° Rubrique: http://www.philagora.net/medecine/

- MÉDECINE - par Joseph Llapasset

(Sciences Humaines et Sociales - S H S)

La psychologie médicale 

http://www.philagora.net/medecine/psychologie.php

Présentation; son intérêt dans la pratique médicale

Site Philagora, tous droits réservés ©

__________________

Psychologie au sens d'un effort de compréhension intuitive - de sa propre personnalité, de celle d'autrui et des situations dans lesquelles je et l'autre se rencontrent au cours de ce que l'on appelle la pratique médicale exercée par le corps médical.

Cet effort de compréhension intuitive a bien entendu pour objectif de repérer les conditions d'une rencontre malade - médecin qui permette d'éviter les malentendus.
De quels malentendus peut-il s'agir?
Dans tous les cas, il s'agit de divergences d'interprétation entre personnes qui croient se comprendre alors qu'elles rencontrent l'autre à travers une image issue d'un désir de l'enfance, ce que Freud détermine si bien comme le désir de sécurité, de protection et d'immortalité.

L'objectif de cette psychologie médicale est donc de dégager les conditions d'une rencontre de l'autre dans sa réalité en amenant chacun à éviter le malentendu engendré principalement par une interprétation de l'autre, interprétation a priori, indépendante de la réalité en présence de laquelle elle se trouve: 
- En fait, le "malade" interprèterait  le médecin comme ce père qui dans son enfance était sensé lui porter la sécurité, le protéger, en le rassurant, du mal être de la souffrance, de la peur de la mort, en l'arrachant ainsi au désespoir cette maladie mortelle d'autant plus terrible, selon Kierkegaard, que l'on n'en meurt pas.
Un tel malentendu ne peut être levé que si le malade devient un sujet et appréhende sa folie de demander à un autre homme, à une existence, de le guérir de l'existence: en prenant conscience de cette folie il peut alors distinguer le possible et l'impossible et rectifier lui même l'irrationalité de sa demande et la remplacer par une demande plus rationnelle, plus raisonnable, parce qu'elle porte sur le possible: dans le meilleur des cas, s'il suit ce mouvement, le malade a grandi car il a découvert que le médecin n'était pas ce père qu'il désirait, qui aurait pu le faire échapper à l'incroyable fragilité de son être ou à la mort, mais un semblable dont la reconnaissance lui importe moins  car on ne peut donner ce qu'on ne possède pas.

De même le médecin, dans un premier moment, armé de tout ce qu'on lui a appris ou qu'il a  ingurgité, se rassure en concevant le patient comme absolument hétérogène à lui même: le malade n'est-il pas, en puissance, l'objet susceptible d'être pesé, mesuré, "radioscopié", ouvert par un scalpel, examiné ... Là encore le malentendu naît d'une interprétation, une sorte de précompréhension prédéterminante aveuglante.

- Reste que la rencontre médecin / malade n'est jamais neutre et que, un dialogue peut toujours s'instaurer malgré les précautions du praticien, malgré sa cuirasse: or dès qu'un dialogue s'instaure cela implique deux personnes qui cherchent ce qu'ils ne savent pas. D'un mot, d'une expression, d'une allusion à une expérience commune peut toujours jaillir un éclairage sur le patient mais aussi sur le médecin lui même. Le malentendu "saute" alors et l'hétérogénéité rassurante  médecin - malade s'écroule: non seulement le médecin découvre qu'il dialogue avec son semblable sur fond d'une condition humaine commune mais du dialogue la vérité peut très bien refluer sur lui! Si l'humilité n'est pas son fort, il prendra cela en pleine figure, le maître étant renvoyé à sa condition et à sa déréliction.

La rencontre médecin - malade peut-on donc être un instrument de vérité vers "ces secrets que je crains de savoir" et que je préfère projeter sur un interlocuteur. Apparaîtra la folie du malade, la folie de sa demande mais aussi celle du médecin qui le transforme en objet, et qui se croit protégé par les écrans et les examens qui n'en finissent pas ...

C'est dire que toute psychologie médicale sera aussi, dans son mouvement même, psychanalyse. Sa pénétration dans la formation , paradoxalement, sera d'autant plus difficile que les médecins confondront la médecine avec une science. Il est donc tout à fait souhaitable qu'une telle psychologie médicale soit optionnelle, puisque, elle ne peut procéder que par la maïeutique du "c'est toi qui le diras", et que cette parole exige un engagement personnel et libre comme conditions de possibilité.

La psychologie médicale a donc pour ambitions d'amener à reconnaître le sens de la maladie, le sens de la pratique médicale, pour, par le dépassement des malentendus, permettre une rencontre au cours de ce qu'on appelle une consultation, le tout sur fond de cette condition humaine partagée dont l'ambiance est toujours tragique. 
Alors le médecin découvrira qu'il est impliqué dans sa recherche, que sa recherche l'amène à mieux se reconnaître lui même, au risque de se changer: alors il sera capable de cerner un problème et de proposer une solution qu'il n'a pu trouver que parce que, en parlant à son semblable il se parle aussi bien à lui même, ce qui lui permet de le comprendre en se comprenant. Tous les deux sont accrochés aux tuiles d'un toit qui glisse sans cesse, tous deux s'effrayant de l'incroyable fragilité de leur être, cherchent d'abord à se rassurer contre l'imminence de la mort. A cette imminence, aucun n'a de remède, et ce n'est que lorsque l'impossible espoir sera abandonné, qu'une espérance portant sur le possible sera établie.

Joseph Llapasset ©

La maladie organique, iconoclaste, refuge

° Rubrique: http://www.philagora.net/medecine/

 

2010 ©Philagora tous droits réservés Publicité Recherche d'emploi
Contact Francophonie Revue Pôle Internationnal
Pourquoi ce site? A la découverte des langues régionales J'aime l'art
Hébergement matériel: Serveur Express