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PHILO DANS LE GRENIER  

MICHEL LHERITIER

HISTOIRE  ET  SOCIOLOGIE

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Est-ce seulement en tant que sciences sociales que l'histoire et la sociologie méritent d'être confrontées l'une à l'autre. Mais il ne nous semble pas que cette conception puisse se suffire absolument. Pour nous, c'est d'un point de vue encore plus général que ce rapprochement s'impose. Tout en l'esquissant, nous verrons justement que l'histoire et même la sociologie ne sont pas seulement des sciences sociales, du moins au sens étroit du mot.

I

La sociologie parait s'être formée par opposition à l'histoire.

   La sociologie s'est formée très tard, comme science, de nos jours seulement. Et je ne serais pas surpris qu'elle se soit formée dans une certaine mesure par opposition à l'histoire, qui est vieille comme le monde.

   Au début du XIXème siècle, l'histoire a emboîté le pas au romantisme, en tournant le dos à la science; celle-ci, qui restait encore fidèle à la pensée aristotélicienne, a pris sa revanche avec la sociologie.

   S'il n'y a de science que du général, Si toute science suppose des lois, Si la notion de causalité ne s'applique qu'à des rapports constants, il est certain que l'histoire, surtout telle qu'on la présentait au début du XIXème siècle, n'est pas une science, et que dans le grand élan scientifique de ce siècle, accompagné bientôt d'un grand élan social, on pouvait, on devait même envisager, en dehors de l'histoire, une véritable science de l'homme et de la société.

   Encore en 1893, Benedetto Croce pensait devoir ramener l'histoire au concept général de l'art. Même sans aller aussi loin, on constate que l'histoire est incapable de formuler des lois. Elle s'encombre de multiples contingences qui masquent, qui faussent, qui contrarient le cours normal de la, vie. Les sociologues ont beau jeu à lui reprocher par surcroît de confondre sans cesse la cause avec le pouvoir causant, d'enchaîner les faits au " petit bonheur " d'être essentiellement subjective. Que peuvent valoir dans ces conditions les prétendues " leçons de 1'histoire "?

   La sociologie au contraire éliminera le plus possible les contingences qui représentent de simples variables, et elle s’appuiera uniquement sur les constantes, de façon à pouvoir enchaîner d’une façon certaine les causes et les conséquences, et à pouvoir s’élever du cas particulier au cas général. Ainsi, elle formulera des lois. Et la valeur pragmatique de ses conc1usion sera indiscutable, bien qu'elle se place par principe en dehors de la vie, elle apparaîtra comme le guide indispensable de l'homme.

   Comme elle fait abstraction des contingences, elle fait abstraction des individualités que l’histoire souvent met en valeur de préférence. C’est l’homme social, c’est la vie collective qui intéresse la sociologie en dehors des fluctuations dynastiques, diplomatiques, politiques et militaires. Et toujours semble-t-il, par opposition à l'histoire, la sociologie prend d'emblée pour domaine ceux qui se refusent aux historiens:
les âges les plus anciens, où la suite chronologique des faits est impossible à établir, les trouvailles archéologiques ne permettant de fixer que des modes de vie, l’époque la plus contemporaine où l'historien ne voit que le terme de l'évolution tandis que le sociologue peut y saisir sur le vif les rythmes de la vie journalière.

Par J. Llapasset

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