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LA PAIX  Niveau Classes prépas. par J. Llapasset

 

KANT, Vers la paix perpétuelle:  

Morale, Droit, politique.   (fin de l'appendice I)

(Éditions GF Flammarion, n°573, pages 73 et 75). Toutes nos références renvoient à cette édition. traduction J-François Poirier et Françoise Proust.

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I- Sur le premier alinéa: d'où vient le conflit?
 

De "Il n'y a donc objectivement (en théorie) aucun conflit entre la morale et la politique. Par contre, subjectivement ... ce conflit subsiste.
Jusqu'à "Il faut que tout politique plie le genou devant le droit. mais elle peut en revanche espérer, même si c'est long parvenir à un niveau où son éclat brillera de manière durable."

Les prépas trouveront le texte dans Garnier Flammarion n°573, texte que nous ne pouvons reproduire pour respecter les droits des traducteurs J-F Poirier et F. Proust.
Nous proposons une explication de ce texte très difficile. Il a été donné à l'agrégation de philosophie. 
Nous avons distingué trois parties dans ce texte:
-le premier alinéa; 
-puis jusqu'à "-Il faut tenir le droit des hommes pour sacré": Kant donne la parole à ses adversaires; 
-enfin, la pensée de Kant dans les neuf dernières lignes.

= Présentation: Kant, comme ses contemporains donne un sens limitatif au politique. Il envisage la politique comme l'art de gouverner: c'est l'apanage des princes (regent). Cette politique doit se soumettre aux lois qui sont elle mêmes soumises à la morale.
Pourtant l'histoire témoigne du contraire: si le droit change avec les régimes c'est qu'il dépend de la politique et non de la morale. Le philosophe proteste contre cet état de fait et contre les doctrines qui tentent de le justifier. Dans ce passage, Kant critique les tentations empiristes et entreprend de définir la véritable nature de ce conflit millénaire entre la morale, le droit et la politique. Il affirme la souveraineté absolue de la loi, morale et, ce faisant, la validité de sa propre doctrine.

I- Sur le premier alinéa: d'où vient le conflit?

A - Le conflit n'a pas de bases objectives car il n'est pas fondé théoriquement. Est objectif ce qui est valable pour tous les esprits, "objectivement" signifie en ce qui concerne les principes pratiques qui permettent d'éprouver les comportements, qui doivent être rationnels, universels.
Se rapporter à La Critique de la Raison pratique: les principes pratiques sont subjectifs quand ce qu'ils stipulent n'énoncent des maximes que valables pour le sujet dans sa seule volonté. Ils sont pratiques quand cette stipulation est reconnue comme objective c'est à dire valable pour la volonté de tout être rationnel. Du point de vue d'un système, "objectivement", il n'y a pas de conflit entre la morale et la politique. Pour Kant, l'objectivité résultant de l'accord des esprits entre eux, il y a donc une possibilité d'accord de tous les êtres rationnels.
Cette thèse se rattache à sa doctrine morale. La morale consiste dans le respect de la loi morale universelle par sa forme: le commandement n'assigne pas un but à l'action humaine: agit selon la maxime qui peut en même temps s'ériger en loi universelle. Par exemple, le vol n'est pas universalisable. Mais l'accomplissement, l'effectuation n'est pas impliquée dans l'idée du devoir. pour Kant le résultat de l'action n'est pas ce qui est important: le devoir doit commander sans condition. L'accomplissement ne se rattache au devoir que par un jugement synthétique a priori. Il ne peut pas y avoir conflit entre morale et politique parce que le conflit que l'on constate n'a pas comme source une source théorique.

B - Le conflit se développe subjectivement car les hommes ne se servent pas des maximes objectives mais de maximes non universelles, valables pour le sujet dans sa seule volonté.
Il y a un contresens à éviter: cela ne signifie pas l'opposition du théorique et du pratique mais de l'objectif et du subjectif. Ce qui n'a pas de valeur en pratique n'a pas de valeur en théorie. Si la morale ne s'accorde pas avec la politique réaliste c'est parce que son objectivité théorique rencontre un obstacle: le pathologique.

Le devoir, prescription rationnelle émanée du théorique objectif, est une obligation parce qu'il rencontre un obstacle, parce qu'il y a une résistance (penser à la belle âme qui accomplit le bien sans avoir à le vouloir: le devoir est vécu au contraire comme effort). 
"Regarder au fond des yeux": il s'agit d'affronter le mal intérieur: le problème politique est un problème de domination morale de l'individu: tout dépend de la domination de la raison sur la sensibilité. Ici les adversaires de Kant sont tous les utilitaristes, Hobbes, Machiavel. Il y a chez Kant un dualisme complet: un principe mauvais dans l'homme et le devoir. Chez Kant, on doit surveiller ce principe mauvais. Cela présuppose qu'il nous apparaisse toujours et que le devoir soit toujours clair. Ce que nous avons à faire, nous le savons toujours dit le début de La critique de la raison pure. (Voir l'opposition de Hegel selon qui, il y a une complexité de l'âme humaine et le roman de Marivaux: La vie de Marianne. C'est le roman d'une existence: au début le personnage est conscience de soi même, volonté d'être libre, reconnue comme quelqu'un: elle entre dans l'existence et se manifeste comme une belle âme, ne fait jamais triompher son égoïsme. Pourtant dans son existence elle est la réfutation de la belle âme et se noie dans la satisfaction d'avoir été généreuse. (Hegel remarque que même Jésus a pu être satisfait de ce qu'il avait fait et qu'on ne peut pas fonder une morale sur l'intention).
Kant maintient son point de vue: ce qui est important c'est de lutter contre la malice: la volonté peut obéir à l'impératif catégorique; mais le principe mauvais qui est en nous ne se laisse pas faire, ment, il est traître, il raisonne, il présente ses arguments. Les inclinations ont une activité interne, elles se savent argumentées et les empiristes recueillent ces arguments comme "faiblesse de la nature humaine."

Kant exige tout. L'homme d'État ne pourra jamais se justifier avec des arguments fondés sur l'existence des inclinations, des penchants égoïstes présents dans tous les hommes; La politique n'est qu'une discipline humaine qui n'intervient qu'à cause de l'existence des inclinations subjectives.

C - Le mouvement de Kant. Il pose des limites mais dans le domaine des limites, la connaissance est parfaite. il procède a priori. pour Kant le conflit entre la morale et la politique est à l'intérieur du sujet humain. Si le sujet conscient est volontaire, n'agit pas toujours selon la raison, c'est qu'il relève de deux natures. Pour Kant la raison qui se trouve en chaque homme est la même chez tous les hommes: en conséquence, si tous les hommes agissent par devoir, il n'y aura pas de conflit entre eux.
Kant n'a peut-être pas vu qu'une accumulation quantitative peut se renverser dans une différence qualitative et que le mieux est l'ennemi du bien. 
"Ratiocinants" = allusion aux cyniques et aux moralistes despotiques qui justifient le despotisme: Callicles, Hobbes, Machiavel.

- II- Sur le deuxieme alinea: grande difficulté du texte
- III- La pensee de Kant