° Rubrique philo-prepas > La croyance

La croyance prise à la lettre 
Par Jean Louis Blaquier, enseignant en philosophie, Doctorant en psychanalyse. 

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La troisième révolution monothéiste

Si le christianisme réalise une théorie géniale du nouage entre le Verbe et le Corps, entre l’Esprit et le Matière, entre l’ordre symbolique et l’ordre du Réel, l’Islam déterritorialise à  Jérusalem (Genèse 22) les deux monothéismes, juif, celui de la Loi, de la Parole (la statue de la à New York, icône mentale juive fondatrice?), latin, celui du Père et du Fils (la Déclaration Universelle de l’Egalité, autre icône mentale de la Res Publica, de la révolution laïque française?) La troisième révolution monothéiste devient le rhizome et le pic de la Transcendance par la mise en perspective symbolique de l’archive la plus fondamentale de ce qui reste du meurtre du Père, du sacrifice abrahamique lequel est double (Isaac et Ismaël) soit  le « lien social » métaphore d’un double universel croisé, théologique et laïque, la Fraternité.

Est-ce encore une fois la mémoire hyper sublimée du meurtre primitif qui fait des  frères assassins du Père réel, les frères fondateurs de toute communauté spirituelle et politique, sociale à venir. A la fin de sa vie, Michel Foucault pensa que révolution iranienne était un exemple d’un « prendre la politique à revers ». Comme si la question du Pouvoir, de la Justice, de l’Etat, du laïque comme tel, n’était autre que la cicatrice du totem, le nom innommable de l’objet tabou que draine et subverti le discours de la religion dé/centré autour de la célébration de l’Un.

Hume conseillait d’interroger les hommes de foi non du point de vue de leur raison mais seulement à partir de l’objet qui définissait leur croyance. Il est remarquable que c’est bien entre Occident et Orient, vers l’immanence paradoxalement la plus laïque du religieux, que se rassemblent, selon la devise ultime du principe de la République, et de la Démocratie, le dernier trait d’identification symbolique du troisième monothéisme qui, de la Mecque à Jérusalem et, au-delà de tout philosémitisme, proclame sur le mode universel du Logos : « nous sommes tous frères »!

A cet égard, il est caractéristique que ce motif philosophique central nommé par Averroès, « éthique de la connaissance », sera refoulé par ceux là même qui vont enfermer le troisième monothéisme dans le piège classique de la fureur légaliste : la loi contre la foi. Les dramatiques avatars de l’enlassement du sujet avec l’Autre, l’oubli politique et esthétique de ce que Nietzsche nomme les « explosifs internes » (Apollon/Dionsyos ou Eros/Thanatos) fabriquent la terreur aussi bien à l’échelle des rebelles qu’à celle des censeurs fous de l’amour. Les dérives tragiques du christianisme en Occident outre la haine antisémite initiale ouvre aux ravages de l’Autre légaliste dont le caractère universel doit nous faire réfléchir à la façon dont la question du sacré et du sacrifice peuvent aisément dériver vers des sacrifices absurdes. Déjà Samson, premières « bombes inhumaines » contre les philistins, circonscrit l’appellation romaine de « Palestiniens ». L’Inquisition, les Croisades, les bûchers, puis les ghettos juifs, les fours crématoires géants, l’archipel du Goulag, Hiroshima, véritable contre potlatch de l’ère de l’atomisation physique et sociale, les massacres génocidaires (Khmers rouges, Rwanda, Tibet….) autant d’exemple que le réel de l’histoire rencontre le délire. Les faits biopolitiques de la haine de l’Autre ne cessent d’interroger le fait suivant : l’amour primitif, sauvage de la censure reste mêlé à l’amour littéral de la lettre, littoral échoué de la trace de l’Autre qui, d’être mangé, fabrique la violence nécessaire, éradique l’exception du singulier, brûle la liberté, écrase le rythme, le désir comme processualité inventive. A contrario, G. Haddad dans sa remarquable étude -« Manger le livre »- repère les ressorts symboligène de ce cannibalisme initial au nom duquel toute croyance, à l’instar des perceptions vitales, affrontent l’objet d’amour (le totem) en même temps que l’interdit (tabou) selon la modalité d’une essentielle absence celle de l’objet a, cause toujours rebelle d’un désir in assignable. Dans cette perspective contemporaine, le dit « retour du religieux » nous rappelle un impossible freudien : que la philosophie devienne populaire faute d’être la grande affaire des multitudes.

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la célébration de l’Un, de Dieu contre toute figure du Tiers...

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