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PHILOSOPHIE

Le personnalisme. Par Vincent Triest


Replacer la personne au centre des institutions (suite)

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Lorsqu'elle est concentrée exclusivement en un point de l'édifice social, lorsqu'elle devient un monopole, lorsque le " don qui donne à donner " n'est pas pratiqué (reçu) à la base, la solidarité s'étiole et le tissu social se délite. Le déficit de solidarité n'est donc pas propre au modèle de " l'État minimaliste ". Il apparaît aussi fortement dans celui de " l'État constructiviste ". 

Chaque fois que la solidarité est confisquée par l'État, elle s'étouffe. On l'a constaté dans les pays de l'Europe centrale et orientale qui ont connu des régimes autoritaires de type " constructiviste ". Le principe de subsidiarité protège donc l'État conçu comme prolongement des personnes des tendances centralisatrices propres aux grandes organisations. Il le prévient de tout finalisme auto-justificateur. En parfaite cohérence avec le paradigme personnaliste, le principe de subsidiarité met constamment l'État sur la sellette afin de le prémunir des logiques de dépersonnalisation propices aux dérives bureaucratiques.

Le principe de subsidiarité ainsi restauré dans sa vraie signification ne s'inscrit ni dans la logique de " l'État minimaliste " ni dans celle de " l'État constructiviste ". Dans le premier modèle, la solidarité tend à être marginalisée. Le subsidiaire s'y confond avec le résiduaire car la priorité est accordée à l'échange marchand. 

La justice commutative, focalisée sur le donnant-donnant, est de règle. Le don apparaît sans logique et forme l'exception. Quant aux sociétés organisées selon le modèle étatique " constructiviste ", elles inscrivent certes la solidarité dans leurs constitutions et leurs décrets, mais elles l'organisent de manière si froide et fonctionnelle qu'elles l'asphyxient. Finalement, ces deux modèles n'ont engendré que des sociétés tristes.

Le double principe qui consiste à " replacer l'État au centre de la société et à replacer la personne au centre de l'État " ne se conçoit qu'à la lumière d'un principe de subsidiarité réajusté selon la philosophie de la " relationalité ". Cette philosophie conforte aussi la légitimité du secteur associatif. 

Les associations contribuent de concert avec l'Etat à l'humanisation de la société. Mieux, elle constituent les maillons indispensables d'une grande chaîne de la solidarité. " L'État personnaliste" devrait du reste pouvoir être lui-même reconnu comme un de ces maillons, revêtant la forme d'une " association à but de libération " dont les finalités seraient finalement proches de celles d'une a.s.b.l., mais qui en différerait par la taille et les pouvoirs. 

Symétriquement, les associations devraient être reconnues comme des acteurs politiques dans la mesure où elles s'inscrivent dans une démarche de citoyenneté. Cette convergence sur le plan des finalités devrait conduire les acteurs de l'univers non-marchand à dépasser les clivages entre le " public " et le " privé". Le temps est venu de nouer des relations obéissant à un esprit de partenariat plutôt qu'à la logique stérile de la concurrence et de l'affrontement.

Vers la Page 8 L’ordonnée d’un autre regard jeté sur l’homme  

(Textes rédigé à partir d'un article publié dans les Cahiers pour demain n°52 - Bruxelles, décembre 1999, avec l'aimable autorisation de la rédaction.)

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