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- MÉDECINE - par Joseph Llapasset

(Sciences Humaines et Sociales - S H S)

La psychologie médicale 

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La maladie refuge

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Refuge désigne un lieu où l'on se retire pour échapper à un danger, à une situation jugée inextricable parce qu'on arrive plus à l'assumer par une conduite intelligente et bien ajustée.

Qu'elle est la fin de tout être humain?
Vivre heureux, jouir dans un monde à sa mesure, dans un monde qui le reflète, "au pays qui te ressemble" dit Baudelaire, avec l'être aimé, dans un anti-monde excluant tout ce qui le fait souffrir dans son monde: un anti-monde de fidélité, de luxe, d'immortalité, où tout lui serait occasion de se repérer, où tout le rassurerait, un monde à son image.

L'économie et la rationalisation galopante qui en découle, les techniques et la solitude qu'elles installent, le zapping généralisé qui fait éclater les familles, la mondialisation, tout cela bouleverse le monde qui est de moins en moins à la mesure de l'individu. Celui qui  se sent incapable de s'assumer et de construire un monde qui lui convienne cherche désespérément autour de lui des modèles qui vivraient une vie heureuse pour les imiter. Mais ce qu'il rencontre ce n'est pas l'être des autres mais leur paraître glorieux, alors que lui connaît bien son manque d'être, sa propre misère. D'ailleurs, comment pourrait-il suivre le chemin de telle ou telle célébrité ou de tel ou tel chevalier d'industrie? Ces modèles ne peuvent que le désespérer parce qu'il ne peut être que soi et que par le modèle il cherche à échapper à soi.

Dans un monde dé-mesuré, dans le monde du travail où il est harcelé par la compétition, par l'envie, par des imbéciles qui croient qu'en abaissant autrui ils s'élèveront, en proie à la malveillance, la médisance quand ce n'est pas la calomnie, un sentiment d'impuissance, d'incapacité, l'étreint, étreint son existence même. Que va-t-il faire?

S'ouvre alors la porte d'un refuge: la maladie, comme une halte pour échapper au désespoir et à la tentation du suicide. Le suicide serait une porte de sortie définitive, dans la maladie refuge, on peut entrer et en sortir.
La maladie - refuge lui permet en effet de "souffler", d'échapper un temps à l'emprise du monde, au groupe social et à son quadrillage infernal, aux échecs quotidiens, à la solitude et aux masques de l'entourage.

La rencontre médicale n'est plus qu'un prétexte pour poser ce qui semble au malade être les vraies questions et quêter quelques réponses: comment m'y prendre pour imiter les gens heureux tout en restant moi même? Comme m'y prendre pour échapper au soi qui habite mon corps et qui voudrait prendre l'habit d'un autre soi?

La maladie c'est alors cette pause qui évite le pire, qui évite de prendre un chemin sans retour. La difficulté tient à ce que le malade n'a, dans un premier temps du moins, pas conscience de qu'il recherche, du sens de sa recherche. Il se croit malade et déclare, comme à la douane, quelques symptômes dans le brouillard, alors qu'il porte en réalité des signes. Tous les médecins ont senti sourdre ce désespoir dans la demande maladroite d'un arrêt maladie, dans la demande d'une halte, d'un alibi, de la reconnaissance d'une incapacité qui sera justifiée aux yeux de la société parce que rédigée par un homme de science et d'art.

Le malentendu serait donc de prendre pour symptôme clinique ce qui en réalité n'est que signe, de ne pas chercher à le comprendre, à en retrouver le sens (orientation et signification).
La bonne question: quel est le sens de la recherche du patient?
Comment amener le patient à comprendre lui même ses propres réactions et à en tenir compte? Pour renoncer à sa recherche de l'impossible, pour échapper au désespoir induit par une recherche de reconnaissance vaine.

Mais l'on ne peut donner que ce que l'on a. Comment faire accepter si on ne l'accepte pas soi même, la fragilité de son être et l'imminence de la mort? Voilà le médecin pleinement engagé dans sa recherche, au risque d'être dérangé par la vérité qui sourd dans le dialogue? Comment soigner un malade sans prendre conscience de l'origine de sa souffrance, qui tient à son incapacité à obtenir la jouissance à laquelle son être aspire? De son incapacité à prendre en compte pour le dépasser la folie de son exigence: le "salut" est dans le dépassement de l'impossible espoir, dans le passage à l'espérance qui se nourrit du possible dans l'ici et le maintenant, ces repères fondamentaux qu'il s'agit de retrouver pour aller mieux.

Joseph Llapasset ©

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