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La
césure, la cision du sujet d'avec l'Autre, la coupure
du sujet par l'objet est la condition de toute décision
éthique puisque c'est le style qui définit l'humain
sur fond de "l'insondable décision de l'être
": le parlêtre suppose la traversée paradoxale
des codes au lieu de l'Autre à rebours de la fidélité
exclusive à un faux événement (l'attitude religieuse
radicale). Le simulacre vide le sujet du style de sa
consistance ontologique, être " quelqu'un ",
il prépare l' amour de toutes les servitudes, celles de
nos destins amoureux comme celui de nos engagements
politiques, qui, dans le fond, sont aussi de grandes
histoires d' amour !
L'Autre de la culture, de la religion, des catégories
sociales, sexuelles… La cause de la croyance au Mal
traduit, trahit une confusion logique ; le procès
identitaire n'est pas le processus de l'appartenance,
fusse-t-elle appartenance légitimée à un collectif,
une hiérarchie d'exception, politique, intellectuelle,
scientifique, artistique, religieuse…
Faut-il penser que les nouvelles technologies vont réduire
le Mal, nous faire aller tous, collectivement vers un
moindre Mal ? mais voilà que De nouveaux supports
techniques libère une vitesse de virtualisation, de déterritorialisation
à l'égard des anciens codages : la hiérarchie
institutionnelle, le territoire étatique, la carte
d'identité nationale subissent une réduction
d'influence, de nouvelles évidences naturelles prennent
formes. Une véritable révolution moléculaire à l'échelle
planétaire de nos sociétés ouvre de nouveaux espaces
publics de libre rencontres, de coopération dans
l'invention, le bricolage : la transversalité, le décloisonnement,
la dé-hiérarchisation, la connection de plus en plus
grande de chacun avec chacun, de tous avec tous. Les
meilleurs selon le genre d'être ou le mode d'existence,
d'agir… peuvent désormais se rencontrer dans le
cyberspace selon des seuils de consistance existentiels
étonnants. La forge du lien social est électronique,
à l'image déjà là de nos futures agoras, de nos
forums de discussions, espaces lisses de décisions en
prise virtuelle comme jamais avec les multitudes du
socius. L'Autre du virtuel a toujours existé ne
serait-ce que comme processus fantasmatique inconscient
qui pilote le désir mais voilà qu'il a rencontré son
principe historique de réalisation objectif, technique
et scientifique avec la révolution cybernétique. Pour
le plus jeune anthropologue contemporain des techniques,
Pierre Lévy, le cyberspace devient l'enjeu d'un moindre
Mal possible, l'amplificateur des richesses au sens le
plus large, démocratique générateurs de nouvelles
transparences qui décodent d'anciennes servitudes :
l'assignation à la résidence d'Un territoire, d'UNE
identité, d'UNE fonction. Le pivot de toute économie,
la subjectivation réelle des individus, leur force
inventive réelle reste encore invisible, non
quantifiable en tous cas, pour la plupart de nos
contemporains, tant les multitudes ont toujours été le
trou noir, l'ignorance grise de toute philosophie
politique réelle : l'intelligence collective. Il s'agit
de faire passer à la dé-cision l'intelligence
collective puisque l'intelligence fut longtemps
l'attribut monadique du sujet privé et isolé de nos
mythologies. Internet par exemple n'est pas la
privatisation mondiale de l'ego sauf évidemment dans sa
dimension du culte consumériste mais la conquête d'un
nouvel espace déterritorialisé de subjectivation et
d'invention démocratique.
Le discours philosophique, celui de la religion, de la
science, les pratiques esthétiques, le savoir
analytique lui-même à l'interstice des sciences
humaines ne constituent-ils pas, après les pratiques
religieuses et esthétiques, des blocs irréductibles
d'intelligences collectives ? De toute part, émergent
des logiques de compétition, de rivalités, de "
prétendants " comme le dit Deleuze rappelant ainsi
le lien étroit entre philosophie et démocratie, ou
encore des logiques d'association, de coopérativité, héritières
rebelles du mouvement ouvrier. La dé-cision du Mal
suppose la mise en acte de l'axiome de Marx : nous
sortons à peine de la préhistoire. Sortir de la
multitude des malheurs : des couloirs de la mort de
l'Afrique aux USA, ceux de faim, de la maladie, de
l'injustice révoltante n'est pas un fantasme éternitaire
de Paradis perdu. Ce n'est pas le capitalisme, l'échange
monétaire qui, en soi, est au principe du cauchemar de
la misère. Le secret de la richesse, de ce Marx nomme
la " vie riche " n'est pas le capital
financier mais l'intelligence collective qui frappe
d'obsolescence toute forme traditionnelle de
transcendance dans l'ordre des pouvoirs et
l'ordonnancement des territoires. La logique du discours
subvertit la logique des lieux tout en produisant de
nouvelles conditions pour X sujet à la " présence
réelle " berceau fertile pour tout sujet d'un
singulier universel concret.
Notes:
C'est Gibson, auteur déjà classique de science
fiction, qui dans le Neuromancien utilise ce terme pour
la première fois remarque de Pierre Lévy dans son
introduction à l'anthropologie du Cyberspace.
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