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A
la paix perpétuelle
On peut laisser en suspens la question de savoir si
cette inscription satirique sur l'enseigne de
l'aubergiste hollandais où était peint un cimetière
vaut pour les hommes en général, ou pour les chefs
d'État en particulier qui ne parviennent jamais à
se lasser de la guerre, ou bien seulement pour les
philosophes qui s'abandonnent à ce doux rêve.
Cependant voilà ce que l'auteur de la présente
esquisse stipule: comme le politique pratique considère
de haut le politique théorique et le regarde, plein
de suffisance, comme un pédant dont les idées
creuses ne sauraient mettre en danger l'État dont
les principes devraient provenir de l'expérience;
comme on peut toujours abattre tout d'un coup ses
onze quilles sans que l'homme d'État, en fin
connaisseur du monde, ne s'en préoccupe, en cas de
conflit avec le politique théorique, l'homme d'État
devra se conduire d'une manière conséquente et ne
flairer sous des opinions risquées au hasard et
manifestées publiquement aucun danger pour l'État;
- par cette clausula salvatoria, l'auteur veut se
savoir expressément garanti, et ce dans les
meilleures formes, contre toute interprétation
malveillante.
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= Objectif
de Kant: utiliser l'esprit pour se mettre à l'abri de
la censure! que l'homme d'État ne voit dans son écrit aucun
danger pour l'État; que toute interprétation malveillante
soit exclue à l'avance.
= La
stratégie:
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Laisser
en suspens la question qui pourrait offenser le politique:
à qui s'adresse la satyre de l'enseigne? A qui fait-elle
la leçon? Au passage, la réponse est suggérée
("qui ne parviennent jamais à se lasser de la
guerre").
-
Il
d'enfermer l'homme d'État dans un raisonnement déductif
dont la conclusion serait: il faut
ignorer les opinions de Kant ou au moins ne pas les juger
dangereuse. Dans un raisonnement, la conclusion est déduite
d'un point de départ. Sa pertinence est suspendue à la
pertinence du point de départ. Il faut donc, au moins,
que ce point de départ soit indiscutable pour celui à
qui est adressé le raisonnement, ici le politique
pratique. L'habileté de Kant tient à ce que, non sans
une certaine ironie, il prend pour point de départ un
discours même tenu par le politique pratique qui sera
donc le dernier à vouloir mettre en question ce qu'il répète
si souvent.
Si la théorie, bien loin de la réalité, ne s'intéresse
que ce qui doit être, si les bons principes viennent au
contraire de ce qui est, de l'expérience, le politique
pratique doit étendre ce désintérêt pour le théorique
aux écrits théoriques de Kant qui ne peuvent donc être
dangereux, l'atteindre si l'on préfère.
Cela n'a pas plus d'importance pour l'homme d'État qu'un
bon coup aventureux mais réussi au jeu de quilles, par
hasard.
En conséquence, l'homme d'État ne doit pas se préoccuper
d'une pensée, d'un usage de la raison, qui s'aventure au
hasard de l'invention à la poursuite d'une idée et qui,
d'ailleurs ne s'en cache pas puisqu'elle se manifeste
publiquement, ce qui la distingue définitivement du mal
qui se cache toujours.
Ainsi, Kant trouve sa meilleure garantie dans ce que le
politique pratique, grand lecteur de machiavel, présente
comme une connaissance assurée.
= Mouvement
du texte: on peut distinguer trois moments:
-
"Laisser
en repos": à qui s'adresse la satyre qui veut
signifier que la paix ne peut accompagner l'existence?
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"Stipuler":
= faire savoir par contrat, spécifier avec précisions,
avertir par une annotation explicite qui doit sauver
l'auteur et le texte.
Bien suivre le raisonnement hypothético-déductif: comme
le politique pratique considère de haut le politique théorique
... ... l'homme d'État devra se conduire d'une manière
conséquente ... ... aucun danger pour l'État.
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Conclusion:
"garanti" signifie protégé définitivement.
= Intérêt
du texte: comme la paix n'est pas un concept, Kant se
confie à la Raison et va faire oeuvre de raison. Il ne s'agit
pas d'un effort de connaissance par concept, mais d'une
tentative, d'une aventure: risquer des opinions, exercer
l'essence de la pensée qui est liberté.
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Kant
tourne en ridicule son adversaire, empiriste qui croit
qu'on peut tirer des lois de l'expérience: il le prend à
son propre jeu et l'enferme dans un piège.
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Ce texte
présente un exemple de ce que peut être penser par soi même
avec les autres. obtenir l'accord de son ennemi
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