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PHILOSOPHIE

Le personnalisme. Par Vincent Triest


L'adversaire n'est pas le marché mais l'individualisme marchand (suite)

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Aujourd'hui cependant, la crise que connaît l'État permet et même exige d'en reconsidérer les fondements les plus essentiels.

C'est une authentique "refondation" de l'État qui se profile dans la perspective ouverte par le personnalisme. Il ne s'agit pas d'un simple ravalement de son édifice qui laisserait intact le socle commun aux modèles minimaliste ou constructiviste. Du reste, si la crise que connaît l'État est tellement profonde, c'est parce que ce socle lié au paradigme individualiste est mis en question.

L'impératif catégorique de la "rationalité" s'applique aussi bien dans les relations courtes et directes que nous nouons avec notre entourage, que dans les relations longues que nous établissons généralement de manière indirecte par le canal d'institutions.

Ces relations longues concernent les " prochains lointains ". Les institutions constituent un canal indispensable pour mettre en œuvre l'ouverture vers l'universalité. On voit cependant immédiatement le changement de perspective qui se dessine tant par rapport au modèle minimaliste que par rapport au modèle constructiviste de l'État. Du point de vue personnaliste, les institutions sont considérées comme le prolongement de l'action des personnes. Elles retrouvent ainsi une place centrale dans la société. 

Les institutions apparaissent comme des instruments dont les personnes se dotent pour poursuivre leur humanisation en creusant toujours plus loin et plus profond le sillon de la " relationalité ". L'État apparaît comme le vecteur des personnes dans ce qu'elles ont de meilleur, plutôt que comme le tuteur ou le recteur agissant de l'extérieur sur des individus isolés dans leur insularité. Marc SANGNIER, fondateur du " Sillon " et précurseur de la démocratie chrétienne, disait de l'État " qu'il est la promesse de liberté pour tous et l'union de tous pour assurer à ceux dont on a la charge directe, et à tous les moins favorisés, une condition de dignité ".

Certes, les hommes sont imparfaits. Il sera toujours nécessaire d'assurer des fonctions de sûreté afin de défendre la société contre les comportements asociaux. Ce sont des fonctions défensives, quoique la prévention y revête une importance cruciale. Mais pour tout ce qui concerne les fonctions de mise en œuvre de la solidarité active, comme la sécurité sociale, le changement d'optique qu'introduit la vision personnaliste se montre radical. 

On ne considère pas que l'organisation collective de la solidarité soit une concession consentie pour assurer un ordre social fragilisé par l'individualisme, comme dans le modèle minimaliste, ni le moyen de corriger par la force les imperfections de la nature humaine, comme dans le modèle constructiviste. A l'opposé de ces visions négatives, on voit qu'à travers l'organisation collective de la solidarité, organisation qui se veut consciente, réfléchie, délibérée et consentie, - tout le contraire du " mécanicisme " du marché et de ses effets de composition - s'exprime ce qu'il y a de meilleur en l'homme à savoir la réponse à l'appel de la " relationalité " qui fait son humanité.

Dans la conception idéologique qui a été ainsi esquissée, l'État ne surplombe plus la société, il ne lui est plus étranger. Il est replacé en son centre. " L'État, écrit Jean-François REY, n'est pas le Léviathan décrit par HOBBES. Il ne procède pas d'une guerre de tous contre tous. C'est réaffirmé ici : l'État a lui-même un visage et des amis. " 

 

Vers la Page 6 Replacer la personne au centre des institutions

(Textes rédigé à partir d'un article publié dans les Cahiers pour demain n°52 - Bruxelles, décembre 1999, avec l'aimable autorisation de la rédaction.)

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