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° Rubrique philo-prepas > Les puissances de l'imagination

« Puissances de l'imagination »

(voie d'accès choisie: le pouvoir de l'imaginaire - Perspectives par Joseph Llapasset)

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Malebranche, La recherche de la vérité

(Livre second, troisième partie, chap.IV, page 155)

La force de l'imagination : Question de vivacité (suite)

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=> Rappelons que les esprits animaux n'ont rien à voir avec l'esprit et encore moins avec l'esprit d'examen. Les esprits animaux sont une sorte de vent très subtils constitué par les plus petites parties du sang qui montent continuellement en grande abondance du coeur vers le cerveau pour se rendre de là par les nerfs dans les muscles. De nos jours, on parlerait d'une sorte d'influx nerveux.

On mesure la force de tout ce qui se rattache aux impressions sensibles, et combien l'agréable sera d'autant plus touchant qu'il sera rattaché à des souvenirs d'impressions sensibles. Cela nous le paierons fort cher, car nous serons plongés dans le vraisemblable, dans le chatoiement de l'apparence au point que nous oublierons de nous réveiller pour la recherche de la vérité, et que nous finirons par nous incliner devant l'autorité, ce qui frappe notre imagination. Au lieu de juger en exerçant l'esprit d'examen, nous préjugerons en fonction de ce qui nous a été agréable, en fonction de l'air et des manières, en fonction de ce que l'on nous dit, au point de devenir complètement fou, si le fou est celui qui voit par les yeux des autres. Nous aurons peut-être l'intelligence des êtres sensibles, mais cette intelligence ne peut servir qu'à la survie, elle est de l'ordre de celle des prisonniers de la caverne qui survivent grâce aux consécutions que leur mémoire a emmagasinées.

=> Imaginer revient à former des images des objets: cela consiste en fait à suivre les traces que les esprits animaux ont faites dans le cerveau lors des impressions sensibles. Comme ce sont les objets extérieurs ou ce que l'âme a commandé qui ont déjà produit ces traces, imaginer revient à suivre une ancienne route tracée d'avance, à s'entourer d'une enceinte de préjugés agréables assez semblables à ces ministres agréables qui "isolent leur prince de la réalité" (page 29). On finit par croire que la vérité est fille de l'autorité et non pas d'un devenir, d'une recherche.

Ce qui nous persuadera sera donc ce qui nous plaît, les expressions pleines de vivacité, d'enthousiasme, qui tiennent d'abord à la force de l'imagination de celui qui nous entraîne. La contagion n'a rien à voir avec la conviction fondée sur des raisons et sur des preuves, mais tient tout de l'autorité de celui qui affirme sans raison et qui est telle que nous le dispensons de donner des raisons, parce que nous confondons l'air et les manières avec des raisons de croire; nous dispensons le beau parleur de donner les raisons de ce qu'il affirme. Prodigieux effet de cette contagion puisque nous sommes persuadés sans même savoir les raisons et même, le plus souvent, sans savoir de quoi nous sommes persuadés. L'âme éprouve une passion, est aveuglée, sombre dans l'illusion qui lui devient très chère car elle transforme ses désirs en connaissance et ne demande qu'une attention spontanée, faire attention en jouissant de la vivacité des impressions sensibles, de la facilité du vraisemblable et de la sécurité des habitudes

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