° Rubrique Droit et Justice 

DROIT et JUSTICE 

Rubrique animée par Jean Jacques SARFATI  

Une définition de la justice comme limitéité

 

 

Pages - 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 notes ( nouvelle fenêtre)

Philagora tous droits réservés
_____________________________

B) Avantages et inconvénients des théories rawlsiennes, post-rawlsiennes ou post-welfaristes

 

Par « post-rawlsisme » , nous entendons l’ensemble des théories « contemporaines » anglo-saxonnes qui, de Nozick à Sandel ou  Walzer se proposent de définir le terme de « justice » (22). Dans l’ouvrage qu’il a consacré à ces thèses, W. Kymlicka note les désaccords de celles-ci et les difficultés liées à ces dissensions.(23) Il remarque cependant un point de convergence entre chacune de ces doctrines : leur souci pour l’égalité.(24)

Cette commune aspiration est sans doute le propre de pensées d’un temps « démocratique » (au sens tocquevillien du terme). Il ne s‘agit pas ici de la contester mais de rappeler que, selon nous, un lien plus fort unit les thèses contemporaines sur la justice : leur commune opposition au positivisme juridique (25). Certes leur adversaire premier (surtout celui des rawlsiens) reste l’utilitarisme, mais si celui-ci est mis en avant, c’est parce qu’il demeure le problème majeur des anglo-saxons sur le sujet . Ceux-ci « souffrent », en effet, beaucoup moins que nous du positivisme juridique.(26) Cependant, l’utilitariste n’est pas leur seul opposant. Le positivisme les gêne et elles le perturbent par sa "technicité" peut-être. Aussi l'attaquent-elles en « son cœur même » en remettant en cause la prétention majeure qui était la sienne de vouloir exclure le juste de la sphère du droit.(27)

 

De ce fait, ces théories recentrent le débat vers son centre. Elles s’interrogent sur que nous avions oublié ,l’idée de justice, et ce faisant elles présentent ainsi des avantages indéniables par rapport au postivisme .


1) L’avantage premier des doctrines rawlsiennes et post-rawlsiennes est donc bien celui-ci : remettre l’essentiel ( la justice) à sa place, la première dans l'étude de toute philosophie politique et juridique. En procédant de la sorte, ces philosophies redonnent ainsi au droit ( tel qu'il devrait être en tous les cas) sa véritable nature : celui de devoir demeurer un moyen au service d’une fin autre que lui-même et cette fin, elles tentent de la redécouvrir à la lumière de notre histoire et de leurs analyses.  Mais cet avantage n’exclut pas quelques inconvénients .


2) Inconvénients de ces doctrines

 

a) le  premier d’entre eux reste leur absence de neutralité axiologique . Le but proposé par celles-ci est en effet de proposer une définition de la justice. Or curieusement, dès qu’une recherche de définition s’opère sur ce terme, les querelles et les oppositions surgissent  et avec elles les définitions opposées, donc partiales pour celui qui s‘oppose. La justice est un sujet de débat on ne peut plus  délicat. Elle impose la prudence et cette sensibilité que nous éprouvons tous à l’égard de toute définition de ce terme explique sans doute les raisons pour lesquelles les positivistes ont souhaité exclure la discussion sur celle-ci du débat juridique.

Ainsi ce qui était l’avantage de ces doctrines ( leur recentrage autour du vrai centre) devient un inconvénient ( sans doute parce qu'en recentrant justement le débat, elles risquent de faire passer la justice pour un centre. Or ce concept n'a pas la fixité ou la centralité du centre car, comme nous le verrons  la justice telle que nous allons la définir est  partout, donc nulle part à la fois présente et absente).
 

b) le second inconvénient réside sans doute dans le fait que ces différentes doctrines, qui s’opposent entre elles, donnent une apparence d'indécision  que l’essentiel des juristes récuse par un souci - pas toujours fondé mais souvent réel - d'efficacité pragmatique. Or il est difficile aujourd'hui de penser une philosophie du droit sans à tout le moins tenter de convaincre les juristes et re-créer avec eux un pont qui pourrait être salutaire et au droit et à la philosophie.

Nous le voyons donc les deux théories en question ne sont exemptes ni d’atouts ni d’inconvénients. Pourtant, elles sont aujourd’hui essentielles car majoritaires. De plus, leur importance a une autre cause : l’opposition qui est la leur renvoie à une querelle permanente sur le sujet et cette permanence ne doit pas nous laisser indifférents. 

 

 

C) Quelle permanence dans le débat qui oppose actuellement les rawlsiens et les positivistes ?

 

Cette controverse est nouvelle car, pour la première fois, le débat s’articule entre d’une part une loi sensée être élaborée scientifiquement et d’autre part une justice laïque, sans relation avec la nature, une raison sublimée, la religion ou une quelconque idéologie particulière. Mais la querelle est ancienne car elle reprend des débats constants sur le sujet.  Les grecs connurent, en effet, l’opposition entre sophistes  ( qui croyaient que la loi n’était qu’une convention ) et philosophes. Les uns croyaient en une justice naturelle alors que les autres la tenaient pour une pure convention (28). Les médiévaux, quant à eux, connurent l’opposition entre machiavéliens et  thomistes ou augustiniens. Les premiers ne croyaient pas en l’idée de justice et l’assimilaient à la force, les seconds avaient foi en une justice divine. Les modernes connurent enfin un débat entre cyniques et idéalistes. Les premiers ne croyaient en rien et utilisaient le droit à des fins culpabilisantes ; les seconds tenaient la justice pour un idéal d’égalité sociale ou de liberté.

Le débat positivistes/rawlsiens s’inscrit dans la récurrence de ces trois oppositions et c'est en ce sens qu'il n'est pas seulement contingent. Il est le signe d'un débat qui semble inhérent à l'idée même de justice qui semble susciter le fait qu'à chaque époque, des partisans de l’idée de justice s’opposent à ceux qui la tiennent pour un quasi-leurre. Les rawlsiens et post-rawlsiens sont donc bien du côté de ceux qui « croient » en cette idée contre ceux qui refusent soit d‘y croire soit de l‘intégrer dans le champ du droit. Certes, les positivistes et Kelsen le premier nous disent le plus souvent qu'ils croient en l'idée de justice mais qu'ils entendent l'exclure du droit. Or une telle exclusion a pour effet de la nier et range donc bien les positivistes du côté de ceux qui "doutent" de l'existence du concept de justice.  Le débat est donc en quelque sorte "ancien". La différence, ou le progrès, réside  simplement peut-être ici dans le fait que la définition de la justice qui est proposée , est avec le temps, de plus  en plus épurée . Le « progrès » de la pensée, si il y a,  semble avoir favorisé la simplicité.

De tout ce qui a été indiqué, il paraît résulter que l’idée qui chemine semble bien être celle selon laquelle, a) si la justice pouvait être définie, elle ne pourrait l’être qu’en allant vers le plus de simplicité possible et b) si elle existait elle ne pourrait s‘imposer par la force car si tel était le cas, elle ne pourrait paraître juste.  Tel est  le projet qui est le nôtre,accentuer cette recherche de simplicité  et trouver une définition qui heurte le moins possible son opposé : telle pourrait être selon nous la justice comme limitéité qu’il convient de définir à présent.

 

 

Vers la page suivante: II) La justice comme limitéité

° Rubrique Droit et Justice   jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr

2010 ©Philagora tous droits réservés Publicité Recherche d'emploi
Contact Francophonie Revue Pôle Internationnal
Pourquoi ce site? A la découverte des langues régionales J'aime l'art
Hébergement matériel: Serveur Express