° Rubrique Droit et Justice 

DROIT et JUSTICE par Jean Jacques SARFATI 

 jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr

Tentative critique et interprétative de la vision de la peine et du Droit pénal chez M. Foucault 

Pages: 1 - 2 - 3 4 - 5 - 6 -  (Notes)

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Introduction 

G. Dumézil, qui a bien connu Michel Foucault, disait à son sujet « Sa personne échappait dans tous les sens. J'ai l'impression de tout savoir sur lui et en même temps de ne rien savoir. Il avait un art formidable de se mettre un masque, de changer de masque» (1).

De Foucault et de son travail, tels sont effectivement les premiers mots à énoncer. Michel Foucault était un penseur insaisissable, se voulant tel et faisant sans doute de cette insaisissabilité même une part de sa démarche philosophique.

Il existait, chez lui, à la fois l'art du travestissement et la capacité à soutenir dans le même temps plusieurs thèses opposées.

Le penseur était tout aussi complexe et divers, que sa pensée par moment était paradoxale. L'auteur lui-même revendiquait cette forme d'insaisissabilité, de complexité et de paradoxe.

Dans un entretien qu'il avait accordé à un journaliste, il avait déclaré «je refuse surtout d'être identifié, d'être localisé par le pouvoir » (2).

Foucault associait effectivement le savoir au pouvoir. Or il était fort érudit - et de surcroît parfaitement informé. Il n'avait donc aucun intérêt à développer une personnalité lisse, une oeuvre sans ambiguïté, car dans la logique de ses développements, clarté et transparence signifiaient soumission, repérabilité. Foucault n'avait donc aucune raison particulière d'être repérable, donc soumis. Sa philosophie toute entière était tournée vers la quête de la liberté. La clarté l'aurait peut-être enfermé. Il serait devenu un auteur sous surveillance. Elle aurait également fait de Foucault un « auteur ». Or il rejetait ce terme.

Cette ambiguïté et la complexité du personnage sont peut être à l'origine des analyses divergentes qui existent ou ont existé à son sujet. Michel Foucault, de son vivant, a rarement laissé indifférent et aujourd'hui encore des auteurs éminents sont partagés sur sa philosophie.

Simone de Beauvoir aurait dit de lui :« il est pour la bourgeoisie, un instrument des plus utiles » (3). A Vincennes, lorsqu'il vint enseigner on le traita de technocrate gaulliste. De son côté, Michel Foucault se plaisait à rappeler que les autorités américaines avaient vu en lui un crypto-marxiste.

Pour D. Couzens Hoy, il faut voir dans Foucault un opposant aux thèses développées par l'école de Francfort (4). Selon l'auteur, Foucault ne rejetait pas totalement le pouvoir et n'était pas contre toute idée de sanction donc de droit. Pour J. Colombel, c'est Foucault et quelques autres qui ont empêché les gauchistes français de tomber dans les excès du terrorisme allemand ou italien (5). En revanche, pour L. Ferry et A. Renaut, la pensée de Michel Foucault et celle de Deleuze sont anti-juridiques (6). Selon les auteurs de « 68-86 itinéraires de l'individu », il existait chez Foucault un « refus explicite d'analyser le pouvoir en termes de droit » (7).

A la lecture, ces thèses parfois contradictoires nous paraissent cependant toutes fondées. Foucault lui-même se plaisait d'ailleurs soit à les conforter, soit à les infirmer, prétextant - après avoir indiqué que le droit était un instrument de la bourgeoisie pour se maintenir au pouvoir - qu'il n'avait nullement l'intention de le remettre en cause, mais plutôt de l'interroger (8)

En conséquence, prétendre étudier - sans risque d'erreur ou de critique - la vision du droit pénal et de la peine chez Michel Foucault relève de la gageure. En effet, outre l'ambiguïté du personnage et de l'oeuvre, nous verrons de plus que cette vision a peut-être évolué au gré des circonstances. Elle était sans doute même re-liée aux circonstances.

De plus et enfin, outre les éléments sus-indiqués, Michel Foucault s'est toujours défendu de faire une oeuvre « homogène » et selon J. Rajchman « jamais il ne prétendit créer de méthode, de doctrine ou d'école de pensée qui lui survécut n(9). Pour ne pas trop trahir cet homme et cette pensée qui se refusaient à être identifiés, qui revendiquaient le droit de demeurer insaisissables et refusaient toute position doctrinale, il nous a donc paru opportun de placer cette étude sous l'intitulé générique de la tentative.

  Nous savons en effet, qu'une fois tentée, l'explication de la thèse de Foucault pourra parfois être contredite, voire nuancée par une déclaration, un article, une phrase ou une posture de Foucault lui ­même.

De plus, il nous paraît que face à une pensée qui s'entoure autant sur elle-même, qui se dérobe et se voile et se veut telle voilée et dérobée, voire enrobée par les mots, face à un discours qui condamne le discours lui-même, il ne peut être opéré qu'une tentative, un essai.

Vers:  Introduction (suite)

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