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Il
n'est pas question de nier la force de la passion.
Ce
qui est en question: est-ce la force de la passion ou l'éducation
de celui qui éprouve cette force, au point de s'identifier à
cette force?
Ce
qui doit être pris en considération ce n'est donc pas la force
de la passion mais l'être de la passion: la condition de
possibilité d'une éducation appartient-elle à l'être de la
passion?
Or
la condition de possibilité de toute éducation c'est la liberté
comme possibilité de se choisir et donc aussi de se refuser: en
choisissant, j'écarte et je me choisis autre que ce vers quoi
j'étais entraîné.. Autant dire que celui qui ne sait pas obéir
à la loi qu'il s'est prescrite, obéir à la raison, celui là
ne peut être éduqué. Pour obéir à la raison, ne faut-il pas
l'écouter et la suivre en l'approuvant?
Mais
le propre de la passion c'est de ne pas savoir écouter autre
chose que son impulsion, d'être par essence fermée aux
conseils et aux prescriptions de la raison: c'est que la raison
nie la passion sans avoir la force de la passion.
Dans ces conditions on ne peut attendre, comme effet d'une
discipline imposée qu'un refoulement provisoire suivi bientôt
d'une explosion de sauvagerie, un torrent qui emporte tout en
creusant son lit. La discipline n'obtient jamais que la mauvaise
foi alors que l'obéissance ne nourrit de la bonne foi. L'appel
à la raison ne fait que confirmer la passion dans sa détermination
et la conduit inexorablement à utiliser la raison pour arriver
à ses fins.
C'est
le Sujet seul, l'horizon de tout individu, qui peut être éduqué
au moment où il peut encore écouter et obéir au meilleur de
lui même, avant donc qu'il ne soit soumis à la passion. C'est
au commencement de la passion que le sujet éduqué pourra en
refuser les effets dévastateurs et utiliser sa force, par
exemple dans une sublimation.
La
passion naît indépendamment de la raison et continue sa route
en dépit de la raison comme une force dont la puissance s'accroît
de son seul exercice. Comme il possible de détourner un petit
ruisseau capricieux, ainsi il est possible d'orienter la
passion, d'utiliser sa force. Lorsque le ruisseau est devenu un
fleuve, rien ne l'arrêtera.
Celui
qui veut éduquer la passion arrive toujours trop tard et se
condamne au tragique d'une tâche impossible. |