Rubrique Épistémologie

Rubrique épistémologie

Épistémologie: les conditions, la valeur, les limites de la connaissance humaine

François Dagognet

Réflexions épistémologiques sur la vie et le vivant

PLAN et  pages : 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 10 - 11 1213 14 15 16 17 - 18 - 19 
 
Bibliographie )

Site Philagora, tous droits réservés

_____________________________________

  Essai d'une définition du vivant (suite 2)

Une autre propriété a été mise en évidence afin de caractériser le vivant son buissonnement, les excès ornementaux ou les folles dépenses. Plantes et bêtes ne compteraient pas et s'élanceraient de tous côtés, à travers leurs feuilles, leurs fleurs et les phanères les plus variés. Le mot " vie " ne suggère-t-il pas, d'ailleurs, le refus du calcul, l'ardeur, l'épanouissement ? Mais le darwinisme le plus sommaire devait corriger cette interprétation abusive: il découvrira la "raison d'être" et même l'économie de cette exubérance nullement gratuite.

La guerre sexuelle crée la pire des concurrences, plus acerbe encore que la lutte pour la nourriture, d'où l'obligation, pour tous les vivants avides de se reproduire, d'être reconnus en priorité, donc de se singulariser. Afin de l'emporter, il faut l'excentricité, ou la frénésie morphique, ou la débauche des teintes. Darwin ne s'est pas contenté d'avancer une hypothèse, il a donné des preuves de cette logique de la fièvre. En voici quelques-unes, parmi les plus simples :
- Il n'est pas nécessaire qu'elle concerne les représentants des deux sexes ; un seul suffit; la femelle ou le mâle distinguera alors le plus notable. C'est pourquoi l'étalement (fonctionnel) ne touche généralement que l'un des deux. Pas de débordement!

- De même, la jeune descendance ne connaît pas ces manifestations d'ostentation qui n'apparaîtront qu'au moment des amours. Pas d'anticipation coûteuse

- Comme les bêtes doivent souvent se cacher de leurs nombreux prédateurs, elles devront souvent renoncer - surtout les plus menacées - à la voyance des crêtes ou des plumages ou de la brillance pour un comportement gris, silencieux et moins perceptible de loin. Le camouflage s'impose, d'où alors, au lieu d'un exhibitionnisme bruyant, un comportement de danses et de pirouettes. Par là, on alerte moins l'ennemi et on amuse sa partenaire, sensible à ces gesticulations et pantomimes.

Laissons là les mille détails qu'a relevés Darwin. Gardons le principe d'une vie rusée qui ne joue pas, même dans ses apparentes fantaisies elle ne connaît que l'utile. Le coloris des fleurs attire aussi les insectes qui les visitent et exportent au loin leurs semences. Quelquefois la logique du biologique échappe, mais il suffit de se reporter en arrière, dans un ultra-passé, pour en saisir la pleine signification cette ancienne dépense ne subsiste que comme vestige l'évolution n'a pas encore effacé ni telle échancrure ni le coloris de l'attirance, encore qu'elle ne manque pas de l'atténuer à la longue.

PLAN pages: 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 10 - 11 1213 14 15 16 17 - 18 - 19 

Infogerance hebergement serveurs haut debit