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Pour
la recherche des idées:
On doit à Aristote dans l'Ethique de Nicomaque une nette détermination
de ce qu'est le juste milieu, ce qui est à égale distance de deux extrêmes,
comme caractère essentiel de la vertu d'être un milieu entre deux excès:
par exemple le courage entre la lâcheté et la témérité.
On
vous demande, armé de
cette détermination, de montrer en quoi elle éclaire le rapport mesure
/ démesure, autrement dit en quoi l'affirmation selon laquelle la
parfaite raison fuit toute extrémité éclaire ce rapport. Puis vous
devez relire deux des oeuvres pour voir en quoi chacune illustre le
rapport et en quoi, éventuellement elle contredit le même rapport. (Je
choisis Dom Juan. Vous n'aurez pas de peine à effectuer le même
travail pour Gorgias ou Gargantua).
La
question: quel
est le rapport entre mesure et démesure? Sont-ils des corrélatifs,
l'un n'allant pas sans l'autre comme le haut et le bas par exemple?
Mesure et démesure sont-ils des opposés? Si ce sont des opposés, dans
la mesure, il ne peut y avoir de démesure et dans la démesure, il ne
peut y avoir de la mesure.
-
Si
la mesure est le juste milieu, il est évident que son concept, étant
à égale distance des extrêmes, est absolument distinct de la démesure
et que voir de la démesure dans la mesure tient à la
sophistique qui veut tout confondre pour justifier n'importe quel
discours: elle a perdu le sens de la vérité. D'ailleurs dans les
textes actuels qui trouvent la mesure excessive, on trouve beaucoup
de questions, beaucoup de suggestions, mais peu s'aventurent dans
une "monstration".
Le rapport entre mesure et démesure pour celui qui est armé du
juste milieu comme caractéristique essentielle de la vertu, ne peut
être qu'un rapport de corrélation et d'opposition.
-
Ce
rapport éclaire-t-il le lecteur des oeuvres du programme. Autrement
dit le retrouvons-nous dans les oeuvres du programme. Le
retrouvons-nous qui distingue les personnages et le retrouvons-nous
en chaque personnage.
a-
D'une part, ce rapport fait bien apparaître la démesure comme corrélative
et opposée à la mesure. La démesure se trouve dans le comportement
amoureux de Dom Juan qui fuit dans la fuite à l'infini, qui nargue le
couvent et la religion, qui revendique l'infidélité comme un honneur,
qui trouve son plaisir à traiter autrui comme un simple moyen, qui fait
l'amour comme il ferait la guerre: qui tel Alexandre refuse la mesure.
La démesure est bien dans l'excès, dans l'extrême, loin de la
parfaite raison qui fuit toute extrémité.
-
Les autres personnages semblent là pour mettre en lumière (un
contraire éclaire l'autre) la démesure par leur mesure (Elvire refuse
de se laisser emporter, éprouve un amour purifié, mesuré par le
transcendant, un amour divin qui ne veut plus que le salut de Dom Juan;
Dom Carlos dans l'acte III, scène IV, page 101 s'écrie: "Montrons
de la modération"; Dom Luis fait preuve de mesure: "La
naissance n'est rien où la vertu n'est pas", page 115 etc...)
b-
La question est maintenant de savoir si le rapport mesure / démesure ne
passe pas à l'intérieur de chaque personnage: si oui, on perd le juste
milieu puisqu'il sera toujours possible de dire qu'il y a une démesure
de la mesure chez Socrate, chez Elvire etc...
- Y a-t-il une mesure chez Dom Juan? (voir Acte III. scène I, page 92
et Acte III. scène II, les trois dernières lignes, page 96).
- Y a-t-il une démesure chez Elvire? A discuter. (Veut-elle sauver les
gens malgré eux?)
- La démesure de Dom Luis? Serait-il trop exigeant envers son fils?
- La démesure de Sganarelle semble évidente: une superstition extrême.
-
A
vous de jouer. Si vous avez répondons OUI au a)
et OUI au b) vous savez en quoi les
rapports entre mesure et démesure sont éclairés par la détermination.
Si vous répondez OUI seulement au a)
le rapport n'est que partiellement "éclairé".
L'intérêt
de votre sujet est très grand: il vous oriente vers un problème et
peut-être un mystère dans lequel nous sommes impliqués comme
existence: si toute mesure humaine peut être démesure, n'est-ce pas
parce qu'elle risque de se prendre au sérieux, de ne pas se mettre en
question et donc de tomber dans l'excès, dans l'extrémité? Les trois
oeuvres du programme sont des dialogues, mais il ne peut y avoir de
dialogue sans un dialogue intérieur dans lequel , s'étant mis en
question, on s'est imposé une mesure de soi, par soi, sur soi qui
permet d'entrer en dialogue avec autrui. Sans cette modération qui est
modestie, l'individu peut se prendre comme la référence ultime, la
mesure de toute chose. En dépit de l'apparence il ne peut y avoir qu'un
monologue. Il faut commencer par rire de soi , ce qui préserve de toute
démesure, mais tout reste à faire...
Attention,
ce n'est pas un corrigé, vous aurez à mieux vous centrer sur le vers
d'Ovide.
Bonne continuation pour votre sujet qui doit vous permettre de relire
les trois oeuvres.
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