° Rubrique Droit et Justice 

DROIT et JUSTICE par Jean Jacques SARFATI 

 jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr

Les sphères de Justice de Michaël Walzer  Critiques et propositions d'interprétation  par Jean Jacques SARFATI 

Pages: 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 - 10 - 11 - (Notes)

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Dans « Sphères de justice », Michaël Walzer expose sa thèse concernant la pluralité des instances de justice. Cet auteur ne croit pas réellement à l'existence d'une justice au sens théorique et univoque du terme. Selon lui, il y aurait des sphères de justice et chacune de ces sphères obéirait à une logique de justification qui lui serait propre.

Pourquoi Michaël Walzer pense-t-il ainsi et de manière si radicale la notion de justice? Notre idée est que le travail walzérien est essentiellement critique, voire protestataire comme l'a noté Paul Ricoeur.

Michaël Walzer semble avoir pensé son travail, non seulement comme une opposition aux théories globalisantes sur la justice qui prédominent aujourd'hui encore dans le monde philosophique anglo-saxon et occidental mais également comme une sOlie d'outil réactif contre l'injustice.

Michaël Walzer ne nous aide pas à penser réellement la justice. Il nous permet de s'élever contre son contraire: l'injustice.

Pour ce faire, la thèse de Michaël Walzer se décline au moins en trois refus que nous tenterons d'exposer. Nous évoquerons ensuite quelques unes des critiques qui ont été opérées à l'encontre des thèses qu'il a développées.

I)  Une thèse du refus

La thèse walzérienne est subtile et notre idée n'est pas de la réduire en quelques lignes. S'il fallait cependant la synthétiser, il nous semble, comme indiqué plus avant, qu'elle pourrait s'ordonner autour de trois refus: le refus d'une hiérarchie entre les biens sociaux, celui d'une domination d'une sphère par une autre et enfin le refus d'une vision univoque de la justice.

Ces trois refus tournent autour d'une même volonté: le rejet de la tyrannie dont la forme la plus aboutie serait, selon lui, la domination d'un groupe de personnes sur toutes les autres (1).

1) Pour Michaël Walzer, le premier refus touche à ce que Rawls appelle «biens premiers».

Walzer semble se refuser à considérer l'existence de biens sociaux qui seraient supérieurs... définitivement et universellement à tous les autres, ce pour tous les sujets suivant toutes les situations données. En d'autres termes, il n'y aurait pas un centre mais plusieurs centres.

Walzer nous renvoie ici à la relativité de la notion d'essentiel - donc à celle de juste - et à la distorsion de valeur accordée à chaque bien suivant les époques ou les milieux donnés.
Chaque société s'ordonnerait, selon lui, autour d'un ou plusieurs biens dominants, mais un même bien ne saurait être considéré comme supérieur à tous les autres pour toutes les sociétés ou toutes les époques.

Il écrit ainsi:
«Malgré toute la complexité de leurs dispositifs distributifs, la plupart des sociétés s'organiseront sur la base de ce qui peut apparaître comme une version sociale de la règle d'or: un bien ou un seul type de biens est prédominant et détermine la valeur de toutes les sphères de distribution... » (2).

Chaque sphère repose sur un bien dominant mais toute société n'a pas et ne peut avoir le même type de bien dominant.

Qu'est-ce que le bien dominant?

Walzer nous indique qu'il nomme ainsi le bien qui autorise les individus qui le possèdent «par le fait même de le posséder» à pouvoir étendre leur pouvoir «sur un ensemble d'autres biens» (3).

Le bien dominant est donc celui qui assure la possession ou la maîtrise de tous les autres. Tel est bien celui dont la possession engendre - directement ou non - la possession de tous les autres biens. Pour Michaël Walzer, aucune société ne peut être qualifiée de juste si le pouvoir est conditionné par la possession exclusive d'un tel bien.
Le refus du bien dominant est donc le premier refus walzérien. Il est également refus du point central nous paraît-il, car qu'est-ce que le centre si ce n'est ce qui tient et coordonne le tout? 

Pour Michaël Walzer, une société ne doit donc pas être monocentrée, mais pluricentrée: elle doit nécessairement avoir plusieurs centres et chaque centre ne doit pas avoir la prétention de devenir le centre de tous les autres.
Ce refus s'impose d'autant plus, pour Michaël Walzer, qu'il a pu observer que dès qu'il y a monocentrisme, celui-ci implique nécessairement monopole sur l'acquisition ou la conservation dudit bien et ce monopole est souvent conquis ou maintenu par la force (4).

L'injustice que constitue la domination d'un bien sur tous les autres conduit donc à une autre injustice: l'utilisation de la force (que celle-ci soit morale ou physique) par les propriétaires du ou des biens dominants pour maintenir ou assurer leur domination. Le premier refus walzérien est donc celui de la domination totale d'un bien. En revanche, Michaël Walzer ne paraît en rien vouloir exclure la domination relative.
En effet, il ne rejette pas l'idée d'une domination d'un bien pour une sphère donnée dès lors que cette supériorité ne s'applique pas à toutes les autres. La tyrannie ne se caractérise pas - pour lui - par l'existence du centre mais par le monocentrisme, nous l'avons dit. L'existence d'un juste propre à chaque sphère distributive autorise, ce qu'il appelle de ses voeux: l' « autonomie réelle des sphères distributives il (5).

Cette idée d'autonomie implique celle d'égalité complexe qui suppose, comme le note Justine Lacroix : « qu'il n'existe pas de bien susceptible d'imposer sa loi aux autres sphères» (6). Elle suppose, qu'en conséquence, nous ne soyons pas tous égaux devant la possession des mêmes biens, mais qu'il soit possible à chacun d'entre nous de posséder ceux que nous jugeons indispensables pour être reconnus à l'intérieur des sphères qui sont essentielles à notre vie.

Vers la page suivante - Qu'est-ce qu'une sphère?

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Copyright Jean Jacques SARFATI jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr professeur de philosophie en région parisienne, juriste et ancien avocat à la cour d'Appel de Paris

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