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Rubrique Droit et Justice
DROIT
et
JUSTICE par Jean Jacques SARFATI
Le
rôle créateur de l'Exception en Droit chez Platon
dans
"Les Lois", "La République" et "Le
Politique"
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(16 bibliographie)
jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr
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Tentative de synthèse entre la critique et l’hypothèse
.
Popper
se fait volontiers polémiste lorsqu’il reproche à Platon de vouloir nier
l’individu. Nous pensons qu’il faut faire charité à l’auteur de la République
et considérer que celui-ci voulait faire émerger nos vraies natures, faire naître
de vraies amitiés entre les individus. Or pour lui toute singularité dans sa vérité
ne peut vivre sans lien et le vrai lien ignore la division.
Cependant,
nul ne peut nier que certains passages de l’œuvre Platonicienne peuvent -
s‘ils sont lus par des esprits simples ou intéressés - être de nature à
conforter des logiques « totalitaires ».
Nul
ne peut nier également que Platon a peut-être lui-même (si ce n’est voulu
servir les intérêts d’une classe l’accusation serait grave) au moins servi
d’alibi à ceux qui entendaient dire à la masse ce qui lui convenait.
Foucault a fort bien montré que tout philosophe pouvait à son corps défendant
servir de caution à des idées qu’il ne partageait pas.
Cependant,
comme son maître Socrate, Platon pense que la théorie unitaire qu’il met en
œuvre - de même qu’il en sera ainsi pour Freud ( comme ce dernier
l’indique dans sa Métapsychologie) reste une hypothèse qui comme telle peut
être discutée.
Mais
Popper veut « dés-idéaliser » et Platon et Freud et nous demande
de penser par nous-même à partir de leurs propositions. Cette dés-idéalisation
met, selon nous en évidence trois aspects de la thèse Platonicienne qui méritent
d’être revisités :
-
En premier lieu, celle-ci est ambiguë car elle distingue difficilement le
théologique et le logique au risque ainsi d’affaiblir et l’un et l’autre.
De même évoque-t-elle des « natures élues » . Or légitimer une
supériorité par nature peut déplaire à certains et constituer un postulat métaphysique
qui n’est plus guère admis aujourd’hui.
-
En second lieu,
cette thèse postule l’existence d’un « divin » et d’un idéal
et elle part de cette vision théo-rétique du monde afin de pouvoir
l’organiser. Cependant, Popper a raison de souligner que ce qui existe en acte
et plus aisé à déterminer que ce qui existe en puissance et que notre société
a terriblement besoin de s’ouvrir aux autres plus que de se fermer sur elle-même.
Or postuler un idéal lui-même fort difficile à déchiffrer peut-il nous
permettre d’organiser le monde comme il convient ?
-
En troisième et dernier lieu,
la critique Poppérienne a le mérite de mettre en évidence l’existence de
cinq catégories d’exception en droit et non pas trois comme nous le pensions
:
-
1-
L’exception en tant qu’expression des singularités qui ne sont pas
toujours réellement éclairées sur ce qu’elles sont. L’exception phénoménale,
demande de l’homme démocratique au sens tocquevillien du terme qui
n‘aspire qu‘à une vie individuelle et égoïste.
-
2-
L’exception destinée à mettre en œuvre l’égalité proportionnelle
entre les hommes et qui permet de récompenser ce qui sont les meilleurs
d’entre nous et de les distinguer de la « masse » pour
permettre au groupe en son entier de progresser. L’exception-excellence,
celle de la méritocratie .
-
3-
L’exception qui a pour objectif de permettre de juger chacun selon sa véritable
nature et qui autorise la juste expression de
cette véritable nature. L’exception qui ouvre nos vraies
singularités et permet leur plein épanouissement.
-
4-
L’exception qui, au nom des trois autres, permet à une petite minorité
non méritante d’imposer à la majorité des dérogations, des régimes
favorables et ce faisant créent une certaine situation d’injustice à
l’intérieur des groupes sociaux. L’exception en ce qu’elle serait
« passe-droit » en quelque sorte.
-
-5-
L’exception du « divin » qui est la rareté de l’éternel
qui ne parle qu’en de rares occasions à de rares hommes qu’il a pu
choisir afin de leur demander de légiférer pour leurs semblables. L’exception-lumière
en quelque sorte.
L’exception
a donc tout autant une « face claire »: l’exception méritocratique
et celle qui autorise le jugement singulier mais également une « face
obscure » : le passe-droit et celle qui représente des désirs éphémères
et factices qui s‘accumulent sans raison. Elle est reliée à une face qui
implique la foi pour être admise comme telle . Quoi qu’il en soit, elle est
liée à des facteurs plus profonds que ceux évoqués plus avant.
En
conséquence, nous avions évoqué au début de notre analyse ce que nous avions
dénommé :exception phénoménale. Il convient à présent d’évoquer
l’exception en tant que phénomène. La seconde se distingue de la première
car elle s’intéresse aux mêmes faits mais les prend réellement comme des
indices qu’il importe d’expliquer en ne tenant pas seulement compte des représentations
des juristes mais en tentant de les approfondir par le philosophique.
Or
il appert de notre analyse que l’exception - en tant que phénomène - est
plurielle. Il est fort probable que, dans la confusion des faits, les diverses
acceptions de l’exception évoquées plus avant se conjuguent pour constituer
la texture contemporaine d’un droit positif qui s‘égare dans tous les sens
et ne sait plus donner sens au mot droit.
Platon
est donc fort utile pour celui qui veut comprendre dans sa complexité
l’apparent désordre actuel du droit contemporain et son apparent manque de
structure.
Vers 15
- Conclusion
Bibliographie
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Copyright
Jean Jacques SARFATI jean-jacques.sarfati@wanadoo.fr professeur de philosophie en région parisienne, juriste et ancien avocat à la cour d'Appel de
Paris
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