C)
Conséquences de la définition proposée par rapport aux liens
qu’entretient la justice avec des concepts proches. Elles
sont au nombre de quatre :
1)
la conséquence du lien justice/égalité/liberté/solidarité. Cette définition
ne prétend nullement remettre en cause des valeurs fondamentales telles
que la liberté, la solidarité ou l’égalité. Elle ne prétend pas
non plus remettre en cause toute idée de justice corrective ou
distributive. Elle rappelle simplement que la liberté ou l’égalité
ne doivent pas être confondues avec la justice. Il s’agit ici de
concepts distincts dont les limites doivent être évaluées . La
justice Est donc ce qui nous autorise à nous demander si il a été ou
non fait un usage juste de la liberté, de la solidarité ou de l’égalité
mais elle est aussi ce qui nous autorise à juger l’usage juste de la
« vérité », de l’amitié, etc.. Elle n'est ni la liberté, ni la
solidarité, ni l'égalité qui sont des valeurs fortes mais distinctes
de celle-ci.
2)
La conséquence sur le lien justice/force. Le fait que la
justice soit la limitéité explique en effet et la force qui
s’attache à l’idée de justice et le fait que celle-ci ne
peut s‘assimiler par la force. Nous dire que d’aucuns
pourraient ignorer ce qui fonde l’idée de « limite » nous
révulse car nous savons que celle-ci est à la fois ce qui nous préserve
de l’autre et ce qui nous autorise à entrer en relation avec lui.
Cette révulsion est à l’origine de la « force » ou
de l’importance que nous attachons au concept de justice.
Cependant,
dans le même temps ce point « focal » est insaisissable. A
notre crainte de le voir ignoré s’ajoute ainsi la peur que fait naître
en nous l’incertitude qui s’attache à son objet.
Cette
double peur ne peut que favoriser la violence qui naît de l’obscurité.
Si tout ceci s’opère par la force, le cercle est rarement vertueux
car la force crée la précipitation qui favorise soit les méprises
( de notre part ou de celle de nos vis-à-vis), soit les individus qui
prétendent l’incarner et en l’incarnant nous rassurer tout en nous
gouvernant plus subtilement . Et ces faux amis tout comme ces méprises
augmentent l’obscurité et ce à l’infini.
3)
La conséquence du lien justice/impartialité. La justice entretient des
relations avec l’impartialité. Le fait qu’elle soit limitéité
explique ce lien. L’impartialité qui est requise ici est une
neutralité dans le respect des spécificités de chacun( être,
concepts, choses), mais aussi dans le droit qui est le sien de se voir
reconnaître une singularité et des limites propres à fonder
dans sa spécificité.
4)
La conséquence du lien justice et savoir. Justice et vérité sont
souvent liés. Lévinas le rappelait dans une phrase rassemblant nos
intuitions sur ce point. Pour lui, « La justice est impossible à
l’ignorant ».(30b) .En effet, si la justice est limitéité, pour prétendre
être juste il faut nécessairement connaître la singularité des
concepts ou des individus ou des situations pour pouvoir l’apprécier
et la mettre en œuvre sans erreur…
Nous
avons étudié les différentes doctrines précédentes sous l’angle
de leurs avantages et inconvénients, qu’en est-il à présent de la
théorie proposée ?
III)
Avantages et critiques envisageables de la définition proposée
Quels
sont les avantages et les inconvénients de la théorie proposée ?
A)
Avantages de la doctrine
La
théorie proposée présente,selon nous, les avantages cumulés des deux
doctrines étudiées . En effet a) des doctrines rawlsiennes,
il reprend cette idée que dans toute philosophie du droit , ce qui
importe est de proposer une définition de ce qu’est la justice, pour
permettre aux juristes de déterminer les fondements de leur pratique
mais aussi pour prendre des décisions dans les cas difficiles, lorsque
les textes se contredisent, etc... b) En revanche, des doctrines
positivistes, celle proposée est parvenu;selon nous, à offrir
une définition de la justice qui renoue avec l’impératif de
neutralité axiologique. La limitéité en effet est dans cette
doctrine, proposée, en tant que « point focal » d’où
s’origine et se fonde l’idée de limite. Mais le point focal reste
encore indéterminée, il n’est pas « fermé ». De plus,
la nature des limites qui s’originent à partir de lui ne sont pas précisées.
Elles peuvent tout autant être naturelles, que conventionnelles ou
individuelles ou les trois à la fois. Du point de vue de la neutralité,
la définition ainsi proposée est d’ailleurs plus « neutre »,
nous paraît-il que les doctrines positivistes car celles-ci nous
l’avons vu, postulent pour une définition du droit qui incline à une
certaine vision technocratique de celui-ci.(31)
Il
peut être alors reproché ainsi, en ne contentant qu’à moitié les
deux de ne satisfaire totalement personne. Mais en fait, la définition
de la justice comme limitéité ne prétend pas satisfaire chacune des
doctrines « à moitié ». Elle prétend proposer une méta
-définition de l’idée de justice capable de toutes les synthétiser.
Ainsi, l’idée de limitéité ne remet pas en cause les postulats
positivistes puisqu’elle a juste pour projet de justifier la raison
pour laquelle les hommes ressentent le besoin d’avoir des lois. Ils
ressentent un tel besoin pour que ces lois mettent en « forme »
l’idée de limitéité dont-ils pressentent la nécessité. De même
pour les théories post-rawlsiennes ou rawlsiennes. Pourquoi les auteurs
en question recherchent-ils à définir ce qu’est la justice et
accordent-ils autant d’importance à ce terme ? Parce qu’ils
pressentent que tout se fonde à partir de lui. Sans doute une telle
intuition était-elle bien exprimée par Anaximandre lorsque ce dernier
écrivait :« tout ce qui est se maintient parce qu’aucun n’est
l’illimité ; si un seul l’était, il détruirait tout… »(32).
L’idée de limite est la condition du « maintien » et du
tout et des parties.
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Inconvénients ou critiques possibles de la théorie proposée