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LA PAIX  Niveau Classes prépas. par J. Llapasset

 

KANT, Vers la paix perpétuelle:  

Plan de l'oeuvre et orientation de notre étude

(Éditions GF Flammarion, n°573, pages 73 et 75). Toutes nos références renvoient à cette édition. traduction J-François Poirier et Françoise Proust.

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Le Projet de paix perpétuelle se présente sous la forme d'un traité de paix: un traité , au double sens du terme, un pacte et un exposé didactique: des articles déclaratifs que doit comporter un véritable traité de paix qui ne soit pas une simple et provisoire suspension de la guerre , mais aussi un exposé didactique, un traité sur la paix qui établisse la validité et la cohérence des articles.
D'où la structure de l'œuvre: I- Neuf articles ; II - Leur fondement. Voilà qui éclaire le plan de l'œuvre.

I- Le traité de paix

Première section: six articles préliminaires d'où l'on pourra déduire les divers moyens de renoncer effectivement à la guerre.

Deuxième section: trois articles définitifs qui permettront de rendre nécessaire en droit l'institution de la paix.

II - Le traité sur la paix

Deux annexes: 
la collaboration de la nature à la paix. 
La nécessité de faire appel à la philosophie.

Deux appendices: 
-Conciliation possible entre la politique et le droit: soumission de la politique à l'impératif universel et absolu posé par la raison pratique., pur principe du droit..
-La publicité comme réalisation de l'universalité.

La première partie distingue le provisoire, les conditions de possibilité de la paix et le définitif, une fois la paix comme cessation de la guerre établie, rendre impossible la reprise de la guerre: c'est l'intention qui compte, la sincérité de la résolution.
La deuxième partie établit la validité et la vérité des articles, en garantissant la rationalité du discours: c'est une oeuvre de fondement dans laquelle Kant s'appuie sur toute son oeuvre antérieure comme si toute cette oeuvre et en particulier le criticisme était orientée vers la paix.

Voilà pourquoi il semble de bonne stratégie de commencer l'étude par les deux annexes (ou suppléments) et les deux appendices puisqu'ils donnent le sens et la justification des articles de la première partie.
Se faisant, on reconnaît à l'auteur le souci de rigueur et de vérité qui anime son propos: son projet revient donc à établir que la paix n'est pas un idéal de l'imagination (il faut prendre les premières lignes de l'œuvre comme une boutade) mais une fin posée par la raison et  du même coup rendue possible par la raison qui, en exigeant absolument de chacun, demande pour passer du possible au réel une histoire autre que l'histoire naturelle, une histoire que seul l'homme, être raisonnable sensiblement affecté, inséré dans la nature et dans le monde intelligible, peut et doit réaliser. Si la nature confie l'homme à la raison, si son mouvement vers la paix n'est qu'une esquisse, c'est que, pour que la paix soit pleinement humaine et n'exclut pas la liberté, il faut que la politique soit autre chose qu'une réplique de la nature, du désir, autre chose qu'une technique, l'habileté à utiliser des déterminismes naturels. Il s'agit d'une paix qui concilie le désir (la nature) et l'exigence de la raison: la liberté. 

Pour concilier l'histoire et le droit il faut que la politique soit une prudence qui rende hommage au droit. A ce prix et à ce compte seulement, la paix devient possible. La paix comme réconciliation de la nature et de la liberté par la politique: un politique ayant le sens moral et non un moraliste inféodé à la politique, condition de possibilité de l'établissement de la paix.
L'idée d'un tel politique et d'une telle politique renvoie au droit qui est critère: instrument de reconnaissance, qui permet juger en dernière instance, de valoriser, de légitimer la politique: la liberté est ce qui donne un sens à la politique et l'oriente vers la paix.
Kant lecteur de Rousseau: il n'y a pas de liberté sans loi, la liberté suit le sort des lois.

Le problème de la paix: trouver un chemin qui ne perde jamais de vue la liberté ( le droit) ...et le problème trouvera alors sa parfaite résolution.

Rien d'étonnant à ce que nous commencions notre étude par l'appendice I- qui donne les conditions d'une conciliation entre la pratique politique et les purs principes du droit, universels et catégoriques