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Le secret de Jean Guitton


Né en 1901, Jean Guitton est mort en 1999.

Voyageur dans notre siècle, il est passé par l’École Normale (1920) à la suite de Bergson, Jaurès, Durkheim, pour animer la Sorbonne (1955) et habiter l’Académie Française (1961). Au passage, il est choisi par Jean XXIII comme observateur du Concile Vatican II. Il n’a connu ni l’ostracisme envieux des coteries ni le silence mou des médias. Étonnant !

Il est mort, et son secret nous devient encore plus mystérieux: comment peut-on être successivement l’interlocuteur privilégié de Bergson, Heidegger, de bien d’autres… et, de François Mitterrand? Était-ce un "Philinte", un de ces "conciliants" prêt à ne s’indigner de rien?

Il faut chercher le mystère de Jean Guitton dans la source de la petite Thérèse qu’il convie à ses obsèques: Jean de La Croix.

Jean Guitton a compris que la foi se nourrissait de doutes: alors comment juger ce visage que je rencontre autrement que comme le visage de l’absolu qui se dérobe dans un silence ou dans l’éblouissement du hibou qui regarde le soleil? 

Comment ne pas visiter le malade, le prisonnier de ses propres chaînes? Comment ne pas laisser autrui s’approcher de la vive flamme qui brûle en soi et qui ne peut que réchauffer celui qui s’avance avec son escorte dérisoire (la garde du Louvre ne défend point le puissant de la mort)?

Quoi d’étonnant qu’il ait cherché toute sa vie à distinguer le temporel de l’éternel sans pour cela les dissocier, dans une méditation, toujours recommencée et approfondie, sur le temps, dans cette parole vivante qui vient de nous quitter, dans une parole qui apporte toujours plus que ce qui est attendu, par un écart qui est mystère et grâce.

 

Joseph Llapasset

 

 

 

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