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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS par J. Llapasset

Penser l'histoire

Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe.
  • De l'histoire originale à l'histoire réfléchie
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On distinguera d'abord la mémoire et l'histoire. Dans ses Mémoires, Chateaubriand contribue à faire  l'histoire dans laquelle il était engagé en pensant son engagement, son insertion dans le hasard et la nécessité d'événements qu'il n'a pas voulus.

Par la mémoire il produit une oeuvre de représentations sensibles à partir d'une suite d'expériences sensibles. Sa mémoire lui présente des souvenirs d'une suite d'expériences uniques qui lui permettent de raconter en fonction de ses souvenirs une histoire originale, celle d'un vivant.
Au contraire l'histoire réfléchissante s'accomplit par l'élaboration d'une représentation rationnelle en rupture avec la mémoire. 

Il s'agit moins de se souvenir que de relier par la magie du verbe ce qui a eu lieu et ce qui s'enchaîne.

En elles-mêmes les Mémoires ne sont pas un effort pour penser l'histoire mais pour la raconter, même si une pensée de l'histoire à partir d'elles surgit au fil des mémoires. L'effort pour penser l'histoire se trouvera plus particulièrement dans les dernières pages de l'oeuvre car l'oiseau de Minerve ne prend son vol qu'à la tombée de la nuit dans l'espoir d'une aurore d'éternité.

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Pour penser l'histoire il faudrait pouvoir édifier un objet mental ayant une intelligibilité intrinsèque: un ordre qui lui appartient essentiellement. Il faut cette distance, cette solution de continuité entre les témoins, les acteurs et ceux qui refont l'histoire en lui donnant un sens. Parce que la rationalité vise l'universel objectif, l'effort ne saurait se nourrir de la particularité subjective des souvenirs d'une histoire originale d'un acteur ou d'un témoin. Penser l'histoire, ce n'est pas se souvenir, mais juger de ce dont on se souvient: élaguer, choisir ce dont on a décidé de l'importance: mettre en évidence certains événements, leur assigner une place dans un enchaînements, expliquer leur enchaînement pour souligner une cohérence entre eux et une fin, la fin de l'histoire.

On pourra donc prendre soin de distinguer ce qui, dans le magnifique texte de Chateaubriand relève de l'oeuvre de mémoire, de la représentation sensible où excelle la littérature, et ce qui relève de l'histoire réfléchissante découvrant ou inventant l'intelligibilité intrinsèque d'un devenir passé.

Or pour Chateaubriand (comme pour Hegel) la suite des événements, leur succession dans le devenir historique, ne permet pas de cerner une intelligibilité: un spectacle désolant, une vallée de larmes, défient l'ordre. Ce n'est donc pas dans le devenir lui même que l'auteur cherchera l'intelligibilité, mais par l'invention d'une autre terme extérieur qui donne un sens au devenir.

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