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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS par J. Llapasset

LE MAL par Jean Louis Blaquier

Dé-cisions du Mal : philosopher, psychanalyser

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  • 6 Incisions, circoncision, cisions et dé-cisions : condition de la castration. (suite)

- Cisions.

Ainsi la compréhension anthropologique de la version juive, somatique et de la version chrétienne de la Loi et du Désir définissent la cision, la coupure indispensable aux conditions de toute décision éthique sur la nature illusoire ou pas du Mal. Revenons aux Grecs, autre hiatus de notre futur antérieur démocratique. Ces frabricateurs de prodiges, de faux semblants et de simulacres que sont les sophistes - ou " voleurs de jouissance " pour Lacan entretiennent avec la vérité une relation perverse en ce que le désir de vérité, la véracité est réduite au seul nom de l'intérêt. Judas est la figure initiale du Mal comme trahison. La marginalité croissante des Juifs dans l'espace chrétien industriel aboutit à Auschwitz, à la mise en cendre, à l' effacement du Nom soit à la forme ultime du Mal comme Désastre : croire que la puissance d'une vérité est totale . Le champ amoureux n'est évidemment pas protégé d'une telle catastrophe mise en évidence par l' oxymore durassien, hélas banal mais peu prononcé sinon parfois dans les cabinets des analystes : Hiroshima, mon amour ! Hiroshima, dans l'histoire contemporaine marque le seuil d'alerte de la remontée barbare sous la mince strate " mortelle " de notre civilisation et marque le point de départ qu'un chrétien presque hérétique a formulé bien avant la world philosophie que Pierre Lévy met en perspective : "Nothing in the universes can resist the converging ardour of a great enough number of united and organized intelligences." (Teilhard de Chardin)

Ni le Mal, ni le Bien n'existent comme substance, mais, par contre, un méchant est un méchant, et la nécessité des lois, du Droit viendra rendre possible un légitime mécanisme d'accusation qui ne soit ni de ressentiment, ni de vengeance mais de Justice. Le " droit à la miséricorde " à l'hospitalité est au cœur sensible de l'héritage des montages juridico-politiques de l'Occident chrétien qui, aujourd'hui, 50 ans après la légalisation nazie du meurtre de masse contre les juifs d'Europe centrale, commence à peine à penser l'impossible du trait d'union, la cision, la scission de ce que Nietzsche trop rapidement dénonce comme le judéo-christianisme. La lutte à mort entre chrétiens et Juifs, frères ennemis, ne trouve pas sa cause dans le conflit des rituels ; baptême contre circoncision mais dans le réel à quoi les mythes font réponses ou objections.

St Jean dans l'Évangile pose une question cruciale pour toute question préliminaire au traitement clinique des psychoses : le Verbe peut-il se faire chair ? L'égalité comme droit, comme devise politique est l'inscription juridique de la fraternité que le christianisme énonce sur un mode inconditionnel au-delà de toute trace qui ne soit que somatique. La clinique de la psychose témoigne du fait que chaque religion exhibe et dissimule un point psychotique : la crucifixion chrétienne, par exemple, est un des noms du secret possible de l'impossible travail du fantasme dans la psychose : le Verbe ne parvient pas à se faire chair. Ou encore, incapacité de penser toute dualité jusqu'à sa secrète unité.


Notes:
J. Lacan Ecrits, Paris, Seuil, 1966. . "La causalité psychique " et Séminaire sur les Psychoses