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Rappelons
que nous vous proposons des pistes: vous avez à
choisir, à reprendre tel ou tel aspect, en pensant par vous même,
sous le regard de tous, en vous détournant de l'opinion
particulière pour vous tourner vers une pensée universelle que
vous aurez produite. L'opinion est de l'ordre du contingent, du
devenir, la pensée est de l'ordre du nécessaire, ou du moins
de l'universel qu'elle vise.
Qu'appelle-t-on
l'ordre du monde?
Le
monde désigne dans cette expression un ensemble de
termes: les États et les nations.
L'ordre c'est une relation intelligible entre
tous ces termes:
intelligible: que l'intelligence comprend: ne
signifie pas raisonnable et encore moins juste. Ce peut être la
conséquence d'un traité qui a partagé le monde, d'une suite de
conquête, d'un équilibre de la terreur, d'un modus vivendi
accepté...
Pour que la relation soit intelligible il faut et il suffit
qu'elle ait une rigueur, une rationalité, une logique (indépendante
du point de vue de la justice ou de la légitimité).
L'ordre
du monde.
Vous pourriez peut être chercher dans indications du côté de
Descartes: mieux
vaut changer ses désirs que l'ordre du monde et la
seconde partie des principes de la philosophie du même auteur.
Vous pourriez lui opposer des
textes de Bachelard, en particulier dans Le nouvel esprit
scientifique. Si c'est l'expérience qui instruit la raison, que
signifie par rapport à votre sujet cet étonnement renversement
de la pensée contemporaine.
Quel est l'origine de l'ordre: serait que désordre serait
premier?
Voir
sur ce site: ordre et désordre: L'ordre
de la nature - Spinoza. L'homme introduit il le désordre dans la
nature ?
1-
Le triomphe de l'ordre. C'est le fondement de la théorie
scientifique au XIX è siècle. La loi comme rapport exprimé mathématiquement
(fonction algébrique) permet de prévoir: la prévision s'appuie
sur le
déterminisme
qui n'est que la conception d'un ordre qui règne dans la nature
par des lois.
Laplace imagine une sorte d'intelligence absolue qui pourrait
comprendre dans la même formule "les mouvements des plus
grand corps de l'univers et ceux du plus léger atome; rien ne
serait incertain... et l'avenir, comme le passé, serait présent
à ses yeux". Laplace.
Le deuxième fondement de l'ordre c'est: rien ne se perd, rien ne
se crée, tout se transforme. Il suppose l'existence d'une matière
qui se conserve: elle est composée d'éléments et la
transformation ne porte que sur les relations sur ces éléments.
"De Kepler à Newton et Laplace, il est établi que
l'innombrable peuple des étoiles obéit à une inexorable mécanique.
La pesanteur des corps, le mouvement des marées, la rotation de
la lune autour de la terre la rotation de la terre autour du
soleil, tous phénomènes terrestres et célestes obéissent à la
même loi." E. Morin, La méthode I., La nature de la
nature, pages 33 et 34, Seuil.
2-L'apparition du désordre.
lorsqu'un désordre apparaît (par exemple, un astre errant que
l'on ne peut rattacher à aucune loi), la réaction est de la réduire
à l'ordre en invoquant par exemple l'ignorance de la règle qui
pourrait le comprendre (Leibniz affirme que lorsqu'une règle est
fort composée ce qui lui paraît conforme semble ne lui
être pas réductible).
Seule la mise en question des deux fondements de l'ordre permettra
au XX è siècle de faire apparaître le désordre.
Vous avez à montrer comment le désordre s'introduit avec la mise
en question du déterminisme et de la matière. voir les relations
d'incertitudes de Heisenberg qui place au coeur de la réalité
une indétermination.
Dès lors le désordre apparaît partout:
- vous
documenter sur Hubble (1930)
"L'ordonnancement grandiose du grand ballet stellaire s'est
transformé en sauve-qui-peut général" E. Morin, La méthode
I., La nature de la nature, page 39, 40.
Cela signifie-t-il que l'univers est un chaos dans lequel apparaîtrait
quelques îlots très isolés d'ordre.
