il et s'il monte sur l'arbre du bien et du
mal, ce n'est pas pour en cueillir les fruits.
Ce
qui importe vraiment suffit à son bonheur au point qu'il éprouve
une satisfaction complète à déployer son existence comme désir
et liberté et que, par le miracle de l'enfance, cette
satisfaction complète de la nature et de la liberté dure au
point que le temps lui même semble annulé dans ces premières
pages de récit, voilà pourquoi, pour cet être tout neuf, tout
le récit est au présent.
=>
Comment
serait-il déchiré alors que tout semble s'offrir à lui pour
une contemplation, et d'abord cette nature qu'il épouse par son
corps par ses promenades et la liberté d'une nage et dont son
regard chante déjà l'existence reconnue. Oui, des noces sur
les ailes de l'amitié et par ces mots qu'il recueille
pieusement de la bouche maternelle et qui lui permettent de
commencer à faire exister ce qui n'existe pas pleinement, comme
un jeune Dieu qui, en parlant et en chantant, en créant
imposerait l'existence à la non existence.
Ainsi
Le Clézio nous offre un paradigme pour éclairer la recherche
du bonheur: le génie créateur c'est l'enfance retrouvée et le
présent transfiguré. Ce "quelque chose" qui nous
permet de chercher et de rechercher le bonheur c'est le souvenir
nostalgique d'une enfance heureuse, enfance perdue où le
bonheur se vivait sans être reconnu (=> page 35)
Nous
en retiendrons que le bonheur abordé par la voie positive a des
conditions: l'attention au présent, le corps, le sentiment
comme amour des autres et amour de la vie, la création
provisoirement victorieuse des forces de destruction. Le bonheur
peut-il être vécu autrement que dans le présent, dans la
contemplation / participation, dans l'amour qui est toujours
d'abord amour de la liberté:
liberté qui refuse de s'aliéner, même dans ses propres créations,
qui s'engage donc dans un mouvement de dépassement infini.
Ne
jamais fuir l'infini que l'on porte en soi pour ne jamais faire
le jeu des forces de destruction, reconnaître ce pays où tout
reflète notre liberté et ne jamais perdre le goût du jardin
touffu qui protège sans pour cela gêner l'expansion des
chemins de la liberté. |