° Rubrique Droit et Justice 

DROIT et JUSTICE par Jean Jacques SARFATI 

Le rôle créateur de l'Exception en Droit chez Platon 

dans "Les Lois", "La République" et "Le Politique"

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(16 bibliographie)

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C) Le refus platonicien du «corporatisme»

Platon, comme le rappelle Luc Brisson : « voulait réformer la vie politique de sa cité en accordant le pouvoir non à la richesse ou à la force militaire mais au savoir »(19). Il rejette la démocratie car celle-ci a pour effet de porter au pouvoir des « sophistes ou discoureurs, formés à l’école des rhéteurs qui séduisent le peuple en lui passant tous ses caprices ».

En conséquence, pour l’auteur du « Politique » le droit ne doit pas être formé par le fait, par les désirs des peuples ou des catégories sociales mais en raison. Seul le vrai politique est d’ailleurs digne de saisir ce qui convient et de légiférer  (Pol.275b).

Ce dernier en effet est à l’abri des pressions, il ne cherche pas à « flatter » la foule mais à prendre « soin d’elle ». Son souci n’est pas de diviser mais au contraire d’agir comme celui qui tisse les pièces d’un tissus et qui sait avec délicatesse et honnêteté  « assembler les pièces disparates ». (Pol. 279b).

  Comme l’étranger du «Politique » le rappellera « la formule la plus authentique d’une administration de la cité qui soit vraiment droite doit être celle selon laquelle l’homme savant et bon administrera la communauté de ceux sur lesquels il exercera son autorité… »( Pol. 296e).     

  Ceux qui légifèrent autrement que pour favoriser cet intérêt commun sont pour lui « des factieux qui gouvernent par le truchement d’illusions inacceptables, eux qui ne sont eux-mêmes que des illusions parce qu’ils excellent dans l’imitation et la sorcellerie sont les plus sophistes d’entre les sophistes… » (Pol.303c)

  Le législateur qui établit des lois en se laissant dicter ses points de vue par le « fait » ou quelques groupes de pression, n’est donc pour l’auteur des lois qu’un illusionniste qui usurpe le nom même de gouvernant et qui, pire que tout, maintient le peuple dans l’illusion d’être gouverné.

Il ne peut qu’à terme favoriser la venue au pouvoir d’illusionnistes, de « théâtreux » qui laissent croire au peuple qu’il est gouverné alors qu’il est abandonné à ses pires instincts. L’illusionniste crée une spirale vicieuse : celle  d’une succession de régimes dont le précédent cherche à lutter contre les excès du suivant pour installer lui-même d’autres excès qui engendreront de nouvelles réactions et ce sans aucun répit.

  Mais qu’entend l‘auteur du « Politique par « savoir » du politique ? Platon accepterait-il des lois uniquement dictées par l’économie, la psychologie ou la sociologie et qui ne présenteraient pas de réelle unité par rapport au tout ?

  Pour notre auteur ce n’est ni l’économie, ni la sociologie, ni même la psychologie qui doivent dicter leurs volontés au législateur. Même si le véritable législateur ne doit pas négliger l’apport de ces sciences, il doit créer ses lois en conformité avec le paradigme du « tissage », lui-même représentant de la science royale de la « Politique ». Les autres sciences « n’ont qu’à exécuter ses ordres… »(Pol. 305)et apporter des informations utiles au législateur afin que ce dernier les exploite dans le souci du « commun » pour mieux l’unifier et l’harmoniser.

  Le droit platonicien ne doit donc pas être clivé en de multiples législations dictées par les intérêts du moment de telle ou telle catégorie sociale ou professionnelle, ni même par des savoirs qui ne seraient pas reliés à l‘ensemble.

  Il ne doit être gouverné que par le souci du bon politique qui lui n’obéit qu’à un seul horizon : ne :  « jamais laisser de séparation…tisser l’ensemble… » (Politique 311a)…Ce souci du lien explique également l’autre refus platonicien à l’égard du dernier aspect de l’exception phénoménale.

Vers 5 - Le refus platonicien de la "variabilité" du Droit

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Copyright Jean Jacques SARFATI jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr professeur de philosophie en région parisienne, juriste et ancien avocat à la cour d'Appel de Paris

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