Pour penser l'histoire Marx en édifie une
représentation rationnelle, un objet mental auquel il doit
assigner une intelligibilité intrinsèque: cela revient à
"trouver" ou si on préfère à inventer un principe
explicatif historique donateur d'un sens: ce principe historique
explicatif c'est la lutte des classes.
Lutte: désigne un
antagonisme essentiellement économique, provoqué par la propriété
privée des moyens de production et d'échange pour les uns, ce
qui distingue une classe dominante qui opprime et une classe
dominée qui est opprimée.
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La lutte des classes instaure une bipolarisation, un mode
binaire structurant aussi bien la vie économique que la vie
politique. La lutte des classes se comprend pour peu que l'on
considère les intérêts divergents des classes sociales: celle
qui domine a intérêt à faire travailler beaucoup l'ouvrier,
en le payant le moins possible. Celui qui est dominé a intérêt
à travailler moins en étant mieux payé: la raison de la lutte
des classes est donc économique, l'exploitation par laquelle
,par exemple, la bourgeoisie reçoit plus de travail vivant
qu'elle n'en paye.
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Ce "gratuit" fourni par l'ouvrier est ce qui figure
l'exploitation.
Classe: désigne un
regroupement de ceux qui tiennent une place similaire dans un
processus de production. Patron, ouvrier, au sein des forces de
production dont la société humaine dispose pour produire.
Comment soutenir que la lutte des classes est
le principe au fondement du sens de l'histoire, ce qui permet de
penser l'histoire comme devenir explicable et intelligible? Il
suffit de considérer que tout phénomène historique exprime
la lutte des classes et émane d'elle: ces grands mouvements de
confluence dont nous parle Chateaubriand sont le choc entre des
classes sociale, chaque fois qu'émerge une nouvelle domination,
un nouvel ordre.
Par exemple la bourgeoisie émerge et remplace l'ancien régime
féodal qui, n'étant plus soutenu par l'infrastructure, s'écroule.
La lutte des classes est donc pour Marx le
principe historique incontournable: en le prenant en considération
le devenir historique devient intelligible comme une
"guerre interrompue", au point que l'histoire est
l'histoire de la lutte des classes. Dans les période de crises,
la lutte des classes s'exacerbe lorsque les rapports de
production sur lesquels pèse la tradition font obstacle au développement
d'un nouvel ordre qui apparaît.
Ainsi les hommes croient faire l'histoire
mais ils ne font que l'histoire déterminée par le devenir
historique, et rendue possible par lui.
La lutte des classes n'est donc que
l'expression des contradictions entre des classes sociales: elle
est à l'origine d'une progression née du mouvement des sociétés
matérielles. En produisant ce qui lui permet d'exister, l'homme
se produit lui même au point qu'il serait vain de chercher dans
sa conscience autre chose: par exemple une conscience qui déterminerait
ce que les hommes deviennent.
C'est bien plutôt ce qu'ils font qui détermine
ce qu'ils sont.