° Rubrique: http://www.philagora.net/medecine/

- MÉDECINE - par Joseph Llapasset

(Sciences Humaines et Sociales - S H S)

La psychologie médicale 

http://www.philagora.net/medecine/psychologie.php

La maladie iatrogène

Site Philagora, tous droits réservés ©

__________________

En grec iatros signifie médecin, gène signifie qui a pour origine: la maladie iatrogène c'est la maladie provoquée par le médecin!
Quelle mésaventure: rendre malade celui qui vient pour être guéri!

Qu'une telle expression paraisse immédiatement insensée ne signifie pas qu'elle soit le pur fruit de l'imagination. Tous les "actes manqués" paraissent insensé et pourtant il est possible d'en retrouver le sens: il est insensé que le Président d'un tribunal annonce: la séance est levée, au lieu la séance est ouverte. Mais ... s'il appréhende particulièrement la séance qui va débuter, alors on peut retrouver le sens de ce qu'il dit.
Reste que le paradoxe est éclatant, d'une maladie provoquée par un médecin. On comprend que le médecin échoue dans sa tâche mais on ne comprend pas comment il pourrait en arriver à ce degré d'aberration, d'éloignement de la réalité: inventer une maladie, faire croire à sa réalité, lui dont tout l'effort conscient porte sur la découverte d'une maladie. Comment peut on glisser de l'effort pour découvrir ce qui existe à l'invention et à la croyance ferme à l'existence de ce qui n'existe pas?

Pour ne pas succomber à une réaction d'indignation et d'incompréhension devant l'expression "la maladie iatrogène", notre tâche devra être la mise en évidence du processus d'invention de la maladie iatrogène et de ses conditions: ces dernières conditions se révèleront tenir à une complicité du malade et du médecin.

La double contrainte rend "fou" et le malade fait bien peser une double contrainte sur le médecin.
- D'un côté, en lui adressant par la parole un pseudo symptôme qui en réalité n'est qu'un signe, il recherche une compréhension non de sa maladie mais de sa souffrance d'être raisonnable sensiblement affecté, déchiré. Mais une partie du sens de sa recherche échappe au consultant lui même et son confort exige de ne pas recevoir la vérité en pleine figure au détour de la consultation.
- D'où le second côté, contradictoire du premier: le patient exige la découverte d'un dérèglement organique qui fera de lui ce "malade" reconnu comme malade par la société qui délègue le médecin comme un juge. Il faut bien voir que celui qui consulte craint toujours d'être jugé comme un malade imaginaire ou comme un malade "mental", ce qui représente pour lui le pire.

De l'autre côté, le médecin, pour échapper à cette double contrainte tragique parce que impossible à satisfaire complètement, est tenté de choisir la seconde contrainte: découvrir un dérèglement organique qui deviendra un objet pour lui et pour le malade. La tâche semble d'autant plus aisée que la technique paraît offrir les moyens de repérage du dérèglement par la multiplicité d'examens de plus en plus fins qu'elle rend possible et d'autant plus que la possibilité qu'un tout petit rien ait échappé justifie la multiplicité des examens. Le supposé "malade" se laisse conduire d'autant plus que sa première contrainte était en grande partie inconsciente et que la seconde, au contraire, lui apparaît très clairement. Il dira: le docteur a trouvé ce que j'avais: c'est répertorié, bien connu, une action est possible, je suis sauvé, me voilà tranquille. 

Pour le médecin qui n'avait pas compris le sens de la recherche du malade, qui n'a plus devant lui que la recherche classique d'une mesure à faire varier par un médicament adéquat, la tentation est grande de transformer l'écart d'une mesure avec la "normale" en maladie, ce qui revient à "rendre malade" le patient, celui qui supporte.
Comment? Certes pas par un diagnostic formulé clairement, avec précision, un engagement qu'il est bien incapable de prendre mais par des expressions de sa figure, une préoccupation marquée, un sous entendu... "Cette mesure ne me plaît pas du tout..." "Je ne dis pas cela, mais nous allons surveiller cela de près, revenez..." (Il est probable que le patient de plus en plus préoccupé, sentira les effets de cette préoccupation). Et voilà l'individu, toujours surveillé par la société qui lui veut du bien, qui ressort malade du cabinet médical.
Bien entendu le symptôme peut très bien être un signe adressé au médecin. La rage de le considérer comme symptôme permet, grâce aux techniques (médicaments) de le réduire, de le mettre au pas. "Nous y sommes arrivés! Nous avons 2 au lieu de 2,50!"

Voilà notre individu,qui traîne le boulet de son symptôme, transformé en habitué du cabinet médical et comme la sagesse populaire dit que plus on voit le médecin, plus on est malade ....

Ainsi, un engrenage rationnel mais fou, sans frein, peu raisonnable et à côté de la réalité du signe s'installe avec pour conséquence la surconsommation médicale et l'aliénation de l'individu à la peur: c'est la conséquence de la maladie iatrogène.

Le tout est bien entendu largement encouragé par des groupes de pression économiques autrement puissants que ces voix isolées qui crient dans un quasi désert:
- Qu'à une formation dans les premières années des études médicales doit correspondre une formation de la future clientèle, de tous ceux qui seront appelés à rencontrer ces étudiants lorsqu'ils seront devenus médecins. A quoi sert de former humainement un médecin à une rencontre, si sa future clientèle n'est pas formée à la rencontre? Voilà pourquoi l'enseignement universitaire dans les premières années de médecine doit impérativement être dans la continuité d'un enseignement scolaire mieux adapté au dialogue , tout au moins en ce qui concerne les professeurs et les élèves de terminales. Pas simplement le professeur de philosophie, mais le professeur de biologie, d'histoire etc. Échapper au "tout écrit":si le "tout écrit" permet l'émergence d'une élite , il prépare des bataillons de solitaires. La barbarie suit de près l'abandon de la maïeutique et de l'exercice au dialogue.

Ce n'est pas à une révolution que nous sommes appelés, mais à une transformation, intelligente parce que mieux informée ce qui aurait des conséquences non seulement dans la pratique médicale, mais encore dans la pratique sociale où le dialogue semble bien avoir disparu. Il s'agit de libérer la parole,et pour cela  la vision d'autrui de toutes les projections qui font que nous vivons entourés de masques, à côté de l'essentiel parce que l'oppression d'un refoulement devenu automatique offusque la recherche de la vérité dans un dialogue où les idées se formeraient plutôt qu'elles ne s'échangeraient.
Un Monde où il n'y aurait plus besoin de se présenter comme malade pour souffler, être écouté, être soigné d'un mal être qui ne peut être soigné. Où la rencontre ne serait pas synonyme de capture.

 

Joseph Llapasset ©

Vers 

La fonction enseignante apostolique (page1)

VERS Index http://www.philagora.net/medecine/psychologie.php

° Rubrique: http://www.philagora.net/medecine/

 

2010 ©Philagora tous droits réservés Publicité Recherche d'emploi
Contact Francophonie Revue Pôle Internationnal
Pourquoi ce site? A la découverte des langues régionales J'aime l'art
Hébergement matériel: Serveur Express