Demandez-vous si cette idée incroyable que ce soit le désordre
qui soit à l'origine du cosmos qui paraît si ordonné!
"Ce qui est chaos, c'est la désintégration
organisatrice." Morin Ibidem, page58.
Que le déterminisme mécaniste soit remplacé par des lois
statistiques ne signifie-t-il pas que la thèse de Laplace doive
être abandonnée?
Que la matière soit de l'énergie et des "Quarks"
inaccessibles ne signifie-t-il pas la disparition de l'ordre au
niveau de l'infiniment petit?
-En biologie vous pouvez suivre un mouvement
semblable à partir de Cuvier qui par le concept d'organisation
inscrit dans le vivant un ordre jusqu'à l'ouvrage de Jacques
Monod, Le hasard et la nécessité, qui reconnaît à la racine de
l'ordre le hasard. L'homme serait le fruit d'une suite d'erreurs
de réplications
qui auraient été conservées par la nécessité (la
transmission de l'erreur).
-Sciences économiques:
Une
science de l'incertain est-elle encore une science?
-Certains
vont jusqu'à affirmer que la raison flotte sur un océan de déraison
que l'homo sapiens, raisonnable émerge d'un fond de démence à
laquelle il est essentiellement lié, ce que E. Morin (page 127,
ibidem)
exprime dans une formule lapidaire: "L'homme est
fou-sage".
Une objection: toute observation est construite par la culture de
l'observateur.
L'histoire est science et de la philosophie montre que chaque fois
qu'il a été inventé un paradigme éclairant, on a tenté de
l'appliquer, de l'étendre à la totalité. Cela a été le cas du
principe d'inertie, en particulier avec Spinoza, La tendance de l'être
à persévérer dans l'être.
C'est peut-être l'extension de ce paradigme à l'homme qui pose
problème. Que l'individu resté au stade de l'opinion, des images
et des représentations de sa
conscience spontanée soit prisonnier de la caverne et transforme
ses désirs en connaissance, déchaîne sa violence c'est une évidence
que les grecs eux-mêmes avait
très bien signalée en parlant d'Ubris. Mais l'individu peut-il
être considéré comme autre chose que comme une possibilité de
devenir s'il le souhaite un sujet en s'élevant à la conscience réfléchie
qui lui permet d'être l'auteur de ses représentations et à la
conscience morale qui lui permet d'être acteur de ses actions
dans une liberté partagée. Dire que
l'homme est sage-fou n'est-ce pas confondre
l'individu et le sujet? L'homme. En
cosmologie
Dans
ces conditions, l'argument ne porte pas. Lire
Alain Renaut, L'individu.
Vous y trouverez
l'excellence formule que je cite de mémoire, Le sujet est
l'horizon de l'individu
Descartes, Le discours de la méthode ou le triomphe de l'ordre
rationnel puisque la morale elle-même devra un jour être absorbée
par la perfection de la science.
Pour le rapport entre
l'ordre et le désordre, voir la formule d'Héraclite: "Vivre
de mort, mourir de vie." Cité par E. Morin ' La méthode I.,
La nature de la nature, pages 297 et 298.
DERNIER POINT DE RÉFLEXION:
On utilise Gaston Bachelard pour relativiser la raison classique
et on en tire argument pour montrer que la raison procède elle
aussi du désordre. Quand Bachelard affirme que le rationalisme
est touché par
la relativité, il en souligne la valeur: en effet, que serait une
raison figée sinon une raison morte. Que la raison soit instruite
par l'expérience cela ne
signifie
pas qu'elle perd son caractère de révéler un ordre mais
simplement qu'elle possède ce caractère à la perfection
puisqu'elle ne se fige jamais dans une certitude qui serait signe
de pensée morte: cette adaptation et cette diversité, cette vie
du rationalisme que souligne Bachelard loin d'être un désordre
relève d'un ordre supérieur qui est celui du changement, de la
vie.
On en n'a donc pas fini avec l'ordre et le rationalisme. Si la
science est une suite d'erreurs rectifiées, cela ne signifie-t-il
pas le triomphe perpétuel de l'ordre.
= Voir:
La
science instruit-elle la raison?
La
certitude est-elle un signe de pensée morte?
Bonne
continuation |