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BAUDELAIRE

Quelques perspectives sur Spleen

Dialogue entre Oui-oui et Hibou (page1 et page2)

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Oui-oui: Spleen! Baudelaire emploie un terme anglais.

Hibou: Le traducteur d'Edgar Poe qui fait encore autorité sait qu'il n'y a pas de traduction possible pour "Spleen": c'est à la fois ce que nous appelons obsession, angoisse, désespoir et même dégoût devant la condition humaine: passion tragique pour ainsi dire.

Oui-oui: Et ça commence par le ciel!

Hibou: Cette occlusion du ciel interdit l'expansion et donc l'idéal, tu as bien vu. La nature enferme l'homme au pays qui lui ressemble parce qu'elle le reflète: elle lui renvoie et lui rappelle cruellement l'image de la corruption originelle de son âme. Tout ce qui permettrait l'évasion est fermé: le ciel n'est plus qu'un couvercle, l'horizon, qui devrait reculer sans cesse, devient un cercle infernal dont on ne peut sortir. Sa personnification (Il verse) accentue l'angoisse (on est loin des regards familiers de Correspondances). L'oxymore Un jour noir fait éclater la relation inquiétante entre la lumière et l'obscurité, le jour effectivement plus sombre que la nuit étoilée.

Oui-oui: Continuons la lecture: après le ciel, la terre. Plus qu'une prison éclairée par une fenêtre, un cachot obscur et humide car le soleil ne le visite pas, tout y pourrit matériellement et moralement.

Hibou: Autre personnification, toujours marquée par une majuscule: l'Espérance qui devrait illuminer le présent, qui voit dans le présent des signes comme autant de raisons d'espérer, se transforme en animal infâme (chauve-souris) qui se cogne aux murs et à des plafonds en voie de décomposition. Toute cette impuissance marque le tragique de la condition humaine enfermée dans des limites infranchissables.

Oui-oui: La nature est donc une prison. L'analogie entre la pluie et les barreaux le souligne.

Hibou: Même les cloches, qui devraient régulièrement, à l'Angélus, rappeler l'homme à la prière, à l'élévation, en jetant fidèlement leur cri religieux, semblent renier leur vocation, suivre Satan: comme des diables, elles sautent sur place au lieu de s'élancer vers le monde de l'esprit; elles blasphèment et c'est d'autant plus horrible qu'elles gardent quelque chose de l'esprit et de la lumière qui les a fondées, un peu comme Lucifer ce porteur de lumière.

Oui-oui: Mais tout cela reflète l'âme du poète, ses sensations et ses sentiments.

Hibou: Oui, le couvercle du ciel reflète le gémissement, expression vocale de la douleur et de l'espérance morale: l'horreur vient de ce que c'est l'esprit qui gémit; lui qui vit d'expansion renonce au meilleur de lui même.

Oui-oui: Pourquoi?

Hibou: Parce qu'il s'ennuie! Voilà encore le mal du temps que rien ne remplit: comprends que si l'esprit s'ennuie c'est que rien ne peut le combler ici-bas. Tout devient alors amer. Et cet ennui n'est qu'une forme de tristesse devant la monotonie d'un temps, Ennemi qui mange pourtant la vie.

Oui-oui: Peut-on dire que l'espérance est morte? complètement morte?

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