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PHILOSOPHIE - CLASSES PREPAS par J. Llapasset

 

L ' ACTION

Esquisses vers des problématiques

  • - L'État et l'action du politique

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= Rappelons que, selon Machiavel, l'action politique, pour réussir exige que l'on tienne compte des conditions dans lesquelles s'exerce l'action et en particulier de la morale et des mœurs. Il s'agit simplement, non pas de les suivre, mais de ne pas les heurter de front. Il suffit de paraître vertueux, d'avoir l'air de l'être. Jusque dans le vice il convient de rendre hommage à la vertu.
Au fondement de l'État se trouve le Prince comme une source, et sans lui l'homme ne serait qu'une bête. SI c'est bien le Prince qui crée la situation morale, s'il en est à l'origine, comment peut-on penser qu'il devrait se soumettre à ce qui lui est relatif, à ce qui découle de lui. Le Prince par la prise de l'État se constitue en absolu. Dans ces conditions il lui suffit de proclamer son accord avec les moraliste, c'est à dire son accord avec ce qui, dépendant de lui, a le devoir de le servir. La raison pour lui n'est donc qu'un moyen rhétorique, en aucun cas une fin.
L'action ne réussira que si on fait son compte d'après les faits, d'où l'importance d'une bonne information de l'État par la police et l'administration si c'est un État autocratique ou par les députés pour l'État constitutionnel.

= L'État naît d'une insuffisance, l'incapacité de la société civile à se réguler elle même. Ni la famille, ni la cité, déchirées entre l'efficacité et le sens, passionnées pour ainsi dire, ne peuvent effectuer cette régulation. L'État, par contre, ne laisse pas agir la société vers la pure et simple efficacité et d'autre part ne laisse pas s'installer l'intégrisme qui serait ruineux pour la liberté des individus. Le sens de l'action d'un État, sa signification et son orientation, c'est le maintien, la coexistence de la communauté historique et de la lutte contre la pénurie. A l'État, et à l'État seul, il appartient  de décider, de choisir, de vouloir universellement. 

L'action de l'État, parce que il ne se constitue pas en absolu, vise donc à rendre le bonheur possible, sans pour cela le déterminer, lui donner un contenu particulier. Parce qu'il interdit de définir universellement le bonheur, il devient le garant de la liberté. Ce faisant , il fait place à la particularité des individus, à leurs protestations, à leur volonté de choisir les fins de l'action et d'ajuster à ces fins des moyens.
Alors même quand il effectue le choix de la raison c'est l'individu qui se détermine librement.

C'est dire que le rôle de l'État est essentiellement régulateur, si l'on préfère, c'est un arbitre. La caractère de l'État moderne c'est qu'il connaît son rôle et le comprend: maintenir la communauté dans son être, le sens, sans pour cela tourner le dos à la rationalité. Poser comme fin de son action la synthèse effectivement réalisée entre modernité rationnelle et le sens.

Par ailleurs, comme l'a très bien vu Machiavel, l'action n'étant possible que si elle est bien ajustée aux faits, la condition de l'action entreprise par l'État c'est avant tout une bonne information, ce qui permet d'ajuster le pays légal et le pays réel. Cet ajustement permet d'éviter les révolutions.

Le problème posé par toute action politique sera donc: comment s'informer et trouver des représentants qui représentent ceux qui les ont choisis.
Dans tous les cas l'État exerce le pouvoir, en choisissant, en décidant. On est loin de la pensée commune qui n'est qu'une opinion et qui voudrait nous persuader que la politique n'est qu'une chambre d'enregistrement de décisions qui ne lui appartiennent plus, comme si le sens devait plier le genou devant l'efficacité d'une mondialisation. A partir du moment où le politique se réapproprie son pouvoir et l'exerce pleinement, en choisissant, en décidant, on peut penser qu'une politique qui échoue n'a pas d'excuses: à l'exercice de la liberté est attachée la responsabilité.

Mais une politique intelligente et bien informée peut-elle échouer?

Joseph Llapasset

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